Attire mon attention : comment les époques sont incapables de penser leur propre finitude, leur nature passagère, mais se pensent toujours d’une façon ou d’une autre comme définitives. Et c’est peut-être là une définition du concept d’« époque » : ce qui, dans le temps social, se représente comme définitif. Au Mucem, l’exposition « Méditerranées » constitue une expérience de cet ordre épochal qui, commençant par exposer l’inexistence de son objet (il n’y a pas d’unité de la Méditerranée, c’est une construction de l’Europe coloniale), et insistant sur un pluriel qui ne résout rien, ne déplace même pas le problème, mais se contente de s’inscrire confortablement dans ce qu’on se représente comme son temps, en vient à ne tenir discours que sur les représentations de la Méditerranée, envisagées sous l’angle exclusif de la colonisation, dans une pensée toujours plus distante, s’éloignant sans cesse, qui est toujours la pensée d’une pensée (pas la pensée de quelque chose réelle, si j’ose dire : en trois dimensions, mais la pensée de sa représentation par la pensée dans ce qu’elle a de plus plat), et pour qui il est impossible de franchir le mur de la représentation afin de tâcher de voir les choses telles qu’elles sont. Je parcours l’exposition avec un grand sentiment de frustration : je ne vois rien parce qu’il n’y a rien à voir, que de prétendus objets d’une science sans objet. Et je me dis que si je devais retenir quelque chose de cette exposition, l’espèce de message qu’elle fait passer, ce serait celui-ci : la Méditerranée est fasciste. Bref, c’est peut-être de la science, mais ce n’est pas très intéressant. Un peu plus tôt, devant l’installation de l’artiste Rima Djahnine (dans le cadre de l’exposition « Revenir »), j’avais été étonné d’entendre cette voix qui commentait des phares dans la nuit invoquer la nécessité d’une déconstruction de l’exil avant de faire remarquer in fine que la déconstruction ne permet pas d’échapper à la culpabilité de l’exil. À quoi bon déconstruire, dès lors, si l’on se sent aussi mal après qu’avant ? À rien, je crois : c’est un discours qui se parle à lui-même (l’artiste qui ne déconstruit pas, de toute façon, on ne l’expose pas). C’est difficile d’échapper à son époque. Difficile de penser au-delà d’elle parce qu’on est enfermé dans ses concepts, enfermés dans la fausse évidence de ce qui semble aller de soi, mais n’est que l’expression d’un certain Zeitgeist, qui ne diffère fondamentalement pas de celui qui le précédait, n’est rien que le produit d’un jeu d’oppositions essentiellement vain : on croit avoir gagné la guerre culturelle, mais la roue de l’histoire a déjà tourné. Le mur de la représentation, pourtant, il est possible de le franchir. Il y a tout l’univers pour cela. Collines dans la brume ce matin, en courant. Quatorze kilomètres parcourus avec ce sentiment d’être avec le monde — pas dans, pas à côté, parmi —, avec l’espace, dans toutes ses dimensions, et non pas dans une pensée plate des choses, qui repoussent toujours les choses trop loin de nous. Ensuite, j’ai trempé mes pieds dans la mer et, encore qu’elle fût froide, je n’ai pas eu envie de lui mettre un s au cul pour la réchauffer, à la Méditerranée : elle était là, c’était tout, et moi aussi. Peut-être n’est-ce qu’un nom, mais c’est un beau nom, et une belle chose. Qu’on s’y plonge un peu, pour voir.
