8.7.26

Passé la nuit sous la tente au fond du jardin, non loin de la rivière. Où il ne s’est pas du tout passé ce à quoi je m’attendais. Et c’est sans doute cela, une expérience ;quelque chose qui n’est pas a priori, qui doit avoir lieu, qu’il faut faire. De fait, sous la tente, je n’ai pas très bien dormi, même si l’habitacle, installé par mes soins, était plutôt confortable. En terrain inconnu, fût-il au fond du jardin, ce dernier, on est sensible à tout, en alerte. Peut-être qu’au bout de trois ou quatre nuits passées là, l’organisme s’habituant, le sommeil serait meilleur, plus long en tout cas. Mais je ne dormirai pas là, de nouveau, cette nuit. Une autre, dans quelques jours, oui, pourquoi pas ? Aussi, ce matin, j’étais réveillé tôt. Et, comme je ne parvenais pas à me rendormir, je suis allé courir sur le sentier des douaniers. Il était sept heures et demi. Je me suis dit que j’allais être seul au monde. Eh bien, non. Une femme, bâtons de marche nordique à la main, me précédait sur le chemin. Je m’apprêtais à la dépasser quand je fus moi-même doublé par une sorte de frelon lancé à vive allure sur le sentier. Il m’adressa un bonjour que je lui rendis, et puis je ne le revis plus. J’ai doublé la femme nordique, après quoi je n’ai plus vu personne pendant de longues minutes. À la pointe de Rosmelec, un homme promenait son chien. Ensuite, il est remonté dans sa voiture et m’a doublé en partant. Il y avait des vaches, aussi, qui paissait, paisibles, indifférentes au destin, semblait-il. J’étais heureux de me trouver là. Simplement heureux d’être simplement là. On devrait avoir le droit de toujours vivre sa vie de la sorte, me dis-je à présent, sauf que ce n’est pas une question de droit, la vie. Et que, ne pouvant obtenir le droit au bonheur, les humains se sont résolus à réclamer le droit de mourir. Faute de mieux, en quelque sorte. De quoi est-ce une question, alors, la vie, Jérôme, si ce n’est pas une question de droit ? Eh bien, une question de vie. Mais c’est une tautologie. Non, la vie est ainsi, c’est tout, qui trouve les moyens et les formes de se perpétuer. On ne devrait s’inquiéter de l’avenir : il y aura toujours quelque chose. On devrait s’inquiéter du présent : que nous ne sachions toujours pas ne rien faire.