Archéologie personnelle. Fouilles dans les strates d’une mémoire dont je ne suis même pas certain qu’elle soit la mienne. Et l’indifférence que j’exprimais au lendemain de Noël (littéralement, https://cahiersfantomes.com/2025/12/26/261225/), je ne suis pas certain qu’elle soit encore la mienne. Ou plutôt, elle ne l’était déjà pas quand j’écrivais ces phrases un peu trop définitives pour être honnêtes et je ressens de nouveau le doute que j’avais ressenti au découvrir d’un certain fait troublant concernant l’un de mes aïeux. Aujourd’hui, pourrais-je dire, je ne sais plus, mais alors je ne savais pas non plus, je faisais semblant. Et il est vrai que je suis constamment déchiré entre le roman familial et le désir de m’en émanciper. On ne le peut pas, on est toujours le fruit d’une histoire, la conséquence d’un passé, mais c’est tellement trivial que le dire n’apporte pas grand-chose, n’éclaircit pas grand-chose. Pas pour moi, en tout cas, non. J’ai donc fouillé les archives disponibles durant tout l’après-midi et j’ai trouvé des informations, des réponses aux questions posées, et des pistes, surtout, qu’il faudrait à présent que j’explore plus avant, mais je ne suis pas certain d’en avoir envie. C’est-à-dire : pas dans cette voie-là. Mais peut-être, cette voix, n’est-elle pas la voie unique, peut-être n’est-elle qu’un chemin parmi d’autres qu’il faut que je parcoure. « Chemin » n’est pas le mot qui convient. Non, « sillages » est celui que j’ai employé hier, pour moi-même, dans l’expression : « sillages méditerranéens ». Expression qui manque peut-être d’une certaine originalité, mais qui m’évoque une image multiple, une image dans une image, dans une image, dans une image, une image qui se décline, prend des formes chaque fois des formes différentes : la trace derrière le bateau qui vogue sur les flots devient la queue des comètes dans le ciel devient les lignes de la main deviennent les traits d’un arbre généalogique deviennent les rides sur la peau. Alors, l’histoire de l’aïeul cesse d’être quelque chose à explorer pour soi seul, dans une démarche d’ego roman historique, pour devenir une étoile qui brille dans la constellation, la constellation que je dessine en écrivant. N’est-ce pas ainsi que les étoiles sont organisées ? Non pas dans le ciel, mais sur la terre ? Ces lumières éparses que mon ignorance ne m’a pas appris à nommer ni à ordonner en constellations, comme l’écrivait Borges dans son poème. Tout part de l’ignorance, le choc, d’abord, et puis aussi la pensée, l’ignorance pousse à la découverte. Mais ne suis-je pas trop loin de l’espèce de philosophie que je voulais mettre au point avant de partir, en commençant par planter ma tente dans le jardin, en étant parmi et en expérimentant ce que cela fait ? Et si tout était lié ? La non-séparation — il faudra bien que je trouve un mot pour dire cela, un mot positif —, ne la conçois-je pas comme le propre de la Méditerranée ? Mais n’est-ce pas immense alors ce qui m’attend ? Et j’ai ce roman à terminer, ce roman qui n’avance pas, ce roman que je n’ai plus envie d’écrire, ce roman que je ne sais pas comment écrire. Et je n’en aurai jamais la force : il faudrait pour que je l’aie que je sacrifie mes grand petits plaisirs — le manger et le boire —, c’est peut-être ridicule, c’est peut-être absurde, mais je ne crois pas en être capable. Alors, est-ce que tu préfères angoisser à l’idée de mourir en attendant de mourir ? Angoisser dans l’attente d’agoniser ? Gaspiller ainsi les forces pour avoir moins peur ? Et avoir peur quand même ? Qu’est-ce qui est absurde ? Qu’est-ce qui n’a pas de sens ?

Vous devez être connecté pour poster un commentaire.