Îles en Méditerranée. L’horreur est partout, dans l’exploitation des corps (cadavres compris) comme dans la destruction des consciences (rarement vu autant de laideur au mètre carré que dans une file d’attente), et contre cela, le sentiment de l’île, le sentiment que procure l’île (son idée, mais pas uniquement elle : la présence sur son sol même), la fascination que suscite le concept d’une étendue (minuscule, surtout) entourée de mer, la perspective de l’isolation qu’elle inspire, par suite, ne sont que les pierres bancales d’un maigre rempart. Mais nécessaire. Que ce dont nous disposons pour continuer d’exister malgré tout soit fragile, n’est-ce pas l’évidence ? Et cela ne s’impose-t-il pas comme une nécessité ? Qu’est-ce qui, sinon le faible, le fragile, le passager, le subtil, permet de lutter contre la machine de guerre de l’humanité ? Toutes ces qualités (faiblesse, fragilité, passagère, subtilité, et caetera) ne sont pas choisies, elles sont subies, elles s’imposent pas défaut : tout ce qu’il nous reste, c’est ce précaire canot qui vogue sur une mer déchaînée, risque sans cesse de venir se fracasser contre l’écueil du pouvoir, l’écueil de l’impuissance. (Le pouvoir nous rend impuissants.) Les perspectives de carte postale qui s’offrent à moi, je ne leur résiste pas, parce qu’il ne le faut pas, il faut que je m’abandonne au sublime, me dis-je, c’est peut-être l’unique façon de surmonter le kitsch — tout en ayant conscience que tout est kitsch, trouver la force encore de s’abandonner au sublime. Sans même en avoir réellement le désir, je les accepte, elles sont là, sous le ciel gris de brume de la Méditerranée, paysages calcaires au milieu de la mer, gestes du pécheur qui déroule son filet, ancestraux comme ceux de l’enfant qui joue dans l’eau, froide mais si bonne. Cet été, il sera trop tard, de toute façon, tout aura été envahi, et la vérité, c’est qu’il y a déjà trop de monde. Et, moi aussi, ne suis-je pas en trop ? Combien serait-il le nombre juste ? 3 ? 1 ? 0 ? Chaque jour qu’il m’est donné de vivre, j’apprends à compter sur mes doigts.
Où le ridicule et le sublime se côtoient toujours, et moi, qui passe de l’un à l’autre, sans cesse. Peut-être est-ce la raison pour laquelle j’aime tant cette ville, in fine, malgré tout le mal que j’ai pu en penser (mais de quoi n’ai-je pu penser du mal ? n’est-ce pas le propre de la raison que de penser du mal de tout ? la raison ricane, se moque, et détruit), parce qu’il me semble qu’on ne peut jamais savoir ce qui nous attend au bout de la rue : on croit avoir fait le tour de la cité, le tour des choses, le tour du monde, et quelque chose survient (un détail, un rien) qui remet tout en question. La vérité est simple : on n’est jamais sûr de rien. Ce matin, la météo, cette sibylle des temps postmodernes où il paraît que nous sommes et avons notre être, la météo annonçait un ciel nuageux et, pourtant, si le ciel n’était pas parfaitement bleu, les nuages y brillaient par leur présence, reflets laiteux dans le ciel d’hiver, vérités passagères dans la mer d’azur indifférence. Après que j’ai couru douze kilomètres et demi sur le front de la mer, j’ai fait quelques pas de plus dans l’eau, plage des Catalans, dont la fraîcheur m’a glacé quelques instants les sangs et les mollets. J’ai voulu prendre la photographie de ce que je voyais, là, l’étendue d’une beauté incroyable de la Méditerranée, offerte à moi, à la fois inaccessible et à portée de la main, et tant pis si ce que je vois est une illusion de la vérité, ce que je voyais, je le voulais, ce que je voyais, je voulais le voir, mais une jeune femme avait choisi ce moment pour jouer les naïades en string chez Poséidon. « Oh, Djé, fada, tch’y es un pervers ou quoi ? », ai-je entendu m’interpeler une voix venue d’un lointain passé (mais pas assez). Mais non. C’est vrai que le stringe (l’estrange ?), ce n’est pas trop mon truc à moi — voyant ces femmes quasi nues en arborer avec la fierté des féministes voilées, j’ai toujours l’impression de revivre un imbécile et onaniste et sempiternel fantasme de mâle adolescent, personne n’est parfait, surtout pas au mois de février —, mais qui suis-je pour juger ? Aussi ai-je détourné le regard (couvrez ce tafanari que je ne saurais voir) : l’avantage de l’horizon, c’est qu’il se joue des limitations. Partout, on peut voir l’infini, ou du moins l’idée que l’on s’en fait. À présent que je passe ma langue sur mes lèvres salées, je les sens brûlées par le ciel, le vent, le soleil, la lumière qui envahit l’espace et rend l’ombre si spéciale, extraordinaire. Brûlées par Marseille. Que les choses ne s’épuisent pas, mais qu’elles nous épuisent, n’est-ce pas cela, la vertu terminale du labyrinthe ? Je ne sais plus où j’y ai pensé, aujourd’hui, à l’idée du labyrinthe, pas dans les rues, qui étaient plutôt droites, mais peut-être en visitant le sous-sol de quelque appartement, qui sait ? Mais c’était l’image adéquate de mon expérience : plus on se perd et moins on se perd, ou peut-être est-ce l’inverse, qui sait ?
