Tout à l’heure, je me suis endormi en relisant le début de la Recherche, et c’était bien. C’était l’une des meilleures expériences que je pouvais espérer faire. Et je me suis vu, blotti dans mon lit, m’endormir de nouveau en lisant le livre, un peu plus tard dans la soirée, demain, tous les jours, qui sait ? On vante les mérites, ce me semble, de l’actualité, de la rapidité, de l’efficacité, du rapport de force, le destin du monde, dit-on, en dépend. Je n’en crois rien. Tout le pouvoir peut être oublié, abandonné, il n’est rien. Je voudrais que tu parviennes à la conscience de cela, que tu perdes tes illusions, que tu voies les choses différemment. Tu n’en feras rien. C’est dommage. Tant pis. Le nouveau machin, la performance artistique du vieux mec qui publie onze livres d’un coup, l’échec de truc, la nouvelle maison de je ne sais plus qui, le propriétaire de je ne sais plus quoi, et l’intelligence artificielle, évidemment, l’intelligence artificielle, tout cela, qu’est-ce ? Pas grand-chose, en vérité. Et on aurait tort de vouloir quelque chose, quelque chose d’autre. Il ne faut rien vouloir. Il faut s’endormir sur les livres que nous lisons, et laisser notre imagination divaguer lentement, à partir de bribes de mots, s’en aller loin, et puis, au retour, se demander : « Où en étais-je déjà ? Ah oui, “bœuf à la casserole.” »