1.7.26

Tout ce que je pourrais dire me semble vain, aujourd’hui. Mais ce n’est pas l’effet d’un pessimisme qui anticiperait les conséquences nulles de mes propos, c’est simplement ainsi que je me sens : las. Physiquement, non moralement : j’ai plus envie de traînailler que de faire quelque chose d’important, de dire quelque chose de profond. Ce matin, je suis allé au jardin pour lire, et j’ai eu froid. J’ai pesté contre le temps qu’il fait, ou trop ou pas assez, comme s’il pouvait y avoir un climat parfait. L’après-midi, avant d’aller voir Daphné danser lors du dernier cours de danse de l’année, j’ai regardé un film sur des types qui avaient inventé un téléphone portable, et, à la fin du film, je ne sais pas pourquoi, je me suis senti déprimé. Le sentiment m’a gagné, tout à coup, et complètement à rebours du film, qui n’était pas déplaisant, qui était un produit de consommation courante sans réel intérêt, mais bien fait, d’un point de vue industriel, et plutôt gai dans le ton, et dans la forme. Mais j’ai été assommé par cette histoire, et surtout par la vacuité absolue de ce qu’elle racontait : les héros, aujourd’hui, fabriquent et vendent des téléphones portables par millions. Et, c’est tout. Ce n’était pas la prétention du film, mais, si l’on avait voulu résumer notre civilisation en deux heures tout compris, l’on ne s’y serait pas mieux pris. Le film était le résumé de notre civilisation dans ce qu’il montrait — des gens inventent un produit inutile et destiné à être remplacé par un autre tout aussi inutile et deviennent immensément riches avant de tout perdre, ou à peu près — que dans ce qu’il ne montrait pas — le saccage de la planète et la destruction de toute conscience morale. Zéro réflexivité, zéro esprit critique, un présent infini qui se déroule dans le néant le plus absolu, l’auto-consommation de la civilisation par elle-même jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Quand on écoute les débats sur le climat — comme il a fait un peu trop chaud, récemment, on s’en est préoccupé —, on est parfois étonné d’entendre des arguments comme : « Vous savez, le but, c’est quand même de sauver des vies » prononcés par des membres du GIEC. Évidemment, si tel n’était pas le but, il serait inutile de s’adapter : on laisserait les gens se débrouiller, les humains vivent dans des continents très froids comme dans des continents très chauds, ils peuvent survivre, enfin, certains d’entre nous survivraient, pour les autres, tant pis. Mais la réalité est que nous sommes trop nombreux sur Terre et que, si nous étions dix fois moins nombreux, comme avant la Révolution industrielle, aucun des problèmes que nous rencontrons aujourd’hui ne se poserait à nous. Mais, malheureusement, la décroissance démographique n’est pas un programme politique convainquant ni réaliste à l’échelle mondiale. Nous sommes donc condamnés à souffrir. Cela n’a-t-il pas quelque chose de profondément déprimant ? Quelque chose de profondément décourageant ? Nous sommes contraints à bricoler des solutions inefficaces, à côté du problème qui se pose à nous, parce que nous ne sommes pas capables de nous réguler en tant qu’espèce. Nous prétendons réguler le monde alors que nous ne sommes pas capables de nous réguler nous-mêmes. N’est-ce pas terrifiant d’inanité ? — Mais je me retrouve à peu près là où j’ai commencé, signe qu’il est grand temps de m’arrêter.