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Ferragosto. — Presqu’île dans l’archipel de nos misères, le silence est quasi absolu entre deux moteurs à explosion ; — on ne s’entend même pas pleurer. Odeurs pécorines émanent de mon corps, effluves de chaleur : à partir de quelle température la graisse commence-t-elle à fondre au soleil ? À quelques mètres de distance à peine, ce sont des univers étrangers les uns aux autres qui mènent leurs vies parallèles. De toute façon, on ne parviendra jamais à les faire coexister : l’un finira par ensauvager l’autre ou bien tout partira en fumée. Quinze août en Occident, infrabasses peuplent le champ sonore, l’horizon étouffe sous une brume de chaleur, une brume de pollution, une brume d’illusion, une brume de brume. Tout à l’heure, il y a quelques heures à peine, l’air était si clair qu’on voyait les rangées d’éoliennes immobiles dans le lointain. Pourtant, semblaient crépiter quelques flammes encore discrètes, et suspectes à qui prenait la peine de les observer, ces petites dépouilles desséchées sur le chemin, campagnol, taupe, que les chiennes en chaleur de la prospérité n’auront eu aucun remord à massacrer. Voyant ce cadavre noir, j’ai été étonné de sa petitesse, et il a fallu que je consulte l’encyclopédie une fois revenu à la maison pour m’apercevoir que c’est l’histoire de Franz Kafka qui m’aura induit en erreur, me faisant imaginer l’animal — de taille humaine ou à peu près — bien plus grand qu’il ne l’est en réalité, une quinzaine de centimètres, environ, à l’âge adulte. Nous sommes confits dans nos confiances troubles, nos idées toutes faites, nos croyances erronées, nos illusions ossifiées en certitudes, nos passages précaires aplanis comme des autoroutes, il faut marcher pour s’en défaire, marcher, c’est-à-dire : aller voir de plus près, se déprendre du fantôme des choses qui peuplent nos esprits, faire l’expérience réelle du réel.

14825

Célébrer. — Si difficile de voir le monde autrement que par son propre prisme, le petit trou de sa lorgnette. Mais comment voir différemment ? Comment s’y prendre ? Et par quel autre bout regarder l’univers ? Depuis quel point de vue supérieur tout voir d’un coup d’œil ? Cela, précisément, ce n’est pas possible. On ne voit jamais qu’un petit pan de l’univers. Ce qui ne signifie pas que le reste n’existe pas. Tout à l’heure, pour l’une des dernières fois sur le sentier des douaniers, je pensais aux gestes qui composent les rituels des religions (des images m’étaient présentes à l’esprit, de purifications avant la prière, notamment), et je me demandais quels gestes faire qui ne soient pas faux, j’entends : qui ne soient pas fondés sur des croyances fausses, des erreurs, des contre-vérités, voire des mensonges éhontés ? Que célébrer qui ne soit donc pas le faux ? Et, tout en marchant, je me suis dit que ce que j’étais en train de faire — marcher, c’est-à-dire —, c’était une célébration en soi, une célébration de rien, une célébration de tout, une célébration de la vie : point n’est besoin de célébrer quelque chose de défini — un être, c’est ce à quoi je pense — pour célébrer l’existence en soi car l’existence n’est pas une chose, pas une chose en soi, pas la chose en soi, l’existence n’est rien en soi, la vie même est transitoire, transition, passage, avancée, dynamique, mouvement, aller, allant, bien plus qu’être et étant, percée, transformation, métamorphose. Peut-être est-ce une définition de la vie : le rien en soi, mais je ne le crois pas, en tout cas, ce n’est pas ce genre de phrases que je veux faire, ce genre d’impressions que je veux donner, ce genre de conclusions que je cherche. Que cherches-tu, alors ? Eh bien, précisément ceci : non des conclusions, des propensions. Marcher, pour un être humain, c’est ce qu’il y a de plus naturel, de plus évident, de plus profond, aussi. Tout bouge, tout change tout le temps quand on marche. Et, pourtant, croyant aller plus vite, croyant échapper au mouvement, ainsi, ne faisons-nous pas tout pour ne plus marcher, atteindre à l’immobilité ? Drôle de question. Crois-tu, vraiment ? Quoi, la question ? Oui. Ah, je ne sais pas. Je disais ça comme ça. Alors, tais-toi, cela vaut mieux, n’est-ce pas ? Ne sois pas toujours désagréable, veux-tu ? Je venais de courir cinq kilomètres sur le sentier. Et j’avais trouvé que c’était assez, il faisait trop chaud à mon goût pour continuer, et je n’avais pas d’eau avec moi, alors j’ai fait demi-tour et le chemin inverse en marchant, et c’est dans ce déplacement-là que j’ai pensé aux gestes rituels de se laver les mains, de se laver les pieds, avant de prier, gestes que je trouve beaux, d’une infinie humilité, mais ce trouvé de moi ne sauve pas pour autant tout ce qu’il y a d’erroné dans la croyance en un être supérieur. Il n’y a pas d’êtres, comment pourrait-il y avoir un seul être ? Nietzsche (Gai savoir, III, § 111.) se livre à une analyse évolutionniste du concept de substance, fondement de la logique aristotélicienne, c’est-à-dire occidentale, qui le fait apparaître comme une erreur, un illogisme qui a subsisté et s’est imposé simplement parce qu’il permettait la conservation de la vie. Le concept même d’être est une erreur, et peut-être (l’analyse de Nietzsche n’est pas historique, c’est bien plutôt une expérience de pensée, comme la plupart de ses aphorismes, ce qui fait que nous pouvons encore les lire) s’est-il imposé comme une nécessité à un moment de l’histoire naturelle de l’humanité, parce qu’une telle simplification était le seul moyen efficace d’assurer la survie de l’espèce. Simplement dit : notre vérité est fausse. Il a peut-être fallu y croire en certaines circonstances pour ne pas périr, mais aujourd’hui, n’est-ce pas cela même qui nous fait périr ? Le faux n’est pas seulement contraire à la vérité : il détruit la vie. La vie, qui n’a que faire de la vérité.

