20.6.26

Trop d’idées, mais elles fondent au soleil. Du moins, est-ce le sentiment que j’ai. C’est assez ridicule, n’est-ce pas ? L’est-ce ? Je ne sais pas. J’aimerais faire quelque chose, mais je n’y parviens pas. Je suis comme un animal qui cherche un refuge et le trouve n’importe où. Dans la pénombre, par exemple. Quand je suis sorti cet après-midi, j’ai été pris à la gorge par un l’odeur de pollution qui empestait la ville, la chaleur toxique de son air vicié. Ce n’était pas l’enfer, ou je ne sais quel racontar de folklore mythologique, c’était bien plus angoissant que cela, c’était la réalité. Les médias parlent de « crise climatique », mais c’est le monde tel qu’il est. Peut-être qu’en inventant des formules, on a l’impression de se protéger de la réalité du réel. On se dit : « On ne va pas rester les bras croisés. On va faire quelque chose. » Et, en effet, on fait quelque chose, mais cela n’a rien à voir avec la réalité. Peut-être nous sommes-nous à ce point convaincus que la réalité était un effet de nos croyances (« Tout est politique », « Tout est déterminé socialement », et caetera), que l’on s’imagine qu’il suffit de changer de croyances pour que la réalité change en même temps : « À présent que nous avons pris conscience du phénomène, il n’y a plus qu’à… » Évidemment, c’est une illusion. Mais n’as-tu pas remarqué comme les illusions étaient confortables ? Réconfortantes, même. Et ce n’est pas parce que nos illusions viennent se fracasser contre la réalité que nous les abandonnons. Au contraire, nous nous y accrochons encore plus fort, comme le naufragé à sa planche de salut. Le salut, voilà ce qui nous perd. Il n’y a pas de salut. Il n’y a rien du tout. Il faudrait s’y faire. Se faire à l’idée que nous flottons en mer et devons bricoler sans cesse notre radeau pour ne pas nous noyer.