25.11.20

Rien d’autre que la discipline, rivé sur le but, acharné par la méthode, fût-elle digne d’un maniaque. Il me semble que, quand on veut bien s’examiner en toute sincérité, on découvre ce qu’il faut faire. Tout est là, en un sens. Pas inné, je ne suis pas en train de me contredire, mais sensible. Si l’expression n’avait pas une telle connotation péjorative, je l’emploierais : à fleur de peau. Te sentant exister, comment ne sentirais-tu pas ce dont ton existence a besoin ? Ce à quoi elle s’alimente. Ou alors, qu’elle est finie. Et en finir. La dernière liberté, et sans doute la seule, raison pour laquelle elle fait si peur, c’est celle-là. Tout le reste est conditionné par cette vitalité première, d’où sourdent la pensée et tous les processus plus complexes qui font que la vie vaut la peine d’être vécue. Tout ce qui nous séduit, procure de la jouissance, est raffiné, j’entends par là : très évolué, très policé, mais on en jouit d’autant plus que l’on est conscient que la pointe de la civilisation s’origine dans la brutalité de la vie. Ne jamais oublier : pas de solution de continuité. Nos formes de vie sont à ce point traversées en profondeur par le cynisme et l’opportunisme, qu’il semble souvent difficile de dire quelque chose. Que cela semble lointain au regard de ce qui fait l’air du temps ! Et c’est vrai. C’est loin. Terriblement loin. Est-ce le prix à payer ? Non, ce n’est pas ce que je dirai. Pas une question de prix, pas même métaphorique. Reviens en arrière : il faut savoir ce qui te fait exister (à savoir : ce qui te fait jouir, pleurer, mourir, vivre, et caetera). Pas se connaître soi-même, connaître les rapports intimes aux personnes et aux choses, aux êtres tels qu’ils sont. Le meilleur public est une salle vide. Pleine de ces paroles que personne n’a envie d’entendre. Implicite dans la question Qu’est-ce que la vérité ? : Qui a envie d’entendre la vérité ? tant la réponse est claire : Personne. Si tu crois découvrir quelque chose, dis-toi que tu viens très tard dans une civilisation qui, selon toute probabilité, est déjà moribonde. Est-ce que cela te réduit au silence ? Est-ce que cela t’effraie ? Y gagnes-tu un supplément de vie ? Pose-toi la question. La réponse peut attendre. Depuis hier, cette idée, dans toute sa littéralité, idée que jusqu’à présent je n’avais pas encore formulée de la sorte : Daphné est un esprit fort. Preuve à venir que ma civilisation, elle, n’est pas près de mourir.