La rue de l’Église est la plus belle du village, aucun doute à ce sujet, qui conduit effectivement à l’église du village, aucun doute à ce sujet. Je fais le tour par la chapelle Saint-Roch, laquelle est toujours fermée, puis une halte au carrefour des Sept Saints, comme les sept saints de Bretagne, lis-je sur un panneau, où une légende est racontée dans laquelle une femme pauvre donna naissance à sept enfants, et la querelle entre Brest et Daoulas qui s’ensuivit, ou quelque chose comme cela, je crois. La maison est plus belle en vrai que sur les images qu’on peut en voir sur internet, ce qui est plutôt bon signe, et franchement réjouissant : que la réalité soit plus belle que les images que l’on en prend, n’est-ce pas l’indice que la vie vaut encore la peine d’être vécue ? Un peu, au moins, non ? Il fait chaud à Daoulas, très, mais le soir, moins, beaucoup. Je marche un peu, trouve qu’il y a trop de voitures, mais tellement moins qu’à Paris, mais encore trop, c’est ainsi, la vie est surtout une question de seuils, d’attentes, de limites, de frontières franchies, et peu d’absolu, voire pas du tout. Sur la route entre la capitale et le village, cet après-midi, des motards faisaient vroum vroum vroum avec le moteur de leur moto pour qu’on leur cède le passage ; c’était ridicule, mais j’ai compris que c’était moi qui trouvais cela ridicule, que c’était moi qui n’étais pas à ma place, moi qui ne conduis presque jamais, moi qui n’avais en réalité d’autre choix que de m’écarter devant les vrais seigneurs de la route. Je ne l’ai pas fait, je n’ai pas cédé, et j’ai senti que, dans une version plus accomplie de cette réalité qui est simplement la nôtre, j’eusse payé de mort pareil affront. Je ne suis pas mort, et c’est heureux, parce que je suis toujours en vie et que nous sommes encore en démocratie, mais pour combien de temps ? Dans le ciel de France, on entend de nouveau la petite chienne qui aboie.

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