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21.3.22

Au lieu de m’accabler, et Dieu qui me voit sait que j’ai toutes les raisons de le faire, son œil est partout, même dans l’écran à cristaux liquides du pèse-personne électronique, j’essaie d’aborder les choses (les choses, tel est le nom que j’ai décidé de me donner aujourd’hui) avec plus de compréhension. « Tout comprendre, c’est tout pardonner », fait dire Tolstoï à la sainte princesse Marie Bolkonski dans la guerre et la paix, ce qui est vrai, je crois, mais il ne faut pas s’imaginer que c’est une manière d’autorisation universelle permettant de faire n’importe quoi. Si nous nous élevions au point de vue de Dieu, nous comprendrions tout. À quoi ressemblerait le monde dès lors ? On s’imagine que voir les choses du point de vue de Dieu est une perspective enviable, mais réalise-t-on ce que cela signifie de tout voir, de ne rien ignorer, de tout comprendre ? À la puissance infinie de comprendre doit répondre une puissance infinie d’agir à laquelle, à son tour, doit correspondre une puissance infinie de pâtir : avoir infiniment mal et tolérer cette infinie souffrance. Il est plus facile d’arborer un petit drapeau aux couleurs d’un pays suffisamment proche pour pouvoir être en empathie avec ses habitants et suffisamment lointain pour n’avoir pas trop à craindre pour sa personne même. Mais au nom de quoi, depuis quel monticule où seoir mon surplomb moral, ai-je le culot de porter un tel jugement sur mes contemporains ? Aucun, nulle part, je ne suis rien de plus qu’un contemporain moi-même, un parmi d’autres, et je dis ce que je veux. Comment, je veux dire : par quelle suite dans les idées, en suis-je arrivé là ? Je l’ignore. Tout ce que je voulais dire, je crois, c’était répéter l’idée de Wittgenstein qui pensait que ce qu’il y a de plus intéressant à dire, ce qu’il y a de plus important à dire, n’est ni vrai ni faux. Remarque qui semble à la fois parfaitement triviale et d’une profondeur abyssale. C’est la première chose que je me suis dite, ce matin, en me levant. Comment, je veux dire : par quelle suite dans les idées, en étais-je arrivé là ? Je l’ignore. Ensuite, j’ai pensé à autre chose, mais c’est tout ce que je voulais dire. Je me suis traîné assez lamentablement dehors pour courir, où j’ai couru assez lamentablement, et puis, j’ai vu sur l’écran à cristaux liquides du pèse-personne électronique (l’œil de Dieu) que j’avais beaucoup trop grossi, ce qui n’était pas si grave que ça dans la mesure où j’avais l’intention de maigrir. Combien de fois ai-je échoué dans cette entreprise ? Je le sais, je le sais : trop souvent. Qu’est-ce qui me fait dire alors que cette fois, cette fois et pas une autre, ce sera la bonne ? L’œil de Dieu quand il se ferme et me laisse dire enfin ce que je veux dire.

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