Le rêve de cette nuit était une odyssée miniature. Je ne sais pas ce qui en fut la cause : l’absence de bouchons d’oreille, la nuit est profonde, noire et silencieuse de Lignéras, ou le fait que j’ai feuilleté avant de partir mon carnet de rêve. Ce carnet de rêve, comme je ne l’ai pas pris avec moi, ce matin, j’ai noté mon rêve dans une vulgaire application de prise de notes sur mon ordinateur, vulgaire mais pratique, j’y note bien des idées, soit que je n’aie rien d’autre sous la main pour ce faire, soit que je ne juge pas suffisamment dignes du papier les idées que j’ai à y consigner, soit que ce soit comme ça, vulgaire et pratique, les deux mots sont quelque peu synonymes, en attendant de copier mon rêve, ou plutôt le récit de mon rêve, dans mon carnet de rêve, une fois revenu à Paris. J’ai appliqué une méthode qu’il me semble que j’ai lue quelque part, mais je ne sais plus où, laquelle recommande de se raconter le rêve que l’on se souvient que l’on vient de faire pour bien l’imprimer dans sa mémoire. Ce après quoi, j’ai écrit mon rêve. Et le verbe écrire n’est pas au hasard : il me semble que le rêve est avant tout un récit qui attend d’être écrit, plus que la remémoration, le moment de l’écriture étant celui où des détails viennent enrichir le récit, sans que l’on sache très bien si ces détails proviennent du rêve ou de l’imagination narratrice. Des images — parfois des détails qui ne semblent rien —, des détails saisissent dans le rêve, furtives fulgurances ; sont-elles la raison pour laquelle on se souvient du rêve ? S’il est vrai que l’on rêve toutes les nuits, pourquoi ne se souvient-on pas tous les matins de ses rêves ? Que de regrets, tous ces rêves oubliés en même temps que faits. Ou alors, le rêve de mon odyssée miniature est précisément le rêve de tout voyage, le rêve de ce qu’est tout voyage : une odyssée miniature. Cela dit, il est vrai qu’avant de partir, j’ai eu envie de rêver, ou moins de rêver que de me souvenir de mes rêves pour les écrire dans le carnet de mes rêves, mon activité onirique n’étant jamais que ceci : le prétexte d’écrire. Périgord vert sous la pluie.

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