13.11.20

Un homme allait de ville en ville, une mallette à la main. Partout où il s’arrêtait, sa réputation le précédant, la foule se pressait pour l’écouter. Il racontait que, dans sa mallette, il y avait le secret : la solution de tous les problèmes. La foule l’acclamait, acclamait le sauveur de l’humanité. Elle était prête à tout lui sacrifier. Certains même, dit-on, le faisaient. Mais lui était modeste, il acceptait ce qu’on lui donnait avant de s’en aller vers la ville à côté. Un jour qu’il racontait son histoire, une petite fille lui demanda s’il pouvait lui montrer ce qu’il y avait dans sa mallette. Stupéfait, tout le monde la regarda, regarda l’homme qui allait de ville en ville, une mallette à la main. Lui-même eut l’air étonné. Au bout d’un moment, il sembla se reprendre et déclara à la petite fille qu’il ne le pouvait pas. S’il le faisait, en effet, le secret s’envolerait. La petite fille pensa qu’il n’y avait rien dans la mallette. Et elle le dit. Mais personne ne voulut la croire. Alors l’homme, toujours aussi modeste, s’en alla vers la ville à côté.

Couru 45,8 kilomètres cette semaine, avec la grâce d’un taureau suralimenté, certes, mais si on ne s’intéresse qu’au résultat, en un sens, on peut considérer que cette semaine est une réussite. C’était d’ailleurs une remarque de ce genre que je m’étais faite, dans la matinée, avant ou après la course, je ne sais plus, aucune importance, me disant qu’il y a quelque chose de vulgaire à désobéir à la loi. Je crois que c’était après, au moment de me doucher. C’est vrai que certaines lois sont injustes, mais où est le pire : obéir ou manquer de dignité ? Ce qui m’a fait songer à une deuxième remarque, toujours dans le même ordre d’idées, que la dignité, ce n’est pas quelque chose qui se réclame, ni même un donné, mais quelque chose qu’il faut faire, qu’une pure apparence, peut-être, mais qu’y a-t-il, après tout, sinon de pures apparences ? Garder la tête haute, ne pas hurler comme une pauvre bête qui ne sait plus où se réfugier. Je ne trouve pas cela indigne de s’effondrer en larmes accablé de souffrance, ce n’est pas ce que je veux dire, mais c’est quelque chose que l’on devrait s’efforcer de garder pour soi. Pourquoi ? Eh bien parce qu’à force de confondre l’émotion et son expression, les émotions sont moins intenses et les expressions de plus en plus ridicules. Une époque se fait ainsi, excessive à l’extérieur et pauvre à l’intérieur, un monde où des bêtes apeurées et dépourvues de toute profondeur errent à la merci de puissances auxquelles elles ne comprennent rien.