18.12.20

Au loin l’histoire
j’essaie d’expliquer à l’enfant
ce que moi-même je ne comprends pas
tout finit mal et les morales sont banales
dans le ciel une lumière diffuse
c’est l’hiver sur la terre
des gens meurent
que voudrais-tu que je dise de plus ?
À côté de quoi, dans la marge, l’entourant après, j’écris : idée pour récrire Carnets d’un hiver, et tout mon esprit, ou du moins ce qu’il en reste aujourd’hui, semble déjà s’être tourné vers cette idée. Je pense à la lumière du jour que j’ai prise en photographie tout à l’heure. Je me tenais au milieu de la route, face à la colline au loin, l’arbre sur le bas-côté lui répondait, le proche au lointain, cliché facile, mais je n’ai pas pensé à prendre cela, simplement à être là, me tenir debout pour comprendre un peu moins mal la couleur du ciel, c’est-à-dire : l’histoire naturelle de l’écriture, l’histoire naturelle de mon existence, sur cette route perdue qui traverse le pays, de la mer à la pierre. Ensuite je suis remonté dans la voiture et j’ai roulé, retrouvé une civilisation trop terrestre, faite de ronds-points et d’assassins potentiels, mentalité de clients de prostitués, ai-je dit plus tard à Nelly, mais cela n’a aucun rapport, j’ai roulé sans savoir ce que je faisais où j’étais à présent, n’ayant dans les yeux que la lumière d’avant, glyphe que je m’efforçais encore de déchiffrer. Aujourd’hui, pour la première fois depuis longtemps, j’écoute Palais de Mari de Morton Feldman, et j’essaie de faire avec cette contradiction que cette musique est la musique du XXIe siècle et que c’est autre chose que tout le monde écoute. Nébuleuse de notes dans la gamme chromatique. S’il n’y a pas de paix sur terre, me dis-je, s’il n’y a pas de paix sur terre, elle règne entre mes oreilles.