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23.9.22

De mes yeux las, je considère les diverses choses sur lesquelles ils se posent. Un  jeune homme épanoui, des employés maltraités et le ciel légèrement gris n’ont rien à voir entre eux, non, mais c’est ainsi, dans cette absence d’ordre établi, que la réalité se présente à moi. « Qu’en faire ? », me dis-je. « Mais rien », voilà la seule réponse que je parvienne à trouver. Pendant un certain temps, je n’ai pas chronométré, j’en ai cherché une autre, qui serait plus satisfaisante à mon goût. Et puis, voyant l’heure qui avançait, et moi, qui demeurais immobile face à l’ordre non établi de la réalité, je me suis contenté d’elle. J’ai repéré l’endroit où, dans l’absence d’ordre de l’appartement, j’avais posé mon cahier au bison rouge la veille, je me suis levé pour aller le chercher et, contrairement à hier — je n’en avais pas eu le temps —, j’ai écrit les dix-sept lignes de mon poème. « Je n’en avais pas eu le temps » : je me dois une brève explication au sujet de cette incise. Du temps, oui, en vérité, il y en avait, mais de la disponibilité, non. Hier, du temps s’est écoulé sans que je parvienne réellement à m’en saisir. Est-ce la raison pour laquelle j’ai si bien dormi cette nuit ? Pourtant, le bruit est le même. Tout est le même. Et je n’ai même pas eu besoin de pivoter dans mon lit, les pieds à la place de la tête et réciproquement. Faut-il donc renoncer au temps ? Renoncer à avoir la main sur lui ? Renoncer à la maîtrise, au contrôle ? Incarner le désêtre ? Peut-être. Il me semble que je n’ai pas envie de répondre à ces questions. Les points qui les posent, les indiquent, enveloppent des suspensions, — on n’est pas obligé de toujours parvenir à un terme, ni même de le chercher. La fin viendra bien assez tôt d’elle-même pourquoi sans cesse chercher à l’anticiper, s’enfermer dans le définitif ? Chaque époque se fabrique de certitudes pour se persuader qu’elle ne passera pas, qu’une autre ne viendra pas qui l’ensevelira sous la poussière de l’histoire. Et pourtant, n’est-ce pas toujours ce qu’il se produit ? Ne pourrions-nous pas, dès lors, apprendre à nous en passer ? Nous libérer du définitif ? Posant ces nouvelles questions, je pense encore une fois au suicide de Walter Benjamin mais, de peur de dire n’importe quoi, préfère garder le silence.

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