Hier, Rodhlann m’a suggéré d’écrire une philosophie de la canicule. Mais, si l’idée m’a particulièrement séduit, il fait beaucoup trop chaud pour la mettre en œuvre. Et, déjà, les promesses des flammes de l’enfer qui causaient les nuits blanches des prières de nos ancêtres paraissent débonnaires à qui éprouve dans sa chair la réalité de la surchauffe atmosphérique. Pourtant, tout n’est pas à jeter au feu dans cet épisode précoce de chaleur. Cet après-midi, en effet, pour ne pas étouffer, Daphné et moi, nous sommes allés au cinéma voir Vivaldi et moi (Primavera) de Damiano Michieletto, film qui, malgré quelques facilités un peu kitsch, n’est pas sans beauté, encore que, je m’en suis rendu compte, pas tout à fait adapté à l’âge de Daphné. Mais les aventures sentimentales d’Angelo, le héros de Giono, le sont-elles ? Et l’était-il l’Hoffenbach de Kracauer ? L’Ulysse d’Homère et les luttes sanglantes des héros grecs dans la plaine de Troie ? Je ne le crois pas. À quelque chose canicule est bon, dira-t-on bientôt, histoire de se rassurer quand, à la surface de la peau, des cloques commenceront à se former et que l’on perdra connaissance en pleine rue sous le regard dégoulinant d’indifférence de ses semblables transpirants. L’autre jour, à la télévision — mais je ne peux m’en prendre qu’à moi-même puisque, même si je n’y crois plus depuis bien longtemps, je consulte encore les informations —, une vieille femme de gauche (de je ne sais plus quel journal, Politis, je crois, ou quelque chose comme ça, mais ça ou n’importe quoi, cela ne fait aucune différence) expliquait que, s’il allait bien falloir s’y résoudre, il ne fallait cependant pas climatiser toutes les salles de classe dans les écoles, mais seulement un préau par exemple, puisqu’il est bien connu que, sur les plateaux télés climatisés, comme ailleurs, d’ailleurs, les enfants ne valent guère mieux que du vulgaire bétail. Et, en réalité, moins, puisque les vaches, elles, on peut les manger tandis que, en Occident, les enfants, on ne prend même plus la peine de les faire. Et de fait, depuis plusieurs jours, hasards du calendrier et caprices de la météo, Daphné ne va plus à l’école. Ainsi, au lieu de cuire en classe (il y a bien longtemps que l’on n’apprend plus rien à l’école, même pas à se tenir tranquille), cuit-elle à la maison. Ce matin, nous sommes allés au Jardin, elle et moi. Nous nous sommes assis sur ces chaises en métal vert sénatorial et elle a dessiné le grand cerf et ses petits de dos. Et puis, elle a voulu le dessiner de face. Mais, n’y parvenant pas, elle a dessiné le portrait d’un petit garçon suédois de son imagination dont elle a entrepris de me conter les aventures (en gros, il avait perdu son chapeau et sa gouvernante n’était pas contente). Il fait chaud, eussé-je pu écrire plus prosaïquement, mais c’eût été un peu léger. Or, le temps est lourd. Tout comme le sont les temps qui courent.

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