Fini la première version du texte pour présenter ma traduction d’In der Sonne de WaBe. La onzième note de bas de page fait à peu près 4000 signes et elle m’a demandé un effort particulier, non qu’elle soit particulièrement difficile, mais j’étais quelque peu fébrile, l’écrivant. De fait, c’est la première des onze notes que j’ai écrites. Je n’avais pas écrit de notes de bas de page depuis bien longtemps. Cela ne me manquait pas particulièrement— je suis un maniaque de la précision bibliographique, c’est épuisant —, mais c’était assez amusant à faire. Fébrile parce que dans une sorte d’excitation. Le texte est long d’environ 27000 signes (un petit peu plus, pour l’instant). Quand j’ai eu l’idée de traduire le texte et d’en faire une présentation, je me suis dit que, une fois fini, je n’aurais plus qu’à en prélever la moelle pour avoir les éléments qui me permettraient de finir le livre que je suis en train d’écrire, mais je me rends compte que ce n’est pas aussi simple que cela. C’était plutôt naïf de le croire, mais n’est-ce pas heureux ? Si je ne l’avais pas cru, je n’aurais pas écrit ce texte ni fait cette traduction, et je serais passé à côté de quelque chose. De quelque chose de beau. Est-ce la raison pour laquelle je me suis senti triste — vidé —, cet après-midi, parce que j’ai eu le sentiment que j’avais fini d’écrire ce texte et que je me suis demandé, sans réellement le formuler, toutefois : Mais qu’est-ce que je vais bien pouvoir faire à présent ? La vérité, c’est que non, je n’ai pas tout à fait terminé, mais ce n’est pas le plus important, non plus, non, je crois que l’essentiel est là. Il est dommage, et ceci n’a pas grand-chose avec cela, encore qu’un peu, tout de même, c’est la vie, quoi, il est dommage, dis-je, que ce qu’il y a de plus intéressant sur terre — écrire — ne me rapporte pas un centime ou presque pas. Peut-être le monde serait-il trop beau si écrire me rapportait de l’argent ? Peut-être faut-il souffrir pour mériter d’écrire ? Peut-être faut-il être pauvre pour avoir le droit d’écrire ? Je n’en crois pas un traitre mot. Mais il est vrai que, si écrire — si écrire comme j’écris, il y a en effet des gens qui gagnent de l’argent en écrivant mais, pour autant que je le sache, je n’ai pas envie d’écrire comme eux ; j’ai envie d’écrire comme moi, j’aime ce que j’écris, j’aime comme j’écris, j’aime écrire comme j’écris, je n’écris pas pour faire plaisir à qui que ce soit, j’écris parce que c’est le sens de ma vie — me rapportait de l’argent, je n’écrirais pas comme j’écris, j’entends : je serais sans doute tenté d’écrire différemment, de faire plaisir à pour continuer à gagner de l’argent, et il est vrai qu’écrire des notes de bas de page longues de 4000 signes n’est pas le meilleur des moyens de gagner de l’argent, et pourtant, c’est passionnant. Enfin, moi, je trouve que c’est passionnant. Et qui n’est pas d’accord avec moi ne risque pas de me passionner, non, en effet, non.

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