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21.10.22

« Comment comprendre quelque chose ? » est une question trop vaste pour y répondre calmement. Comment comprendre, par exemple, que ma souscription au service Navigo Liberté + ne puisse pas être validée pour cause de photo d’identité non conforme et que mon passe Navigo ait été fabriqué et qu’il sera bientôt chez moi ? Cela, on ne le peut pas. Or, pourtant, c’est cela précisément qu’il se produit, les deux dits de la contradiction me parvenant via des canaux divers, l’un par mail, l’autre par sms. Que croire ? Que comprendre ? Et surtout, donc, comment ? Comment comprendre ce qui semble au-delà de nos facultés ? Or, n’est-ce pas précisément cela qu’il faudrait s’acharner à comprendre : le paradoxal, le contradictoire, l’incompréhensible, qui a tout autant une dimension métaphysique qu’ordinaire, banale (toujours là) ? N’est-ce pas exactement cela qui, logeant la métaphysique au cœur de notre ordinaire, excède nos facultés qu’il faudrait comprendre ? Sans doute, oui, mais on ne le peut pas. Face aux dits de la contradiction, d’ailleurs, je n’ai pas cherché à dénouer le nœud, pas même à la trancher, non, — je n’ai rien fait. Je suis demeuré sans agir. Et je n’ai pas agi non plus non quand, recevant pour la deuxième fois ce mail de l’Agence Navigo intitulé « Navigo Liberté + : Photo non conforme », la contradiction s’est trouvée posée dans l’être, là, devant moi, de façon indéniable : p∧¬p. Non, je n’ai rien fait. J’aurais pu me demander : « Ce passe, existe-t-il seulement ? », faire le raisonnement quasi quantique suivant : « Ce passe, tant que je ne fais rien, il existe et il n’existe pas, si j’agis, en fonction de mon action, ne vais-je pas le pousser vers le non-être, si je télécharge une nouvelle photo d’identité, ne va-t-il pas basculer dans le non-être, rien ne me garantissant, en effet, que la nouvelle photo sera conforme, mais si je n’agis pas, n’est-ce pas l’Agence Navigo qui risque d’agir et pousser vers le néant mon passe Liberté + ? », non, je me suis contenté de ne rien faire, me disant simplement, haussant légèrement les épaules : « On  verra bien. » On verra bien quoi ? Eh bien, s’il arrive ou s’il n’arrive pas. S’il arrive, j’aurais eu raison de ne pas agir et, s’il n’arrive pas, je serais bien à temps d’agir. Je me suis trouvé d’une grande sagesse. Presque comme si, oui, je peux le dire ainsi, presque comme si ce n’était pas moi qui n’agissais pas, presque comme si c’était un autre que moi qui, à travers moi, prenait la décision de ne rien faire, d’où le fait sans doute que je ne me sois pas énervé, que je n’ai pas dénoncé le scandale de l’imbécilité de l’univers, scandale qui devrait frapper la raison toutefois, que je sois resté calme au contraire et me sois contenté de ne rien faire, d’attendre. Comment comprendre ? On ne le peut pas. Comment comprendre que l’on ne puisse pas comprendre ce que l’on ne comprend pas et qui est la seule chose que nous voudrions comprendre ? C’est peut-être notre malheur, notre fardeau, le poids métaphysique infini qui pèse sur nos épaules et dont nous ne pouvons nous délester. Comment savoir ? On ne le peut pas. On ne sait rien. On ne fait rien. On vit. Tous les jours on ouvre la boîte à l’être : c’est là ou ne l’est pas.

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