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19.3.22

À qui s’adressent les louanges affichées en bandeau sur la couverture des livres ? Pas à moi. Mais qui sont les gens qui ne sont pas comme moi ? Quand je m’occupais de choisir les citations pour les publicités des éditions G., il y avait des auteurs qui appelaient pour réclamer qu’on leur paie un quart de page dans Le Monde et des magazines qui, pour quelques milliers d’euros (5000, à l’époque, je crois, de mémoire, ça fait combien aujourd’hui avec l’inflation galopante : 10 ?), vendaient la couverture de leur numéro. D’un côté ou de l’autre de la page, il faut ne douter de rien. Surtout pas de soi. Ce qui explique qui on retrouve en tête de gondole et pourquoi. Je me demande souvent quelle est la psyché de ces gens qui se présentent en face du monde avec toute leur force de conviction, ne doutent de rien, n’ont même pas l’idée de douter de quoi que ce soit, que se passe-t-il dans l’esprit de ces bulldozers mondains ? Ont-ils conscience de saccager le monde ? Ou n’ont-ils conscience de rien ? Dans le journal, un ingénieur à la mode expose son bilan carbone comme il le ferait de ces dernières analyses d’urine. Il s’en tire bien parce que sa femme reste à la maison. Les lecteurs applaudissent. Peut-être qu’ils sont cons. Tu crois vivre dans un monde complètement différent, mais en fait, non. Ce n’était pas mieux avant. Pense aux remarques de Pierre Vidal-Naquet au sujet de BHL (1979). Ou alors, c’était mieux avant avant. Mais il faut remonter jusqu’à quand ? Quant au monde d’après, comme nous y sommes déjà, faut-il espérer qu’il sera meilleur après après ? Même question : ce sera quand après ? Comme avant : jamais. Ces louanges, il est possible qu’elles ne parlent à personne. Qu’elles soient comme les fantômes qui hantent les contes fantastiques : tout le monde sait qu’ils n’existent pas et pourtant, il arrive qu’on en ait peur. Couche-t-elle ou non avec lui à la fin du Turn of the Screw ? Par métaphore, on peut tout dire et n’importe quoi. On peut dire c’est la guerre, mais ne pas faire la guerre. On peut dire Il a déjà perdu la guerre, mais des gens continuent à mourir. La bonne conscience est-elle une métaphore ? Si l’on me posait la question, je répondrais : il n’y a de bonne conscience que mauvaise. Voilà le genre de phrases que j’aimerais voir écrites sur les bandeaux sur les couvertures des livres. À condition que ça fasse vendre. Peu de chance.

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