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Il fait de plus en plus chaud. — Aucune théorie critique de la société de consommation n’a jamais contribué à la fin de la société de consommation ; c’est la société de consommation elle-même qui induira à terme la fin de la société de consommation. Est-ce une utopie comme en fut une la baisse tendancielle du taux de profit ? Possible, mais. Comme les méduses que le réchauffement climatique fait proliférer mettent à l’arrêt les centrales nucléaires, la multiplication des canicules conduit au ralentissement de l’économie. Ainsi, constatent les analystes de l’économie de marché, chaque journée qui connaît une température supérieure à 32° C équivaut à une demi-journée de grève. La hausse des températures entraîne une baisse de la productivité. Et, en effet, qui a envie de travailler quand il fait chaud ? Déjà que, quand il fait froid. À cette lueur, le concept de « sud global » prend un sens nouveau : bientôt, le monde entier ayant été tropicalisé, l’indolence sera la norme, et l’art de vivre méridional triomphera enfin de l’esprit mortifère du capitalisme. Qui ne rêve de passer sa vie à se radasser ? Le nord besogneux, industrieux, entreprenant, qu’aura-t-il fait sinon préparer le monde à sa fin, une fin sombre, sale, et enfumée ? Or, ce qu’il ne pouvait pas prévoir, harassé par la besogne qu’il était, c’est que la fin en question ne sera pas une grande explosion, mais bien plus certainement une longue et crapuleuse sieste. Le néant n’est pas nécessairement nihiliste, non, il peut être agréable, accueillant, réjouissant et frais comme une après-midi passée à l’ombre, rien qu’à regarder le temps s’écouler, lentement, et l’eau qui coule venir lécher le rivage de nos pieds. Ayant appris à lézarder et à se contenter de peu, débarrassé des mirages de la productivité, libéré de la torture du travail, l’être humain pourra enfin consacrer le plus clair de son temps aux tâches qui sont réellement dignes de lui : penser, aller, venir, et faire l’amour.