Au point Relay du Hall 2 de la Gare de Lyon, les emballages plastiques des paquets de chips ou de bonbons se distinguent mal des couvertures de livres des best-sellers, et un œil peu éduqué en ces matières, disons tel contemporain du XXIe siècle, pourrait s’y laisser prendre, avalant le dernier roman de John Séqui pensant que ce sont des chocolats Malthus ou, inversement, se goinfrant de chips Laides tout en s’imaginant dévorer le dix-millième tome plus un des bédés de Brimade Latouffe. Dans une perspective adroite, je prends une photographie éloquente où la polychromie de l’emballage de sucreries épouse à la perfection le sourire épanoui et les yeux pétillants comme des bulles de Coca de Laure Calamy. La vérité est là, offerte à nos yeux qui ne veulent plus, ne peuvent plus, ne savent plus, ou bien sont tout simplement fatigués de la voir, et la culture n’est qu’un rayon parmi d’innombrables autres dans le supermarché du désespoir. Qu’est-ce que la « singularité » que vante l’actrice populaire sinon cela, un rayon dans le labyrinthe d’un monde qui se consume ? La tête de gondole a une tête de conne, mais ce n’est pas le dernier de ses défauts : par palettes entières, elle vend de la mort (trahison, fausse conscience, escroquerie, laideur, duperie, la liste semble interminable qui se dresse comme un rempart entre le monde et soi) et trouve encore la force de sourire pour faire passer la pilule de cyanure. C’est pour cela qu’on la paye, n’est-ce pas ? Pourtant, quand on y regarde d’un peu plus près, sur la tranche des pages immaculées des exemplaires des livres ici alignés en rectilignes rangées, on découvre qu’une pellicule de poussière noire recouvre les ouvrages, tous, en effet, sauf le premier de l’étal, qu’un quidam découragé et pressé de partir, mais dont le train accuse quatre-vingts minutes de retard au moins, se sera égaré à manipuler. Sous les apparences de prospérité que la société se donne, l’échec ne tarde pas à poindre, et l’élite n’est que le maillon le plus satisfait de lui-même de la chaîne alimentaire de l’industrie universelle. « La poésie des troubadours, écrit Jacques Roubaud dans la préface de la Fleur inverse, son essai sur l’art des troubadours, naît pénétrée de lumière et d’oiseaux. Et si on associe inévitablement à leur nom la Provence, proensa, c’est qu’eux-mêmes, en une migration intérieure à l’Occitanie, se sont peu à peu, venus de Poitiers, du Limousin, de Toulouse, entendus pour converger vers le Languedoc et la Provence, la Provence enfin, au tournant du XIIIe siècle, dans les courtes années qui marquent à la fois l’apogée du trobar, et le moment de son assassinat. La Provence fut le cœur de la géographie du trobar, de l’art de la poésie. » Plus loin, Roubaud met au jour la grande idée de l’art des troubadours, le lien entre l’amour et la poésie : « l’invention, ou découverte, des troubadours, écrit-il, n’est pas l’amour ; elle est que l’amour est inséparable de la poésie, est le moteur de la poésie dans le chant. Les troubadours ont inventé qu’il est un lien indissoluble : celui qui unit l’amour à la poésie. » Lien que — et c’est précisément ce que je lui reprochais hier — Pound n’a pas compris. D’où sa chute sans possibilité de rachat dans le fascisme (un des noms du mal), chute à laquelle est conduit nécessairement quiconque tourne le dos à l’amour. Roubaud précise que le paysage provençal qui était celui des troubadours, lequel n’était déjà plus celui de l’Antiquité, est perdu. Que le monde a changé depuis ces centaines d’années, c’est un truisme bien trop évident pour le remarquer, mais je crois qu’il y a une qualité de lumière, une spécificité du ciel, quelque chose dans l’air qui ne meurt pas, ou plutôt, disons-le avec une moindre ambition, n’est pas mort. Peut-être faut-il faire un effort aujourd’hui pour sentir cet air, cette atmosphère, ce climat — et à cela, la société dont j’ai décrit brièvement un aspect, ne nous incite ni ne nous aide, c’est même tout le contraire qu’elle fait, elle nous fait du mal, elle nous veut du mal, elle nous hait, elle hait l’amour —, mais (on dira que c’est ma thèse ou mon illusion, selon que l’on sera charitable avec moi ou qu’on ne le sera pas), il est toujours là, comme est toujours là l’air de la Grèce ancienne, — c’est le climat méditerranéen.
