27.12.20

Me taire et ne pas me taire. C’est la nuance subtile de ma désillusion volontaire. Si j’en crois les statistiques quotidiennes (quelle horreur), il y aura soixante jours demain que je n’aurai plus cessé d’écrire ce journal. Ce qui, en un sens, est absurde cependant que, d’un autre point de vue, c’est un fait qui exprime une réelle nécessité. Pas égoïste. Le contraire. Nécessité de s’orienter dans la pensée. Est-ce que je pourrais m’arrêter désormais ? Question inepte. Dans la baie, je ne vois qu’une seule voile blanche, hapax d’un froid dimanche. Est-ce que la laideur des gens est une forme qu’ils manifestent ou une déformation de ma perception ? Comme s’il y avait sur terre un pays de gens beaux à l’exception de tous les autres. En courant, je pense à ces fragments de visages que je croise. À ces bribes de musiques qui hurlent dans de grosses voitures aux fenêtres ouvertes. Jouissance médiocre. Et irrationnelle. Toute notre existence semble se fonder, d’ailleurs, sur cette irrationalité. Raison pour laquelle, ainsi, quand on en appelle à la rationalité, on échoue lamentablement. L’irrationalité est solidaire de la laideur. Sentiment grec. Antique. On tombe, pris au piège des artifices les plus vulgaires. Plus la ficelle est grosse, plus on a envie de se pendre avec. Est-ce que j’ai tort d’en venir à haïr un endroit dont j’aime tant l’idée ? Ne devrais-je pas avoir d’autres idées ? Renoncer, à l’image de la majorité, à désirer autre chose que ce qui se trouve être immédiatement accessible. 50 euros de réduction sur un produit dont nous n’avons pas besoin et dont la possession nous rendra encore plus malheureux que nous le sommes déjà. Aphorismes triviaux. Voilà où nous sommes tombés. Je ne tendrai pas la main pour te relever. J’ai autre chose à faire désormais. Γνῶθι σεαυτόν, comme disait Daphné, hier, en jouant dans son bain. L’art constamment reconduit à son enfance. Ou condamné à l’ignorance.