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Sous contrainte. — Tout ce dont je me souviens, c’est que les souvenirs, moi, ne me valent rien. Il y en a pour qui ça marche, et même bien, Proust en est le meilleur exemple, mais pour moi, non. Dans un texte qui ressemble à une litanie d’hypnotiques commandements, « Belief & technique for modern prose », Kerouac conseille ceci : « Like Proust be an old teahead of time », et j’ai beau avoir toujours trouvé cette prose lapidaire magnifique, et me souvenir aujourd’hui encore de m’être souvent demandé comment on pouvait bien se défoncer au temps (par ailleurs, j’ai moi-même imité le style « commandements pour écrivains » de Kerouac), je dois reconnaître que mes souvenirs ne me sont bons à rien, si ce n’est à me lamenter sur moi-même. Le problème, et évidemment, cela n’échappera à personne, c’est que, des souvenirs, même si l’on n’en veut pas, on en a, et l’on ne peut s’empêcher d’en avoir. Proust appelait ce phénomène « mémoire involontaire » et y décelait la voie d’un accès privilégié à la vérité, laquelle se situe, précisément, au-delà du temps. Et ainsi, Proust n’aura jamais traversé le temps que dans l’espoir d’en sortir, d’échapper au temps, de se tirer de cette affaire qui conduit tout le monde au même endroit : la mort. (Premier paradoxe.) Mais mes objections ne sont pas théoriques, non. Ce ne sont donc pas des objections, ce ne sont que des sentiments, de simples sentiments que j’exprime à mesure que, la mémoire venant et revenant, ils parviennent à la surface du temps où son passage les enfouit. (Cette dernière phrase est affreusement pompeuse, mais tant pis.) À Nelly, tout à l’heure, j’ai dit que je n’avais aucun souvenir heureux avec mon père, et plus largement avec mes parents, et c’est vrai : tout ce dont je me souviens, ce sont des vexations, et c’est peut-être à une déformation causée par le temps qui passe que je dois ces seuls restes-là, mais c’est précisément cela, la mémoire : le temps qui a déformé les événements au point d’en faire des souvenirs. Proust veut revivre le même événement (c’est tout le (second) paradoxe de sa mémoire involontaire et il ne vit que pour revivre (troisième paradoxe ? probable que oui) parce qu’il l’associe à la plus grande jouissance connue, mais de la réalité de cet événement nous ne savons rien et ne pouvons rien savoir, nous n’en avons qu’un témoignage tardif, un chef-d’œuvre, peut-être, mais auquel nous ne pouvons pas accorder un grand crédit (pas plus grand en tout cas que celui que nous accordons généralement à la fiction). À mes souvenirs non plus, je ne puis accorder un grand crédit et ce, d’autant moins que, si l’on m’interrogeait pour savoir si mon enfance fut heureuse, je répondrais certainement qu’elle le fut, oui, ce qui est en contradiction manifeste avec l’affirmation d’après laquelle tout ce dont je me souviens de mon enfance, ce sont des vexations. Mais y a-t-il vraiment contradiction ? Une vie n’est pas faite uniquement d’événements heureux et, pourtant, elle peut n’en être pas moins heureuse. Et inversement, même dans les circonstances les plus tragiques, les êtres humains s’aiment et ont des enfants. Je ne suis pas un imbécile, je ne me fais pas d’illusions, je sais fort bien que j’ai de la chance d’être né où je suis né, d’être né comme je suis né, tant il y a des malheurs sur terre, de gens qui souffrent, n’ont rien, meurent de faim, sont enfermés dans des camps où on les humilie et les massacre, et que, en vérité, je ne suis qu’un petit-bourgeois qui pleurniche. Et alors ? Je ne sais pas : si ma vie ne vaut pas mieux qu’une autre, elle ne vaut pas moins qu’une autre. Tout ce que je veux dire, je crois, c’est ceci : je ne peux me fonder sur mes souvenirs, ils ne valent rien. J’entends : ils sont là, réels au moment même où ils me reviennent à la mémoire, mais je ne peux rien bâtir sur eux, je ne peux rien élaborer à partir d’eux, ils sont morts, en quelque sorte, tout comme mon enfance. Pour revivre son enfance, il faut être devenu très adulte, me semble-t-il, et moi, souvent, je me fais l’impression d’être encore un enfant, de n’avoir jamais réellement pris part à toutes ces choses sérieuses auxquelles les adultes prennent part (gagner de l’argent, s’engager, se battre, que sais-je encore ?). Même mes rares convictions ne sont qu’un peu de sable qui me coule entre les doigts : je ne crois en rien d’autre que des choses simples, des choses banales, des choses ordinaires, je me sens minuscule face à l’étendue de l’univers, et ma détermination à écrire, que j’ai souvent appelée « discipline », il me semble que je la dois plus au plaisir que me procure la répétition (faire tous les jours la même chose, car les choses répétées plaisent), qu’à la certitude de toucher jamais à la vérité ultime, la vérité vraie. Il y a des écrivains qui écrivent pour gagner de l’argent, il y a des écrivains qui écrivent parce qu’ils sont persuadés d’avoir raison ; moi, j’écris parce que cela me plaît et que, comme un enfant, je n’ai jamais supporté faire que ce qui me plaît, toute contrainte me paraît monstrueuse, inhumaine, cruelle.

