12.1.21

Temps un peu trop plat, un peu trop calme, à mon goût, à l’image de ce ciel voilé qui n’a rien de décidé mais hésite entre deux états contradictoires et irréconciliables. Hier, il y avait quelque chose de vif dans l’air, de vivifiant dans la couleur, cette clarté, une atmosphère légère et transparente qui correspond à mon état d’esprit — je vois —, à ce quelque chose grec qui me fascine, ce quelque chose qui n’existe pas au présent, mais demeure présent à l’esprit comme une manière d’idéal régulateur. Hier ainsi, lisant la Pensée chatoyante, le livre que Pietro Citati a consacré aux périples d’Ulysse, et les dernières pages de l’Odyssée avec Daphné, j’avais noté dans mon carnet les quelques phrases que voici. Ulysse est le héros qui triomphe de la tragédie. Il est celui qui accomplit. Sa positivité est celle de la lumière, de la maturité, de l’élaboration, non de l’adolescence qui s’attarde, de la ruine et de la destruction. Comment comprendre Ulysse si l’on ne l’aborde pas du point de vue du ciel bleu, du soleil qui réchauffe ? Ulysse est incompréhensible à qui ignore le bonheur du chez-soi. Le repas, le foyer, la famille — cette dernière, non pas comme une force oppressive (rien n’est plus étranger au monde d’Ulysse), mais comme expression de l’union humaine avec la nature : la non-scission. Ce sentiment méditerranéen, l’union. Ulysse est le héros du bonheur retrouvé. Il est celui qui réussit sa vie. Il est pleinement grec : il accomplit sa vie. Ulysse accomplit la vie. Aujourd’hui, j’ai beau marcher, quelque chose fait défaut. Est-ce que j’accomplis ma vie ? Est-ce que j’accomplis la vie ? Les vagues s’entêtent à se briser sur la digue, et moi, ce n’est pas cela que je cherche. Tourner le dos à la mer ? Sentiment barbare. Je continue de marcher jusqu’à ce que, ce que je cherche, je le trouve enfin. Ou bien sa négation. Oui, sa négation. Je m’arrête, regarde, avance. Répète cette approche silencieuse un certain nombre de fois. Photographie ce que je vois. Et pense. Ici, le cul de David côtoie les baraques à churros, les bagnoles de fonction pourries et les barrières brinquebalantes. La mythologie, les travaux publics. Le sublime, le sordide. Et Goliath ricane en admirant le destin des rois.