17.8.26

J’allais écrire quelque chose, tout à fait autre chose, et puis je me suis demandé : à quoi bon ? Et, à cette question, la chose n’a pas résisté. Pourtant, j’avais prévu des choses à dire sur cette chose, mais c’était peut-être cela, le problème : accumuler des choses et des choses, des choses à propos de choses, cela ne vaut pas grand-chose. L’intérêt que l’édition française me porte, je le connais déjà, qui ne m’accorde aucun crédit, alors pour m’intéresserais-je à elle ? Comme je l’ai dit en substance, hier : quand même il n’y aurait plus d’éditeurs, bons ou mauvais, peu m’importe, en France, j’écrirais quand même, en France, ou ailleurs. Et, d’ailleurs, mon horizon, n’est-il pas déjà ailleurs, et depuis bien longtemps, en réalité ? Hier, l’Amérique du Sud de l’Argentine et de l’Uruguay, les hémisphères du globe comme du cerveau ; aujourd’hui, la Méditerranée, que j’explore en faisant varier les distances. La différence entre ces deux espaces géographiques : de l’un, je rêvais, de l’autre, je viens. Mais est-ce une si grande différence que cela ? Pour moi, je ne le crois pas, non. En rentrant de Daoulas, hier, j’ai trouvé au courrier l’acte de mariage de mes grands-parents, Étienne et Maddalena, que j’avais sollicité auprès de la mairie de Septèmes, et qu’une dame charmante m’a adressé dans les meilleurs délais. Sur l’acte, il est indiqué que mon grand-père exerçait la profession de maçon. À cette époque, pourtant, en 1937, il devait consacrer plus de temps à ses activités syndicales et politiques qu’à la maçonnerie, ce qui explique que, quand il sera écarté de la CGT et exclu du PCF au début des années 1950, il se reconvertira dans les assurances, ce qui n’a pas grand-chose à voir avec la maçonnerie, mais ce n’est pas cela qui me fait sourire. Ce qui me fait sourire, pour ainsi dire, c’est que son nom de résistant sera Lemaçon. Avec un naturel assez désarmant, n’est-ce pas ? Mais lui, contrairement à d’autres, n’aura pas conservé ce nom après la guerre, préférant retourner à l’anonymat simple de son nom propre — Blanc —, ce qui correspondait sans doute mieux à ses idées auxquelles il ne renonça jamais, pas même dans les camps où il fut prisonnier durant la guerre. Comment Maddalena — « Mamie Madeleine »— vécut-elle ces années d’absence, de tourment, de solitude, elle qui fit tant de démarches, en vain, pour qu’on lui rende son mari ? Je l’ignore, j’essaie de me le représenter, mais j’ai le plus grand mal. C’est mon monde et c’est un autre monde dont moins d’un siècle me sépare. Quand je pense à cela, je pense aussi à certains traits de caractère de ma mère, et je songe : les idées, ce n’est pas une vie facile pour qui en est l’enfant.