Écoute avec passion la voix brisée d’Ezra Pound lisant le Canto III en 1967 à Spolète. Il a quatre-vingt-un ans, et ce que j’entends, c’est la voix d’un homme vaincu, je l’entends qui essaie encore de rouler les r comme on peut l’entendre faire sur les enregistrements plus anciens, mais il n’y parvient pas, il n’y parvient plus, on peut penser qu’il joue le rôle du personnage brisé, mais je pense qu’il l’est vraiment. Et c’est heureux. Une des images les plus éloquentes du fascisme, c’est où on le voit, à Naples en 1958, après qu’il a été relâché de son hôpital psychiatrique, qui fait le salut fasciste : c’est un vieil homme visiblement accablé par la chaleur du midi, les auréoles sous les bras ne trompent pas, et qui fait le malin devant l’objectif des photographes, mais son rictus ne brille pas par son intelligence, tant s’en faut : il a l’air franchement bête. Plutôt qu’à Mussolini, c’est à Fellini que je pense : ridicule. Et la mistake que Pound aurait évoquée devant Allen Ginsberg l’année de la lecture du poème, c’est à la Dummheit de Heidegger qu’elle me fait penser : décidément, ces gens-là ne furent pas à la hauteur. Le modernisme de Pound fut le poste avancé du néo-colonialisme américain. Le fascisme (au sens large où Adorno employait encore ce terme qui inclut le nazisme) a dilapidé l’héritage en ruine de l’Europe d’après la Première Guerre mondiale, et Pound a participé à cette destruction, comme un agent de l’extérieur n’eût pu le faire aussi bien. Pound fut un touriste sur les rives de la Méditerranée, prenant part à une histoire à laquelle il ne comprenait rien : n’est-il pas insensé que l’on puisse confier à quelqu’un qui est en tout étranger à ce qui est méditerranéen le soin d’en écrire l’épopée ? Mais pourquoi lire Pound alors ? Pour retourner le fascisme de Pound contre lui-même ? Quelle drôle d’idée, non. Il y a la possibilité de quelque chose et l’échec de cette chose dans le même mouvement, je crois, dans les Cantos, ce qui les rend fascinants, obsédants. Il faut les surmonter. Comme il faut surmonter le fascisme. Le fascisme a abîmé le monde, a précipité sa destruction, pas simplement la destruction de la raison par la raison elle-même, il a été un formidable accélérateur de l’histoire, tout un continent se trouvant soudain précipité par la violence et la mort dans une ère à laquelle rien ne le préparait et qui ne serait pas pour lui, où il ne serait plus qu’un objet de consommation, l’espace privatisé pour le divertissement des masses illettrées, vaincu. Les poèmes de Pound préparent cela, participent à cette destruction. Pourtant, tout ce dans quoi la poésie de Pound plonge ses racines (les mythes et les épopées antiques, les métamorphoses, les chansons des troubabours, les ascensions célestes, etc.) ne s’oppose-t-il pas à la destruction fasciste ? Oui. Et alors ne reste plus qu’un hypothèse : qu’il n’aura rien compris. Que l’amour — l’amour de la mer, l’amour de l’épouse, l’amour de la dame, l’amour de l’air — lui sera resté notion complètement étrangère. Ulysse, le héros méditerranéen, est positif : il aime son île, l’exil lui est une souffrance, il ne le recherche pas, il le fuit. Tout le contraire du héros moderniste, lequel hait son pays, convoite l’exil, même quand on le chasse, quand on ne veut plus de lui, revient. Et, au retour, il n’est pas humble, il ne demande pas pardon, il ne se méditerranise pas, non, il fait l’imbécile, et finit brisé. C’est heureux. Le vrai triomphe, ce n’est pas la défaite. Le vrai triomphe, c’est le retour d’Ulysse dans sa patrie. Qui est étranger à la Méditerranée, me semble-t-il, ne peut pas le comprendre : il reste loin d’elle, il s’enfonce dans la grossièreté. Ce que je disais hier : il faut recommencer à neuf. Mais comment faire ? puisque tout a été détruit. On ne peut pas détruire la destruction. Il faut une langue tout autre, à nouveau, une langue refaite de tant de langues. Les articuler. Penser encore, et plus profond : le mal n’est pas une idée, c’est la réalité, aussi la réalité de la réalité.
