Ce matin, sous le dôme de chaleur, je me suis rendu au 4, rue du Parc de Montsouris, Paris XIV. Je me suis posté devant l’hôtel et j’ai attendu que la famille de touristes de je ne sais quel pays de l’est (on ne va tout de même pas s’embarrasser de toutes les nationalités : avec cinquante millions de visiteurs par an, le monde entier vient à Paris) qui devait loger là daigne me laisser la place pour prendre ma photographie. Ils m’ont regardé d’un œil un peu bizarre, se demandant sans doute pourquoi je prenais leur hôtel en photographie. Il faut dire que rien n’indique que WaBe a séjourné plusieurs fois dans cet hôtel. Et même, si c’était le cas, si une plaque signifiait au passant que notre philosophe allemand avait résidé là, quelle serait la probabilité pour que ces touristes-là, en famille avec enfants, surpoids, casquettes américaines, bermudas et baskets, s’intéressent un tant soit peu au destin parisien de Walter Benjamin ? Quelle est la probabilité pour les gens s’intéressent à ce qui, moi, m’intéresse ? Je compte les ventes de mes livres et je conclus sans grand effort intellectuel : à peu près nulle. La photographie que j’ai prise n’est pas jolie, la rue est étroite, il n’y a pas de recul, et une sorte de suv noir de marque française, un Peugeot, me semble-t-il, stationnait devant l’immeuble, gâchant ostensiblement la vue. Pourtant, la rue est belle, elle, avec ses immeubles début XXe, ses maisons anciennes et d’autres plus modernes, ses pavés. De tout cela émane une atmosphère de campagne. La proximité du parc, aussi, joue son rôle dans cette impression. Ensuite, j’ai continué de marcher et, sur le chemin du retour, exactement quand je pensais à lui, Rodhlann m’a envoyé les épreuves de ma traduction d’In der Sonne et de ma présentation pour que je les relise. Ce que, une fois revenu à la maison, après le déjeuner, dans la pénombre des rideaux tirés pour s’abriter du soleil qui tape sur les vitres de l’appartement l’après-midi, j’ai fait. À présent, il faut que je termine mon livre.

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