23.1.21

Pas une bribe de pensée. Plus de sagesse dans une heure de sieste que dans tout le reste de la journée. Aura-t-elle seulement existé ? S’il n’y avait eu ni Nelly ni Daphné ni ce journal, je serais enclin à en douter. Parfois, je me déteste parce que je perds mon temps et, sachant que je perds mon temps, je le fais quand même, à parler avec des fantômes qui ne sont même pas morts, mais simplement bêtes, vides, inutiles, nuisibles. Mais j’ai tort. Et de leur parler et de m’en vouloir. Qui a dit qu’il fallait être parfait ? À quoi cela me servirait-il ? Je ne désire pas une vie d’ascète reclus dans quelque petite cellule sans porte ni fenêtre ; une vie de ce genre ne m’intéresse pas. Je voudrais simplement avoir le luxe de choisir, et il m’arrive de faire le mauvais choix. Est-ce un drame ? Un crime ? Un péché ? Bien sûr que non, c’est banal et dépourvu d’un véritable intérêt. Et puis, quel tort pourrait-il bien y avoir encore à redresser ? Il ne s’agit pas de changer le monde dans l’affrontement, mais de creuser son sillon, plus profond et plus loin. Tout le reste, tout ce qui dégage l’odeur entêtante d’une justice éprise d’elle-même, elle grise mais demeure dans la pénombre, ne respire-t-il pas la plus grande mauvaise foi ? Avance. Quitte à dormir.