Voyant le jus sang rouge de l’orange se répandre quand je la presse et avant même de l’avaler, je pense : Voici la vie. Mais non Jésus, « buvez ceci est mon sang », ou alors peut-être de manière inconsciente, sauf que je ne suis pas exactement ce qu’on peut appeler un bon chrétien, fils de communistes, je ne suis même pas baptisé, et donc mon éducation religieuse est inexistante, non, — simplement la vie. Plus la Grèce antique que la Galilée, si j’ose m’exprimer ainsi. Quand je bois le jus, ce n’est pas encore plus beau, ce qui est beau, c’est l’ensemble, la vie, donc, que je passe un certain temps à prendre en photographie. Le soleil vient de la droite (boulevard), je pose les moitiés d’orange, l’une pressée à côté de l’autre non, et clic. Est-ce que je me rends compte que cela n’a aucun intérêt ? Non, je ne crois pas. Veux-tu dire que tu ne t’en rends pas compte ? Non, je veux dire que je ne crois pas ce n’ait aucun intérêt. Pourquoi l’attention à la vie, jusques y compris dans les formes les plus simples qu’elle prend, les plus élémentaires, les plus ordinaires, les plus banales, serait indigne d’intérêt ? Qu’on ne voie pas cela, qu’on ne voie pas la merveille de la simplicité, de la banalité, c’est ce qui devrait poser problème, et non de savoir qui doit ou ne doit pas être premier ministre ou président ou vice-roi ou je ne sais quoi. Me frappe le bruit que font les gens pour vivre, même le dimanche. Je pense : Mais laissez votre voiture, mettez des baskets et marchez, marchez, n’est-ce pas ce que la chanson dit que les Français font ? Et c’est vrai, non ? Quoi ? Que les formes de vie nous précèdent, que nous vivons des vies qui ne sont pas les nôtres : des mâles assis dans des voitures font rugir le moteur à explosion de leur véhicule pour parcourir les trente mètres à peine qui séparent un feu tricolore d’un autre. Parfois, j’ai l’impression de vivre dans un laboratoire d’où j’observerais des formes de vies désuètes, obsolètes, les êtres les vivent quand même, sans conscience qu’elles le sont, déjà mortes, de là où je suis, je n’observe rien cependant (la métaphore du laboratoire n’est donc pas la bonne), j’entends, c’est tout, j’entends toute cette vie morte, insensée et insignifiante, que les gens vivent quand même parce qu’ils ne savent quoi faire d’autre, ne savent pas comment vivre autrement. C’est très étrange, quand on y pense. Oui, mais précisément : personne n’y pense. Les gens préfèrent penser qu’Untel est un raté parce qu’Untel ne gagne pas assez de kilo-euros par an, par mois, ou je ne sais quoi. Et oui, Untel, c’est moi. Je sais, Jérôme Orsini, cela sonne mieux, mais je ne peux pas faire systématiquement appel à lui, cela va finir par se voir, non ? Quoi ? Eh bien, que lui et moi, c’est une longue histoire. Le poème que j’ai commencé le mois dernier (14125), je l’ai continué. En fait, il n’est pas nouveau en soi — pour ainsi dire : ce n’est pas une nouvelle forme d’écriture pour moi —, non, je sens que je reviens encore et encore à cette écriture-là, et qu’il faut que j’aille au bout, parce qu’il y a quelque chose, là, qui m’appelle et à quoi il faut que je réponde. Il y a quelque chose à toujours encore refaire à neuf. Ce n’est jamais fini, en vérité.