11825

Quoi qu’il arrive. — Au loin, j’entends le goéland qui raille, indifférent à ma misère. Est-ce l’impuissance ou l’existence même qui cause en moi un tel abattement ? Quotidien, ou quasi. Mais l’impuissance n’enveloppe-t-elle pas l’existence ? On se donne des airs, de l’importance, mais la vérité est bien plus triviale que l’idée majestueuse, si ce n’est divine, que l’on s’en fait : on ne peut rien faire. Ou pas grand-chose. Pourtant, pas grand-chose, ce n’est pas exactement rien. Me réjouit la nouvelle que je lis dans le journal : un afflux de méduses a mis à l’arrêt l’une des plus grandes centrales nucléaires d’Europe. Incident dû à la surabondance de ces animaux, cette dernière étant elle-même probablement causée par l’excessive activité humaine, le réchauffement climatique et la surpêche entraînant respectivement la montée de la température des eaux et la baisse du nombre des prédateurs, facteurs qui favorisent la prolifération des méduses. Ainsi, la boucle du progrès se renfermant sur elle-même dans une parfaite immobilité, on peut tout à fait envisager un futur proche dans lequel l’activité même de l’espèce humaine mettra à l’arrêt l’activité même de l’espèce humaine. À force de vouloir bien faire, on se contraindrait à ne plus pouvoir rien faire. Et peut-être est-ce la vraie réponse à la question que l’être humain se pose depuis des millénaires : comment faire le bien ? Comment faire le bien ? Eh bien, en ne faisant rien. L’essence de la morale n’est pas négative, au sens d’interdictive, elle est nulle, elle embrasse le néant et l’épouse, elle n’est même pas nihiliste, elle consiste à ne rien faire du tout, à célébrer non pas l’impuissance, qui est déjà trop (toute impuissance est un regret, — c’est une remarque érotique), mais l’inactivité, l’impossibilité de l’action, la nécessité de l’inaction. On pourrait facilement dire que, pour survivre au futur qui l’attend autrement, l’espèce humaine doit se résoudre à ne plus rien faire, mais du tout, ce qui revient exactement à périr. N’est-ce pas toutefois une conjecture un peu trop facile, la pente qui conduit de l’impuissance au néant étant courte mais des plus abruptes ? D’autant que, et je sais que c’est la pure et simple vérité, cet abattement que je connais, il n’y a pas de moyen d’y échapper : j’ai conscience de mon impuissance, mais la reconnaître, en reconnaître la nécessité, pas la nécessité morale, non, la nécessité physique, impérieuse du déclin de toute existence, de toute vie, ne change rien à ce que je ressens, je ne peux pas me sauver, je ne peux pas aller mieux parce que ce n’est pas moi qui vais mal, je contemple impuissant le spectacle démoralisant de la déchéance, et rien, aucune pensée positive, aucune technique psychologique, aucune manipulation ne peut déformer le réel : la fin arrive toujours. On l’appelle « mort », mais elle pourrait s’appeler n’importe comment, « méduse », d’ailleurs, qui paralyse, fige, change en statue de pierre, laquelle tombera bientôt en ruine, serait peut-être un mot plus juste, et non seulement plus poétique : ce n’est pas la mort en tant que telle qui fige, paralyse, c’est la perspective qu’elle ouvre dans notre vie, le stade terminal de toutes choses, qui vient, qui arrive, qui est déjà là, chut, tais-toi, regarde. « Mort » est le nom de ce qui arrive quoi qu’il arrive.

10825

La mer est bonne. — De toutes les nobles morts, celle qui consiste à se dissoudre dans la mer me semble, et de loin, la plus désirable. Que les nombreux êtres humains qui ont vécu jusqu’à présent, et sont morts, n’en ait pas mis au point le procédé témoigne sans doute moins de l’impossibilité technique de ce dernier que du déclin constant de l’intérêt que l’on porte à l’édification dernière, du peu de sens — esthétique, éthique — que l’on attribue désormais à cet instant ambigu, ni tout à fait d’ici ni tout à fait d’ailleurs, où la vie s’achève. On se soucie d’en finir vite, on se préoccupe d’en finir sans douleurs, on s’arrange pour en finir sans causer de désagréments, mais bien mourir, qui cela inquiète-t-il encore ? « La liberté s’est concentrée en pure négativité, écrivait Adorno en 1944, et ce qu’on appelait à la fin du siècle “mourir en beauté” s’est limité au souhait d’abréger l’avilissement infini de l’existence ainsi que la douleur infinie de l’agonie, dans un monde où depuis longtemps il y a bien pire à craindre que la mort. La fin objective de l’idéal humaniste ne veut pas dire autre chose. Elle signifie que l’individu en tant qu’individu, en tant que specimen de l’espèce humaine, a perdu l’autonomie grâce à laquelle il pourrait réaliser le genre humain. » (Minima moralia, § 17.) Sur la plage, tout autant que le soleil, aveugle l’accablante uniformité. Mais il n’y a pas de lunettes spéciales pour s’en protéger. Comme si l’égalitarisme forcené — la croyance en la possibilité d’accomplir l’égalité réelle — avait littéralement exécuté toute singularité, et jusqu’à sa possibilité même. Désormais, cette uniformité poursuit l’être humain jusqu’en sa dernière extrémité : tout le monde doit se ressembler, tout doit se ressembler, l’égalitarisme épousant en de nivelantes noces le relativisme le plus concret. In fine, la vie, la mort, tout cela aussi doit se valoir. Mais ce n’était pas ce à quoi je songeais, cet après-midi, sur la plage. À quoi est-ce que je songeais ? À me baigner, — pour la première de l’année. Et les eaux de la Manche m’ont semblé accueillantes. Un peu plus tôt, j’avais rédigé le premier poème pour mon projet de bonnes mères. Et, à l’instant, je viens de photographier les notes prises l’autre jour, et le dessin qui les habite, pour les intégrer à l’ensemble que je vais élaborer. C’est un peu étrange, peut-être, d’entreprendre des rédiger des poèmes sur la Bonne Mère à près de 1000 kilomètres de distance, mais c’est ainsi que cela s’est produit dans une sorte d’illumination dont il m’a fallu, ensuite, trouver comment la mettre par écrit. Ce que j’ai fait, d’une première façon, du moins. Voilà en tout cas deux éléments qui composent une sorte de racine originelle du projet (je ne sais si c’est la meilleure manière de le dire, mais il faut bien le dire d’une certaine manière). Ne reste plus désormais qu’à laisse couler.

