Depuis un mois que j’ai débranché tous mes réseaux sociaux, il ne s’est strictement rien passé. Non seulement, à en croire les chiffres que la machine me livre quotidiennement, cela n’a eu aucune influence sur l’accès à mes cahiers fantômes, mais personne n’a essayé de me joindre à l’adresse que j’avais laissée : cahiersfantomes.elective206@aleeas.com. Comme si rien de cela n’existait. J’ai eu la tentation de dire : « comme si je n’existais pas », mais ce n’est pas vrai, non que je veuille me lancer dans la démonstration de mon existence, je fais ce que je fais, je fais ce qu’il me semble bon de faire, quoi qu’il en soit du reste, c’est donc que cet ensemble (récent) de (prétendues) relations (soi-disant) sociales n’existe pas, ou que, s’il existe, il est largement indifférent dans l’immense majorité des cas. Peut-être qu’il faut y consacrer une part importante de son temps pour que cela fonctionne, mais je n’ai pas d’énergie pour cela. C’est une phrase que je dis ou que je me dis souvent, ces derniers temps : je n’ai pas d’énergie pour cela, et je crois qu’elle décrit assez bien mon état d’esprit. Et, d’ailleurs, parfois, au lieu de dire que je n’ai pas d’énergie pour cela, je devrais dire que je ne suis pas disponible mentalement pour cela. C’est quelque chose de ce genre que j’ai dit à Nelly, hier, je ne sais plus très bien à quel sujet, je lui ai dit que, si, vu de l’extérieur, on pouvait trouver que je ne faisais rien (un écrivain qui ne gagne pas d’argent n’est pas quelqu’un dont on se dit spontanément qu’il est très occupé), je suis en réalité très occupé, mon esprit est occupé par les idées qui sont les miennes, ou celles des autres quand j’essaie d’en faire quelque chose, que je les trouve bonnes ou que je les trouve mauvaises, et cela laisse peu de place pour le reste, reste que j’ai tendance à considérer comme moins important ou moins intéressant, et non pas tant à cause d’une déformation focale (je trouverais intéressant ce qui m’intéresse) qu’en raison d’une estimation globale de la forme que la réalité devrait prendre et du rôle que nous devrions ou non y jouer. C’est un peu confus, peut-être. Évidemment, on pourrait me reprocher, parce que c’est l’impression que je donne, d’avoir délaissé les réseaux sociaux pour tester ma popularité, mais ce n’est pas le cas : d’une part, si tel avait été le cas, eh bien, j’aurais la preuve irréfutable de ce que je pressentais avant de passer à l’acte, à savoir que ma popularité est nulle, mais ce n’est pas le sujet, non, j’ai délaissé les réseaux sociaux parce qu’ils avaient fini par me donner la nausée, emprisonnant dans leurs mailles toute la bonne volonté du monde pour la réduire à une forme de bêtise passablement repoussante, répugnante. Les réseaux sociaux ont concentré internet, et on a l’impression qu’il n’y a plus guère que là que l’on peut exister, mais cela, non plus, ce n’est pas vrai. Ce qui m’a le plus frappé, je l’ai déjà dit, mais je ne l’avais pas anticipé, c’est que les statistiques de fréquentation de mon site n’ont pas chuté, il y a peut-être eu une baisse légère, mais je dirais que, globalement, c’est plutôt stable. Est-ce à dire que tout est faux, que tout est devenu faux ? Ce n’est peut-être pas la conclusion la enthousiasmante, la plus réjouissante, mais je crois que oui. Il faut simplement détruire le faux. Ce n’est pas difficile.