Pas trop d’idées, étais-je en train de me dire quand une sirène déchira soudain le silence relatif de cette fin de semaine. Je m’interroge à propos de la passion du bruit, délirante, qui anime notre époque, mais ne trouve pas de réponse à mes questions, c’est un pur étonnement, c’est tout, comme quand on dit : Mais comment les gens font-ils pour vivre ainsi ? Et toi, n’es-tu pas aussi les gens ? Oh, si peu, si peu. La preuve : hier, par désœuvrement, j’ai demandé à une intelligence artificielle censée analyser les photographies des gens, dévoiler des informations privées les concernant et leur proposer des produits correspondants, theyseeyourphotopointcom, je crois que cela s’appelait, de faire le portrait marketing de la photographie de John Cage qui me sert de fond d’écran, celle où on le voit, accroupi derrière une glissière de sécurité, un couteau à la main, occupé avec un champignon, eh bien, non seulement l’intelligence artificielle n’a pas reconnu John Cage (ce qui est pourtant l’information principale de l’image), mais elle suggérait en outre de lui proposer une publicité pour un casque audio à réduction de bruit, ce qui est absurde, parfaitement absurde. Qu’est-ce que j’en ai déduit ? Oh, pas grand-chose, à vrai dire sinon qu’on fantasme sans doute beaucoup sur les pouvoirs de l’intelligence artificielle, dont la puissance serait si irrésistible qu’elle aurait déjà révolutionné toute notre existence. J’ai sans doute tort, mais je n’y crois pas un seul instant : le progrès me semble être devenu négatif, n’être plus qu’une immense usine à fabriquer de l’argent le plus bêtement possible, et ne profiter à personne, même pas à l’infime minorité qui s’enrichit, parce que, si elle s’enrichit financièrement, elle n’a rien d’intelligent, elle s’abêtit, abêtit l’espèce humaine, et donc s’appauvrit. Qui le progrès fait-il encore rêver ? Je sais que mes remarques sont des remarques de pauvre, mais je préfère de loin ma pauvreté à cette prétendue richesse, et c’est d’ailleurs la raison principale pour laquelle je suis pauvre, parce que je n’aime pas l’argent, parce que je trouve que l’argent est vulgaire, parce que je trouve que l’argent est laid. En cela, je suis exactement comme maman, qui haïssait l’argent, et tout ce qu’il représente, et qui n’aimait pas les gens qui avaient de l’argent. En cela, je ne suis pas tout à fait comme maman, moi, les gens qui ont de l’argent, je m’en moque (même si c’est autour de leur exclusive vie que semble tourner l’univers, leur existence m’est indifférente, ils pourraient disparaître, tous, et d’un coup, cela ne me ferait rien, ils ne me manqueraient pas le moins du monde), et à la vérité, même, je les plains : être laid et vulgaire, ce ne doit pas être facile facile tous les jours.