9825

Monologue limite. — Toutes les immoralités que je pense, je me les confie dans des sortes de conversations avec moi-même un peu cheloues, Bill Evans de je ne sais pas quoi. Tout ce je pense, je le pense — ce n’est pas une tautologie, nous allons bientôt nous en rendre compte —, ce n’est pas une posture, c’est la vérité, une version de la vérité, un fragment de la vérité, et que ce fragment ne réponde pas aux critères de la bienveillance ordinaire qui ont cours dans nos sociétés humaines ne me semble pas changer grand-chose à la réalité de ce que je ressens, à la vérité de ce que je dis, ne fût-ce donc qu’à moi-même. Mais cela fait déjà beaucoup de monde, je trouve, moi seul. N’est-ce pas déjà une personne de trop ? Suis-je une personne ? Je ne sais pas, j’hésite. (Sérieusement.) Normalement, ce genre de pensées mauvaises, nous ne nous les disons même pas à nous-mêmes, de peur que quelque chose ou quelqu’un nous foudroie, que le sort dans sa revanche ne s’acharne sur nous, que nous soyons punis d’une façon ou d’une autre par la vie, le destin, la mort. Si de tels châtiments existaient réellement, il y a bien longtemps que seuls les bons sentiments que les lois morales des sociétés humaines promeuvent règneraient sur terre. Et le fait qu’il n’en soit rien, que ce soit même des sentiments radicalement opposés qui s’imposent partout à la surface de la terre, que le nom de dieu , le nom de la loi ou le nom du droit ne soient guère invoqués que comme alibis pour faire le mal ou se contenter de ne rien faire du tout, de se satisfaire de parler dans le vide ou d’agiter un petit drapeau, tend à prouver qu’on peut bien raconter ce que l’on veut, penser ce que l’on veut, cela ne change strictement rien à rien. Les êtres humains, mais quoi, « les êtres humains » ? Je ne sais pas, rien, je crois, les êtres humains. Ce que je pense d’indicible à nul autre que moi n’est pas moins humain que le reste de ce que font les humains, et je n’en suis pas fier, peut-être parce que j’ai conscience, les pensant, les proférant, d’enfreindre les lois morales élémentaires des sociétés humaines, mais qu’est-ce que j’en ai à faire ? La réalité n’est pas moins réelle parce qu’elle est immorale, elle est comme elle est, et puis c’est tout. Et, cette fois, c’est une tautologie, oui, en effet (notons la différence), comme ce sur quoi l’on finit par buter sèchement quand il n’y a plus rien d’autre à faire, quand toutes les ressources ont été épuisées. Cela, à vrai dire, à moins à voir avec les limites du langage qu’avec les limites du cadre dans lequel on enferme les capacités de notre langage : ce n’est pas la limite de notre langage qui se montre dans l’impossibilité où nous sommes de décrire le fait qui correspond à la phrase sans répéter la phrase, c’est la limite de ce que nous sommes capables de faire avec le langage, les limites foncièrement étroites dans lesquelles nous enfermons le langage : le langage nous permet de décrire les frontières ultimes de l’univers, d’explorer les profondeurs abyssales de nos sentiments, et nous ne nous en servons que pour fabriquer des machines qui nous copient afin de les faire penser à notre place. Ce qui en dit long non pas sur le langage, mais sur les représentations que les ingénieurs du futur ont du langage et de nos capacités à en faire usage. Le langage nous permet d’inventer des univers qui n’existent pas, mais nous ne nous en servons pas mieux qu’un outil primitif, un bout de caillou mal taillé que nous fracassons sans but sur un autre bout de caillou mal taillé et qui ne sert à rien du tout. C’est désespérant, mais c’est ainsi : la réalité banale de ce que nous faisons de nos journées, de nos vies, de nos angoisses, de nos désirs, de nos rêves, de nos plaisirs. Confrontés à la limite de notre langage, c’est-à-dire : de l’usage que nous en faisons, nous recommençons encore et encore la même chose, sans même nous rendre compte que c’est parfaitement en vain. Ce qui nous fait vivre, ce n’est pas la conscience de la mort, mais l’ignorance dans laquelle nous nous tenons d’elle, l’illusion que nous entretenons sur la fin ultime de l’existence, de toute existence, de toute vie dans l’univers. La conscience de l’absence d’éternité paralyse, c’est vrai, mais pourquoi ? La conscience que la journée est destinée à finir a-t-elle jamais empêché quiconque de se lever ? On attend pour ce faire de n’en plus pouvoir, de ne plus avoir la force, d’avoir consommé toutes les ressources, tout épuisé, tout brûlé, et pourtant, le langage est d’infinis ressorts. Le siècle dernier s’est achevé sur l’idée que tout avait déjà été dit, tout avait déjà été fait. Et les petits que cette croyance paresseuse a engendrés ont aujourd’hui bien grandi : ils ont pris possession de la terre, appellent au forage, appellent à l’extinction, appellent à la guerre sainte, appellent au suicide collectif, appelle à la mort heureuse, appellent à la destruction, mais qui appelle au geste juste, à la parole qui éclaire ? Quand je suis seul comme ce matin — c’était un peu avant de passer l’aspirateur  que cette scène s’est déroulée, après, j’ai ressenti le besoin de faire le ménage, ce qui n’est pas étonnant —, je me dis tout ce qu’il me passe par l’esprit ; ce n’est peut-être pas tout à fait moral, mais c’est tout à fait vrai, il faut que je me libère de moi-même, des limites qu’une conception étroite du langage — la copie d’une copie d’une copie, etc. ad inf. — nous impose. Quand plus personne ne saura parler sans qu’une machine souffle la réponse à une question qu’on a posée à sa place, je continuerai d’écrire ces phrases que moi seul comprendrai.

