5.11.20

Depuis quelques jours, sur le balcon, les figues barbares virent enfin au grenat tirant sur le violet. Lie de vin. J’ai beau les observer, toutefois, je ne sais pas si la plus sombre d’entre elles est mûre ou non, ni comment on sait qu’une figue est mûre, en général, et quand. Je me lève, traverse la pièce, sors sur le balcon, considère mais ne comprends pas. Le ciel est si bleu que tout semble changé. Et je crois que c’est une illusion et que, pourtant, c’est vrai. Est-ce que j’écris pour qu’un journaliste me consacre une ligne et demie dans un magazine que personne ne lit ? Évidemment non. Mais alors, pourquoi est-ce que j’écris ? Et pourquoi est-ce que je me pose des questions auxquelles je n’ai pas envie de répondre ? En un sens, j’écris pour cette ligne et demie. Comme tout le monde. Et c’est une mauvaise tragédie. Les sirènes hurlent encore dehors, comme tous les jours ouvrés, le ciel n’y change rien, c’est donc une illusion. Mais quand je me lève, traverse la pièce, sors sur le balcon, et regarde la baie déserte qui baigne les îles en face, je me dis qu’il ne manque pas grand-chose pour que ce moment soit parfait. Ou plutôt, non, il ne manque pas assez de choses pour que ce moment soit vivable. Purement et simplement. Je me pose souvent, c’est vrai, des questions qui ressemblent à des questions en combien ?, mais ce ne sont pas tant, je crois, questions de quantités, que de proportions, niveaux, seuils, — et d’équilibre. Dans quelles conditions un état en devient-il un autre ? Quand, comment, pourquoi un état vivable devient-il invivable ? Et revient-on du dernier si facilement qu’on y est allé ? On multiplie les obstacles à la vie alors même que tout est là. Mais tout quoi ? Mais tout, regarde. Pandémie de béton.