C’est beau, l’amour (ce n’est pas le jour de la saint Valentin que je dirai le contraire). Et c’est beau, Marseille. Elle a la photogénie docile, en effet, Marseille : un plan sur les fesses d’Ariane Ascaride, un autre sur la Bonne Mère ; — c’est si facile d’être amoureux. Pourtant, quelque chose ne va pas. Au début du film, incrusté à l’écran, il y a une traduction en prose des premiers vers de la Divine comédie de Dante, qui font à peu près : « Au milieu de la course de la vie, bla bla bla », étrange, cette « course », là où Dante dit « cammin », qui laisse peu de place au doute (mais, on a l’impression qu’il faut toujours faire preuve d’une extravagante originalité quand on traduit Dante, comme si le traducteur — professionnel ou amateur — refusait de s’effacer, mais voulait grimper tout en haut du monument, drôle d’idée, alors qu’il suffit de suivre le rythme et la rime terzine, mais passons), et plus le film avance, et plus l’on se demande ce que cela veut dire : est-ce un épais vernis intellectuel passé sur un fond d’incompréhension ? une vaste fumisterie ? une bouillabaisse infâme qui veut se faire chef-d’œuvre ? on ne sait pas, mais l’on sait que l’histoire qui nous est racontée — une femme aime deux hommes — n’a pas grand-chose à voir avec l’itinéraire spirituel de l’âme, le voyage initiatique, la perspective d’une transfiguration dans les retrouvailles supraterrestres avec la bien-aimée, une sainte quasi devenue. Faire de l’eschatologie dantesque une vulgaire crise de la quarantaine, il fallait oser, quand même. Je ne sais pas si j’avais déjà vu un film de Robert Guédiguian. Avec maman, probablement, mais sans doute pas en entier. Marie Jo et ses deux amours n’est pas un mauvais film, non, — c’est pire. Il y a quelque chose de profondément révoltant dans ce film, dont on cherche longtemps la clef avant de la trouver, un peu comme la lettre volée, au beau milieu de la figure d’Ariane aux belles fesses : tout est prétexte à filmer la femme. La femme qui rit, la femme qui pleure, la femme qui jouit, la femme qui meurt. Les plans où se superposent à l’écran les vues de Marseille (la Bonne Mère vue depuis l’autoroute qui vient d’Aubagne) et le visage de Marie Jo sont les plus regrettables, comme si le cinéma se tournait toujours vers le dedans, comme s’il était incapable de s’ouvrir au monde, pourtant sublime (des calanques à l’Estaque, du Panier au Frioul), qui s’ouvre tout autour de nous. En regardant la photogénie facile (mais réelle, c’est beau, il n’y a pas de doute à ce sujet) de Marie Jo et ses deux amours, j’ai eu envie d’un film sans paroles sur Marseille, fait de longs plans fixes, qui capteraient la lumière sans commenter, sans ornementer, qui montreraient la pureté, la simplicité, qui sont encore possibles, malgré tout, et les couleurs qui irisent sous le soleil. Dans de rares scènes, la caméra arrête de juger (car, oui, dire à tout bout de champ : « Regardez comme elle est belle, ma femme » c’est juger, et c’est insupportable), comme dans ce plan où Daniel (Jean-Pierre Darroussin) et Marie Jo sont nus dans la salle de bain. Daniel, qui sait qu’elle le trompe, essaie de la forcer pour lui prouver qu’il est encore un homme, et qu’elle est encore à lui, mais elle ne se laisse pas faire, c’est une vraie fille du Sud, Marie Jo, alors Daniel renonce, ce n’était pas ce qu’il voulait, de toute façon, il n’avait pas envie de lui faire du mal, il est faible, battu, perdu, il s’assoit sur le bidet, accablé, elle vient vers lui, et ils s’enlacent tendrement. Le film aurait dû s’arrêter là. Ou quelque part par là. Tout le reste est superfétatoire, pour ne pas dire, tout simplement, vain. Mais le cinéaste veut aller au bout de sa démonstration (c’est son obsession, prouver qu’il a raison) : le désir de la femme est pur, les hommes sont des lâches, les enfants, des fascistes (le personnage de la fille est exécrable, pour ne rien dire de son petit-ami, un raté de première, on dirait un personnage écrit par un beau-père terrifié à l’idée qu’un homme lui vole sa