Ma tête est un bocal et mes idées, des poissons rouges qui y tournent sans répit. Est-ce vrai que je tourne en rond ? Ou est-ce plutôt que je ne suis pas encore allé au bout ? De quoi ? D’elles, de tout, de moi. Encore heureux, sinon pourquoi continuer ? Il faut de l’espace à venir. De temps à autre, je me dis : « J’ai un roman à terminer » et, évidemment, c’est autre chose que j’ai envie de faire. Il faudrait que je m’y (re)mette, mais il fait trop chaud. C’est une mauvaise excuse, oui, je le confesse. Mais il fait trop chaud quand même. Même en Finistère, c’est dire : il n’y a plus de refuge nulle part, tout va se consumer. Mais “la nature” — je précise le rôle des guillemets : ce que l’on entend par là —, n’est-elle pas à l’image du monde social, devenu trop dur, trop brûlant, trop violent, on ne peut rien désirer que se cacher, vivre pour soi, non dans la solitude, mais dans l’exil, chercher l’île où on nous laissera en paix ? Probable qu’elle n’existe pas, est-ce une raison de ne pas la chercher ? De même que je cherche des solutions aux problèmes que je me pose que je n’ai pas encore trouvées, des solutions qui ne sont pas plus vraies que celles dont je dispose déjà, qui me précèdent, mais plus judicieuses, plus belles, et qui me rendent ainsi plus heureux. Un peu plus riche aussi ? N’exagérons rien. J’ai repris la page du journal d’hier pour en faire un article autonome. De là pourrait naître quelque chose après quoi je cours depuis des années : l’articulation critique d’une philosophie esthétique, mais en aurais-je le courage ? Je me suis inscrit à des cours de dessin pour l’année prochaine : je serai bien obligé, par ce fait, cette fois, de m’y mettre, — pour de bon.

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