15.8.26

Retour à Paris, demain, et puis, quelques jours plus tard, départ pour Marseille. Il y a tant de façons de raconter son “intimité”, comme on dit, on peut tenir son journal intime, publier des romans autofictionnels où l’on raconte sa vie, son couple, son expérience de la prostitution, tout ce que l’on voudra, pour ma part, je trouve qu’une page telle que celle que j’ai écrite hier, par exemple, est beaucoup plus intime que la description par le menu d’éventuels ou fantasmés exploits sexuels : qui sait lire en apprendra plus sur moi, si cela veut dire quelque chose, que quelqu’un qui saurait ce que je fais de mon pénis. Je comprends tout à fait que parler de (son) sexe soit bien plus vendeur — qui ne rêve pas in petto de savoir ce qu’il se passe dans le lit du voisin ? — que d’esquisser des perspectives à propos de ce que la vie bonne pourrait bien être, mais je n’ai aucun goût pour ce genre de littérature, ni le genre d’individus qui s’y adonnent, s’y complaisent, s’en repaissent : les fonds de culotte sont les fonds de tiroir de la réalité, à moins que ce ne soit l’inverse. On peut coucher qui l’on couche dans son lit sur papier glacé, c’est vrai, ce l’est moins pour les sortes d’idées qui occupent mes pensées. Et espérer s’en tirer par le relativiste « Chacun son truc » a quelque chose d’un peu trop défaitiste à mon goût. Évidemment, « Chacun son truc », et puis quoi ? Est-ce tout ? Est-il devenu impossible d’aller plus loin ? Est-ce le dernier mot de notre morale ? Peut-être. J’allais écrire : je ne sais pas pourquoi je raconte tout cela, mais ce n’est pas vrai, c’est toujours en raison du décalage que je ressens avec une violence certaine entre ce qui me passionne, ce qui m’émeut, ce qui est pour moi matière à penser, et ce qui émoustille qui préside aux destinées des pauvres humains que nous sommes. Pauvres humains que nous sommes, en effet. Une morale authentique, ne devrait-elle pas commencer par cela : prendre pitié de nous, non pour nous promettre un monde meilleur dans un lointain et indifférent au-delà, mais pour nous aimer un peu mieux, autant que faire se peut, ici bas ? Et le fait que, à vrai dire, cela ne fasse rêver personne en dit moins sur la naïveté des perspectives que j’esquisse ici que sur la misère qui est la nôtre, à laquelle on nous condamne, à laquelle nous nous condamnons nous-mêmes. Pauvres humains que nous sommes.