8825

Offre de rachat. — Même le sentier des douaniers peut devenir un chemin de croix. Et n’importe quelle route, en vérité, qu’elle soit de terre ou bien de bitume. Ce n’est pas une question de surface, c’est une question de profondeur. Tout dépend de l’intention, de son intensité, et non de la légèreté du pas. Un peu plus de vingt kilomètres plus loin, j’ai mal aux pieds et je suis fatigué, mais ma rédemption, qu’en ai-je fait ? Qu’ai-je à me pardonner ? D’être en vie, je suppose. Mais exister, est-ce un péché ou une malédiction ? La perspective que ma vie puisse s’interrompre à tout instant (volontairement ou non) ne me tire pas d’affaire, je crois, ne me soulage en rien, non plus, non, mais ajoute au contraire une donnée supplémentaire au problème : pourquoi suis-je en vie et que faire de ce cœur qui bat ? Cette vie, ne serait-elle qu’un sketch de mauvais goût, et nous, les victimes dont on se rit à notre insu ? Un sketch de mauvais goût, c’est-à-dire : et sans issue. Ou bien trop connue. Et alors, on se dit : Mais à quoi bon continuer si l’on connaît déjà la fin ? Spoiler alert, comme disent les gens bien : à la fin, tu meurs. L’évolution a-t-elle placé au fond de nous une inconscience fondamentale ? Hypothèse selon laquelle l’instinct de survie ne serait pas une quelconque lutte pour la vie (l’entourloupe de Darwin), mais une profonde et radicale imbécilité à la racine de toute forme de vie qui perdure un tant soit peu. Pas de vie, dès lors, sans illusion : l’existence n’est qu’une immense hallucination collective. Dès qu’un rayon de lucidité parvient à percer le plafond gris de l’irréalité, tout le système s’effondre, et la nervosité est à son comble. Comment dormir la nuit lorsque l’on sait que tout est déjà fini ? Il faut une telle quantité de mensonge pour se lever le matin qu’aucune drogue n’est en mesure de nous la fournir : c’est la vie même le narcotique qui nous stupéfie. Pour m’assurer un sommeil lourd, j’ai bu du vin jusqu’à trois heures du matin, environ, hier au soir, tout en écoutant de la musique (Massilia Sound System, Dernière Transmission, Rome Buyce Night). Au réveil, j’avais envie de faire l’amour. Tout obéit donc à ce seul et unique plan de nous rendre ivre de vivre. C’est pour cela que j’ai marché autant, cet après-midi, pour transpirer la haine, la tristesse, l’accablement, la honte, l’impuissance, la disgrâce, le naufrage, l’âge, transpirer jusqu’à la dernière goutte le dégoût de vivre. Même si je ne l’ai pas sorti une seule fois de mon sac à dos, pour cela, en effet, il eût fallu que je m’arrêtasse quelques instants au moins, ce que je n’ai pas fait pendant quatre heures, j’avais mon cahier au bison rouge avec moi, et cette compagnie m’a semblé bonne, la meilleure, peut-être, même. Arrivé à Binic, là où je voulais me rendre, j’ai été frappé par la laideur des nouveaux quartiers que l’on construit, avec ces maisons au style absurde qui ont vue à 360° sur les autres maisons du quartier. S’endetter toute sa vie pour une telle hideur, ne faut-il pas être victime de la dernière illusion pour y consentir ? Tout devrait nous sembler vain, mais il n’en est rien : l’être humain bâtit inlassablement les ruines inintéressantes du futur. Comme une sorte de délire, de passion immuable pour une sénilité anticipée. Sans offre de rachat.

