1.11.21

Étrange sentiment à me trouver de nouveau ici, avec Nelly et Daphné, pour la première fois depuis des années, étrange, en ce sens signifie agréable, désiré et désirable. Si je connais les raisons pour lesquelles j’ai eu envie de quitter Paris — elles me semblent moins pressantes à présent, ce qui est quasi tautologique —, j’entrevois aussi les raisons qui pourraient me conduire à y revenir, et qui ne sont pas toutes liées à la ville, pas toutes des questions urbaines, et qu’il s’agirait avant tout de faire un travail sur soi, de me soigner, de cesser de me plaindre, de cesser d’être un éternel insatisfait, de me montrer critique à l’excès, non pour devenir tout mou, devenir un éternel satisfait, mais pour n’être pas insatisfait de tout, ce qui est fort différent. Il faudrait que j’accepte de devenir quelque chose, un Parisien, par exemple, à l’exact inverse de ce que je ne parviens pas à faire à Marseille, où je ne me sens pas la force de devenir un Marseillais, et comment le pourrais-je tant tout s’y signale de façon sans cesse plus repoussante (n’y a-t-il pas jusqu’au climat que je ne puis plus sentir) ? On trouvera que je suis compliqué, mais pourquoi faudrait-il être simple ? Ne pas vouloir être un éternel insatisfait, cela ne signifie ni devenir un éternel satisfait ni se satisfaire de peu. Ce n’est pas ainsi que je pourrais aimer la vie. Mais remarque comment, aussi, dans le train, je ne me suis pas plaint une seule fois, n’ai pas fait le moindre geste de mauvaise humeur, n’ai pas manifesté la moindre mauvaise volonté. Pourtant, ces voitures où l’on entasse les passagers ne sont-elles pas d’une laideur volontaire qui ne peut que heurter le sens esthétique ? Pourtant, toute la France ne s’y donne-t-elle pas rendez-vous, enfin la frange qui peut se payer le luxe de partir en vacances ? Et pourtant, pas un soufflement, pas un ronchonnement ; j’ai même échangé quelques mots avec la dame au bébé qui crachait en faisant de grands bruits de lèvres. La paix de l’âme est-elle à ce prix ?