6.8.26

Pris à main droite, ce soir, pour aller courir. Passage sous la voie rapide, direction les bois. Mais très vite, dans les bois, on rencontre un portail qui barre le chemin — « Propriété privée. Défense d’entrer. », nous est-il dit en lettres blanches sur fond rouge menaçant —, et il faut faire demi-tour. On tourne donc, évite l’amabilité des chiens, et non celle de leurs maîtresses, continue comme cela, un peu en rond, c’est ce qu’il arrive quand on tourne, pendant quelque kilomètres (6) avant de revenir sur ses pas. De fait, ce côté-là est plus facile que l’autre, à main gauche, qui longe la côte, lequel est plus beau, mais aussi bien plus fatigant, car on ne peut jamais y garder bien longtemps la même foulée, il faut constamment changer d’allure et, quand on croit avoir trouver le bon rythme, quelque accident de terrain vient le casser, il faut tout remettre en question. On apprend, à force de l’emprunter, on progresse, on s’améliore, mais la réalité n’en cesse pas moins d’être la réalité, accidentée. C’est une belle leçon de philosophie, je crois, ainsi que d’humilité, mais peut-être est-ce la même chose, la philosophie et l’humilité, non au sens de l’humiliation — « Moi, qui ne suis rien, etc. » —, mais de l’adaptation aux conditions, apprendre à faire avec, avec ce que l’on a (comme pour faire la cuisine), avec ce que l’on est, avec le monde tel qu’il est. Et cela marche. Enfin, je crois. En tout cas, je constate que, dès le chemin moins accidenté, la cadence accélère, on peut laisser la foulée aller, au lieu de la contrôler sans cesse, de la contrarier, peut-être, oui, un peu, mais c’est la réalité qui l’exige, pas moi, ni les gens, les choses comme elles sont. Les choses sont-elles comme elles sont ? Mystère. Hier, j’ai eu une idée — à la fois : une idée de plus et une idée dans l’idée que j’ai déjà, un embranchement à l’intérieur de l’idée —, et puis, j’ai regardé le Seigneur des anneaux, la communauté de l’anneau. C’était très, mais très, très long. Et ensuite, j’ai eu du mal à m’endormir. Ou plutôt, non, pas du mal, mais je me suis senti angoissé, à cause des sensations qu’il m’arrive d’avoir avant de m’endormir, et ainsi, de fait, j’avais peur d’avoir ces sensations avant de les avoir, j’avais ces sensations avant de les avoir, ce qui est parfaitement absurde. Mais tout est une question de relation avec la réalité : trop tôt, trop tard, au bon moment. Je me couche tard en ce moment (depuis que nous sommes à Daoulas), et me lève en conséquence. C’est assez étrange, mais pas nécessairement désagréable, non. Mais je ne sais plus ce que je voulais dire. Que j’ai sacrifié mon idée pour un divertissement bon marché (avec des répliques du genre : « My brother, my captain, my king… », il meurt en s’étant battu comme un brave, envoyez les violons) ? Je ne sais pas, cela me paraît un peu simpliste. Mais les choses comme elles sont, ne le sont-elles pas, aussi, simplistes ?