17.7.26

« Vous êtes courageux », m’a dit la vieille dame de Rosmelec quand je suis passé devant son jardin, en courant. « Merci », lui ai-je répondu, sans m’arrêter ni penser à l’ensuite, quand, une fois revenu à Daoulas, je manquerai de m’évanouir. Alors, elle m’eût trouvé bien moins courageux, assurément. Mais, sur le même parcours (la boucle Daoulas – Rosmelec – Daoulas), me dit la machine qui tient le registre des courses, j’ai mis une minute de moins qu’hier. Une minute de moins, quinze degrés de plus, arithmétique de la souffrance, c’est l’évidence. Pourtant, cependant que je courais, j’allais bien. Ou, en tout cas, j’en avais l’impression. C’est seulement quand je me suis arrêté de courir pour rentrer à la maison, tel Ulysse sans son Athéna protectrice, que je me suis senti fatigué et que j’ai failli ne m’a pas m’en remettre. Ithaque détraquée, nos maisons ne le sont-elles pas toutes, désormais ? Peut-être n’eussé-je pas dû m’arrêter de courir et continuer ainsi jusqu’à épuisement total de mes ressources physiques et morales, jusqu’à l’effondrement, la mort. Mais me serais-je effondré ? Pas sûr ; je m’imagine toujours la mort venant d’un coup, sans même en avoir conscience, qui me surprend, me prend, et c’est fini, mais la vérité des exemples autour de moi — le cancer de ma mère, la maladie à corps de Lewy avec syndrome parkinsonien de mon père — en présente une tout autre version (lente, agonisante, dégradante, humiliante, désespérante), qui sait donc ce qui m’attend ? Moi, certainement pas. Est-ce heureux ou ne l’est-ce pas ? Je l’ignore, cela aussi, et préfère ne pas le savoir. Le courage n’est pas forcément là où on l’attend et sa représentation change avec le temps. Comme tout, non ? Oui, comme tout, oui. Moi aussi, d’ailleurs, c’est dire l’étendue du changement. Mais ce n’est pas l’arrêt, je le sais, qui est en cause, c’est la conjugaison de la chaleur et de l’effort. Ce soir, la température est tombée. Dans le jardin, il faisait frais. J’ai écouté les chardonnerets élégants chanter, j’ai regardé le chat s’allonger tel un sphinx dans l’herbe humide. J’ai goûté à la douceur de vivre. N’attendant rien. Cette page, j’en avais déjà composé le thème in petto, ne me restait plus qu’à. Écrire, ce qui est le plus beau.