24.1.21

Le génie du passé est devenu l’ennemi du présent. Le monde a changé de forme, on le voit à certains de ses traits, plus ou moins saillants. Nul besoin d’être bon observateur. Il suffit d’être là. Est-ce ainsi qu’une civilisation bascule dans une autre ? Des civilisations si proches les unes des autres (elles se touchent, se superposent en partie), et qu’une distance infinie pourtant sépare. La différence du sens. Cette nuit, alors que je ne parvenais pas à dormir, je me suis posé un certain nombre de questions, qui commençaient toutes par pourquoi ?, peut-être n’étaient-elles en fait qu’une seule et même question répétée encore et encore que, dans ce demi-sommeil dont la meilleure moitié se refusait à moi, je prenais pour des questions différentes, jusqu’au moment où il m’est apparu que le sens de la question se convertissait en son négatif, que de négative, elle devenait positive. Sans doute parce que la question pourquoi ? peut aussi bien se mettre en quête de la cause que du but. Pourquoi moi ? ne signifiant pas la même chose que pourquoi moi ? alors que c’est exactement la même phrase. Une chose envisagée d’une certaine façon peut signifier la négation de cette même chose envisagée d’une autre façon. Et l’image complète du monde ne se forme que dans la considération de ces différentes façons ensemble. Serait-il étonnant de trouver un monde contradictoire, ou fait, du moins, de propositions contradictoires ? Ce n’est pas quelque chose qui change, comme isolé, mais tout. C’est toujours le tout qui change. Et tout change toujours. L’organisation globale de la masse des propositions contradictoires se modifie. Un sens ancien peut bien continuer d’avoir cours un certain temps, mais il est déjà mort, incompréhensible. Il faut toujours chercher à inventer quelque chose de neuf, pour qu’un nouveau sens ait cours, qui n’est pas encore né. Incompréhensible lui aussi, mais tout autrement. D’où vient alors l’impression qu’il fait nuit de plus en plus tôt ? Et puis, qu’est-ce qu’un monde où il faut demander pardon d’exister ? Le vent s’est levé. Souffle fort. Air vif. Froid. Pas envie de sortir. Je regarde depuis l’intérieur de l’appartement le bleu du ciel pur, très clair, aveuglant quasi par endroits. Est-ce qu’un jour je pourrais me dire : les choses sont bien comme elles sont ou bien est-ce le genre de repos que je ne connaîtrai jamais, comme un sentiment qui me sera toujours étranger, parce que je ne suis pas fait ainsi ? Et pourquoi ?