12.12.20

Est-ce que le fait de ne pas être satisfait de la réalité est un symptôme de quelque chose, un état d’esprit, un incurable défaut ? Non pas de ne pas voir les choses comme elles sont, mais de voir qu’elles sont comme elles sont et que ce comme elles sont-là n’est pas suffisant, pas assez bien, pour moi, oui, pour moi, mais surtout pour le monde en général. Et de me demander : ceux qui sont satisfaits des choses comme elles sont (et il en existe et même qui se satisfont de peu), est-ce qu’ils ne les voient pas comme elles sont, souffrent-ils donc d’une déformation chronique de la perception des choses, ou est-ce que, les voyant, ces choses, et voyant qu’elles sont comme elles sont, ils se disent que ce n’est pas si grave, que ça pourrait être pire, et que c’est toujours ça de pris ? En tout cas, moi, je ne suis pas satisfait des choses comme elles sont. Je m’en rends compte. Tous les jours. Et j’essaie de ne pas en concevoir de l’aigreur, et sinon de m’adoucir, je ne veux pas me ramollir, de me moquer de moi-même, en plus du monde, qui mérite bien qu’on se moque de lui tant il est comme il est, et c’est insupportable d’être quand on est comme le monde. Parfois, je sais, j’ai l’impression de parler tout seul, et je sais que, parfois, ce n’est pas une impression, c’est la réalité. Parfois, j’ai l’impression de parler juste (un peu comme on vise juste, met dans le mil) et je me dis alors que, quand même je parlerais effectivement tout seul, cela vaudrait quand même la peine de parler. Parler pour parler juste, qu’y a-t-il de plus noble ? Et puis quoi encore ? Rien. Sinon trois lignes de plus que j’ai écrites il y a quelques jours et dont la langue d’oc imaginaire (la première des trois lignes) me fascine. Les voici :
Amores fols
au destin sans cils
j’ai avalé la mort.