26.7.26

L’insatisfaction sur laquelle s’est achevée la page d’hier, comme tant d’autres pages avant elle, je l’ai compris sur le chemin, cet après-midi, est liée au fait que je bute sur ce point d’arrivée, comme si le mot que je cherche, que j’ai sur le bout de la langue, devait arriver pour ainsi dire naturellement comme une conclusion à un raisonnement qui s’impose d’elle-même. Or, c’est ce que j’ai compris, cet après-midi, sur le sentier, il était temps, mais mieux vaut tard que jamais, des banalités, il y en a tant, il faut inverser les choses, les renverser, il ne faut plus que ce « lequel ? » soit le terme final mais toujours manquant, jamais encore trouvé, de la recherche, la faillite, l’échec, mais le point de départ : ce que je cherche, c’est cela = x. « Il était temps », ai-je écrit, parce que, une fois que l’on a l’impression d’avoir compris, on a aussi l’impression que cela allait de soi, mais ce n’est pas si évident qu’il n’y paraît après coup, du tout, non. L’insatisfaction est liée aussi, me semble-t-il, à une erreur : croire que le mot (le concept qui dira positivement la non-séparation) doit être une réponse, alors qu’il est avant tout une question. C’est-à-dire : il ne doit pas être un terme auquel j’arrive, mais le point d’où je pars. C’est ce qui me pose problème, je crois : j’attends, j’espère, et donc je m’attends à ce que le mot vienne à la fin de la page comme le juste point final à la fin de la phrase, mais il ne peut pas en être ainsi. Ou bien, si, il pourrait en être ainsi, mais ce n’est tout simplement pas ainsi qu’il en est. Il pourrait en être ainsi, c’est-à-dire : je pourrais avoir de la chance, je pourrais tomber juste, par hasard, et ce serait heureux, mais non, ce n’est pas ainsi que les choses se passent, en l’occurence. Le sentier, je l’ai pris tout de suite après le déjeuner, quand j’ai regardé l’heure, j’étais déjà parti, il était treize heures treize, Daphné eût voulu que je touchasse mon nez. Le parcours prévu, anticipé, était de vingt-cinq kilomètres. Mais, parvenu à cette distance escomptée, je me suis aperçu qu’il me restait encore une bonne dizaine de kilomètres à parcourir. Je les ai parcourus, laissant au passage le petit orteil de mon pied gauche s’éclater littéralement contre un morceau de roche (— Par le chien, Jérôme, qu’est-ce que ce liquide qui se forme au creux de mon soulier ? — Et voilà, vé, c’est du sang, fada, je le savais !), parce que j’avais décidé que, cet après-midi, j’irais de Daoulas à L’Hôpital-Camfrout à pied, en empruntant le sentier côtier. L’espèce de révélation heuristique que j’ai eue, je l’ai eue durant, je dirais, les vingt premiers kilomètres. Vers vingt-cinq kilomètres, j’ai commencé à faiblir un peu. Mais j’ai continué parce qu’il n’était pas question que j’abandonne en cours de route. Après, ce fut le tour de l’orteil. Et me voici à écrire cette page qui n’apportera aucune réponse à aucune question. Heureusement.