11.8.26

Ce que j’ai fait de plus intéressant aujourd’hui : sans aucun doute, ramasser des petits coquillages sur la plage. Leurs formes, leurs couleurs me fascinent. Il est très certainement illégal de s’en emparer de la sorte, mais qu’est-ce qui ne l’est pas ? C’est la vie même qui est soumise à législation : puritanisme de tout. Il y a environ 110000 ans, pourtant, déjà, homo sapiens fabriquait des bijoux avec des coquillages. On en a retrouvé la trace dans la grotte d’El Mnasra sur la côte atlantique du Maroc. Merveilleuse civilisation. Quand on réduit l’histoire à la seule écriture — tout le reste, c’est-à-dire : le plus clair du temps, se trouvant par là même rejeté dans la pénombre informe de la préhistoire, immense période qui n’a même pas de nom à elle —, se rend-on compte à quel point on appauvrit notre vision du monde, du temps, de la vie, de la planète ? 3500 ans, tout au plus, 3500 ans, à peine. Faut-il s’étonner ensuite que nous accordions si peu d’importance au monde dans lequel nous vivons, et que nous nous sentions à ce point séparés de l’univers qui nous entoure que nous le maintenions à la distance la plus lointaine, de toutes nos forces ? On voudrait s’ouvrir au monde, mais comment faire si l’on ne s’ouvre pas au temps ? Si l’on ne prend pas conscience de la profondeur du temps, de son immensité ? N’est-elle pas fascinante ? Tout comme ils sont fascinants, ces petits coquillages de couleur sur la plage : il y en a des jaunes, des orange, des pourpres, des gris, des bleus, des ocres, des marron, qui scintillent encore dans mes mains. J’ai pensé à mes lointains ancêtres, qui, des milliers d’années avant moi, passaient du temps à ramasser des coquillages sur la plage pour en faire des parures, pour ajouter quelque chose du monde à leurs corps. Quelle merveilleuse civilisation, que celle-là, me suis-je dit en pensant à eux en ramassant mes petits coquillages dans le sable, quelle merveilleuse civilisation que celle qui, accroupie, ramasse de petits riens sur le sable pour s’en parer ensuite ; et s’empare moins, ainsi, qu’elle ne s’en pare.