7825

Montagnes russes. — À quoi ce journal me sert-il ? Mais qui a dit qu’il devait me servir à quelque chose ? En tout cas, je ne cherche pas dedans pour retrouver la trace de, tout ce que je sais, c’est que ce n’est pas la première fois, “ces temps-ci” (marque de l’indétermination due donc au fait que ce journal ne me sert pas d’ego-archive), que je ressens cela : très haut et puis très vite très bas. Chute libre. Ce qui ne m’empêche pas de me demander : Mais comment est-il seulement possible de tutoyer ainsi le sublime et, l’instant d’après, ou presque, de ramasser la merde à pleines mains pour s’en goulûment repaître ? J’ai beau me dire : Ce n’est pas de ta faute, tu n’y peux rien, et caetera, — qu’est-ce que cela change ? Depuis quand, pour les gens comme moi, j’entends : les gens éduqués comme moi, j’entends : les gens élevés comme moi, j’entends : les gens dressés comme mou, être impuissant est une excuse, non, en vérité, c’est une circonstance aggravante, qu’est-ce que tu attends pour ? mais pour quoi ? dis, pour quoi ? Pour quoi ? Pour rien. Pour mourir. Oui. Peut-être. Hier, après avoir dessiné la Bonne Mère dans mon cahier au bison rouge, avec la statue de la Vierge à l’Enfant qui transperce les lignes de texte comme elle transperce le ciel au-dessus de Marseille, je me suis senti vraiment bien. Parce que, ce que je faisais, c’était ce qu’il me semblait bel et bon de faire, parce que je projetais mon moi présent dans le futur, un futur réalisable et un futur désirable, parce que, si j’avais dû le dire en un adjectif, c’est ainsi que je l’aurais dit, j’étais heureux, et puis, tous ces beaux sentiments se sont effondrés, non pas sous leur propre poids, ils étaient légers, légers, mais sous le poids du dehors, du monde, de l’autre réalité, je ne sais pas comment le dire en une seule expression simple, tout est si compliqué, effondrés, en tout cas, oui, cela, je peux le dire, et je me suis senti accablé par un poids qui n’était pas le mien, qui pesait en plus du mien, pesait sur le mien, m’écrasait. Et, cette nuit, vers quatre heures et demi du matin, quand je me suis aperçu que je ne dormais toujours pas, ou que j’avais dormi mais que je m’étais réveillé, j’ai eu l’impression que j’étais en effet beaucoup plus lourd que moi et que le matelas sur lequel je reposais sans me reposer était dur, que je m’écrasais contre cette surface dure et inhospitalière, cette surface qui me haïssait, me voulait du mal, avait envie que je souffre, mais pourquoi, que lui avais-je fait ? aucune idée, que m’étais-je fait à moi-même ? mais rien, mais alors quoi ? mais alors rien, c’est le monde social, c’est la réalité, c’est la folie, c’est la mort, c’est banal, mais chaque fois que cela arrive, cela semble extraordinaire, unique, inconcevable. Que ce ne soit pas inconcevable, ne crois-tu pas que c’est cela qui t’accable le plus ? Que ce soit, somme toute, parfaitement banal ? Je ne comprends pas. Eh bien, que ce qui arrive, qui ne t’arrive pas à toi, ce soit d’une banalité confondante, et que cela t’arrive tout de même à toi, par ricochet, si je puis dire, ne crois-tu pas que ce soit cela qui te fasse le plus souffrir : l’absence totale d’originalité ? Un peu comme si un destin sans originalité, ce n’était pas un destin pour toi. À un moment, durant la nuit, à tâtons rompus, j’ai cherché dans le noir mon téléphone rien que pour activer l’illumination de l’écran : il faisait si noir dans la pièce où je me trouvais que j’avais l’impression d’être devenu aveugle. Comme mon père. J’avais les yeux grand ouverts et je ne voyais rien. Alors, je me suis dit : Combien de temps avant que, comme mon père, je ne voie des êtres qui ne sont pas, des fantômes ? Et qu’ils me hantent, ne me laissent plus aucune paix, me rendent fou, et me tuent, combien de temps, oui, combien de temps ? J’ai allumé mon téléphone : il était quatre heures trente-et-une du matin. J’ai ressenti un profond abattement, comme un poids qui m’entraînait plus profond. Je me suis senti impuissant, bête, mais au sens médiocre, pas terrible, minable, un peu, inutile, incapable, insuffisant, et fatigué, très fatigué. J’avais tant envie de dormir et je sentais mes membres qui tiraient, les muscles qui brûlaient, des douleurs qui m’envahissaient, des idées noires, de plus en plus noires,  comme la nuit qui me rendait aveugle, comme mon père, mais pas assez noires, pas assez noires pour que je puisse enfin disparaître dedans. Je me suis demandé : Mais comment peut-on passer d’instants quand on touche à la perfection à d’autres quand on touche le fond, aussi vite, et aussi profondément ? Et même si — rien n’est de ma faute, mais ce n’est pas la question —, et même si tout était de ma faute, qu’est-ce que cela changerait, qu’est-ce que je pourrais y faire ? Grumeaux du réel, pâte indigeste, temps qui ne passe pas, clapote, fange de l’instant, remugles et bruits de la matière qui, lenteur abyssale, abîme de pénombre, tout est tellement banal, qui trouverait la force de remonter à la surface, et vers où ? 

