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29.7.21

Je me souviens qu’en classe de terminale, à l’occasion d’un cours où l’on évoqua la pensée politique de Rousseau, une camarade de classe, pas des plus intelligentes pourtant, mais les questions les plus problématiques, ce n’est pas nécessairement l’intelligence qui les pose, quelque chose de plus profond qui touche au cœur de l’espèce s’en empare malgré l’individu qui s’en fait le vecteur aléatoire, je me souviens donc qu’une camarade de classe objecta que le contrat social, elle, elle ne l’avait pas signé. Ce à quoi, notre professeur (que, pour ne pas risquer de le déranger dans l’oubli où il est justement tombé, je ne nommerai pas), ni pédagogue ni philosophe, mais chargé de couronner l’entreprise d’abrutissement menée par ses prédécesseurs avant lui qu’est l’éducation nationale sous sa forme récente, répondit par un borborygme insignifiant. Lequel borborygme, contrairement à son auteur, ne devait toutefois pas tomber dans l’oubli puisque je m’en souviens encore aujourd’hui. Tout est possible au pays de la gueuse. Pourtant, elle avait raison, cette camarade autrement imbécile, le contrat social, personne ne l’a signé. Au lieu de ce faire, au cours d’une cérémonie républicaine où le citoyen serait par exemple invité à parapher symboliquement ledit accord, on préfère le vide politique d’une représentation tronquée avec le genre de conséquences que l’on connaît : quand on lui demande enfin de la signer par ses actes, le fameux contrat, le citoyen, éduqué à l’égoïsme et à la bêtise, se drape dans une parodie de liberté, manifeste son droit stupide à « faire ce que je veux » et s’arme de symboles qui, dans la confusion qui règne dans son esprit, le dépasse infiniment et le couvre du ridicule le plus achevé. Pourquoi pensé-je à cela dans le parc de la pagode de Chanteloup ? Je ne sais pas. C’est en 1775 que le duc de Choiseul, achevant son exil à l’occasion de l’avènement de Louis XVI, fit édifier cette folie pour remercier ses amis qui ne l’avait pas oublié durant son absence de la Cour. Improbable monument logé en Touraine, ce lieu me ravit. On pénètre dans le parc qui entoure la pagode en traversant un petit jardin chinois que parachève le plus vieil arbre du monde (Ginkgo Biloba). Dans le bassin au pied de l’édifice, nagent des carpes, chasse le bihoreau. C’est dans cette poche de paix à l’intérieur de la démence du monde que j’écris le poème que voici : « 7. // Trigrammes dans le jardin chinois / la fontaine de bambou / murmure une histoire / que je ne comprends pas / la plus belle qui soit. »

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