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Dessiner. — Une idée m’évoque un dessin ; alors je note l’idée et je fais le dessin. Ce qui m’évoque une autre idée que je note elle aussi. Et ainsi de suite durant une page et demi. Je me suis toujours interdit de dessiner parce qu’il m’a toujours semblé que je dessinais mal. Au collège, ma professeure d’arts plastiques m’avait interdit l’usage de la gomme parce que je passais plus de temps à effacer les traits qu’à les tracer. C’est à force d’observer Daphné dessiner et de feuilleter ses innombrables carnets que je me suis en quelque sorte libéré du poids pénible de cet interdit : en la regardant faire, et avec quelle liberté elle le faisait, cette forme de vie m’a semblé éminemment bonne. Je ne vais pas énoncer quelque généralité imbécile sur la liberté des enfants ou je ne sais quoi, je voudrais plutôt dire que j’ai appris quelque chose de Daphné et que cela m’emplit d’une grande joie. Je relis les notes que je viens de prendre, le dessin que je viens de faire, et pense : N’est-ce pas ainsi, aussi, que tu trouves un moyen de ne pas te plaindre ? Qu’est-ce à dire ? Eh bien, ta façon de critiquer toujours tes contemporains, leurs façons de vivre, leurs goûts, leurs comportements, leurs choix, leurs habitudes, le vacarme impossible qu’ils font quand ils vivent, respirent, se déplacent, tu pourrais te perdre à force d’en faire la critique, c’est interminable, d’autant que cela, en vérité, ne te conduit nulle part, c’est peut-être vrai, mais c’est en vain, ne trouves-tu pas ? Alors que ce dessin, ce dessin que tu viens de faire dans ton carnet, il est bon, il est mauvais, cela n’importe pas, il existe, tu l’as fait, et il enveloppe une vérité bien plus grande que toutes les phrases que tu peux faire sur les torts et les travers des gens, il enveloppe un monde, des univers désirables, il te projette là où tu ne te trouves pas, il anticipe sur de possibles futurs, il ne te fige pas dans le moment passé d’une détestation, d’un reproche, d’un blâme, ou que sais-je encore ? Il ouvre, il étend ton expérience. N’est-ce pas merveilleux ? Te rends-tu compte de la chance que tu as ? Merveilleux, en effet, au sens du bonheur que procure une forme de beauté, de vivre et de se sentir vivre, d’accomplir quelque chose dans le temps qu’il nous est donné de vivre. À quoi bon vivre autrement ? Vraie question. Il y a tant de façons de mévivre (encore un néologisme, que dieu me le pardonne celui-là, aussi) : c’est vrai que l’époque à laquelle il nous est donné de vivre est détestable, mais détester la vie ne rendra pas l’époque meilleure, ne nous rendra pas meilleurs, ne sauvera pas le monde, n’empêchera personne de mourir, jamais, nulle part : aucun de nos péchés ne sera jamais rédimé par notre haine de la vie. C’est une morale qui peut sembler bien naïve, bien légère, mais je ne crois pas qu’elle le soit : il y a aussi le sublime dont j’ai déjà parlé ces dernières semaines. Lequel sublime ne se trouve pas dans une forme d’extériorité par rapport à la vie simple, comme s’il y avait une solution de continuité entre l’une et l’autre, mais en est l’expression la plus juste, la plus édifiante. Note dans le cahier au bison rouge : « “Bonnes mères” : poèmes écrits depuis la Bonne Mère. Avec dispositif : date, heure, temps qu’il fait, chemin emprunté pour monter. Quelque chose du sublime et de la ville et là où ils se rencontrent. [Ici, le dessin de la Bonne Mère.] Dans le dispositif de l’écriture devraient s’insérer des documents tels que photographies ou dessins, voire traces (ex : billet d’entrée, titre de transport, ticket de caisse, etc.) ». Je ne sais pas pourquoi cette idée de poèmes m’est venue aujourd’hui. Je suis quelque peu en avance sur le calendrier, mais elle est là — la note et le dessin dans le carnet la rendent disponible pour un usage futur —, et n’est-ce pas le plus important ?