fille), et la société tue les femmes libres. Ou quelque chose comme ça. À un moment, Daniel dit (c’est moi qui traduis) : « Zut, quand même, ça suffit, je n’aime pas ça, moi, être cocu », et c’est alors que le drame arrive. Quand l’homme refuse le désir innocent, absolu, pur, de la femme, la mort s’ensuit. Ce désir, l’homme le refuse parce que l’homme est un lâche, parce que l’homme est un cloporte, il n’a pas de belles fesses comme Ariane, qui incarne la liberté face au fascisme de la société. Pourtant, c’est lui que j’ai eu envie d’aimer : ce personnage faible, dépassé, et dont la vérité est d’autant plus flagrante, d’autant plus émouvante, qu’elle est vaincue. Il y a une scène très juste (inconsciemment juste) dans le film : quand elle est dans l’appartement de Marco, son amant, donc, Marie Jo porte les mêmes escarpins transparents qu’elle portait quand elle dansait avec son mari le jour de son anniversaire. Marco lui offre une robe grotesque en cadeau, et c’est dommage : cela éclipse ce qui est vraiment beau dans le film, ce qui aurait pu l’être en tout cas. Dans l’amour perdu, se révèle l’illusion dont nous étions la victime : tout ce que nous croyions être pour nous, nous nous rendons compte que ce peut être pour n’importe qui, pour tout le monde. L’amour rendait le monde particulier. La mort de l’amour montre le monde dans sa généralité abstraite, désincarnée (il n’y a plus pour nous nulle chair à toucher, caresser, étreindre, sentir, aimer) : plus rien n’est pour nous, tout est pour l’autre, qui n’est pas nous, c’est-à-dire qu’il n’est personne. Ces escarpins transparents que nous croyions que l’être aimé portait pour nous plaire, et seulement à nous, elle les porte en réalité pour plaire à tout le monde, à n’importe qui, à qui elle veut, à l’autre. Et ainsi, nous prenons conscience que nous ne sommes pas seuls au monde, l’être aimé et moi, il y a tous les autres, tout autour de moi, qu’elle aime, qu’elle aimera, et qui ne sont pas moi, et pour lesquels elle me quittera, m’abandonnera. Ces escarpins transparents, qui, en eux-mêmes, ne sont pas très beaux, ces escarpins sont sublimes, toutefois, parce qu’ils montrent tout cela — l’angoisse, la perte, la solitude, le désenchantement, la grande misère —, mais tout se passe comme si Guédiguian ne les voyait pas, ne le voyait pas, tout cela, que les escarpins montrent, comme s’il ne voyait que les jambes, les belles jambes d’Ariane, sans doute parce qu’il est encore victime de l’illusion, qu’il ne voit pas ce qu’il filme, qu’il ne voit pas ce qu’il regarde, ne voit pas ce qu’il voit, ne voit même pas ce qui crève les yeux de ses personnages, qui en souffrent, et qui vont en mourir, mais croit en son système de valeurs à lui : il ne voit pas le monde, il voit sa conscience. La fin arrive, pas la fin du film, qui arrive bien trop tard pour le spectateur, qui peut-être dort déjà ou rêve à autre chose, un autre film, par exemple, mais la fin en soi, la fin arrive pour que nous perdions nos illusions. Dante a perdu Béatrice, et c’est pour cette raison qu’il part à sa recherche. La crise de la quarantaine n’est pas la perte, n’est pas la fin, ce n’est rien. Pour parler une langue qui n’est pas la nôtre, c’est une idée si petite-bourgeoise qu’on se demande bien comment Guédiguian ne l’a pas vue. Mais je vais me répéter : il ne voit rien, il est aveuglé par ses illusions, il ne voit que sa propre conscience qui fait écran entre lui et le monde. Guédiguian est aveuglé par son amour pour sa femme — ce qui est sublime, soit dit en passant, aimer sa femme, mais n’est pas de l’art — et sa haine de la bourgeoisie (qu’incarne Julie, la fille de Marie Jo et Daniel). Et nous, nous qui voyons tout à travers ses yeux à lui, nous, nous ne voyons rien du tout.
Il y a de quoi devenir fou, non ? (Oui.) Tout à l’heure, quand l’obèse cortège du vice-roi des Amériques a passé sous mes fenêtres, je n’ai pu m’empêcher d’éclater de rire. C’était si grotesque, si bêtement démesuré, cette débauche de moyens, et pour quoi ? pour rien, que c’en était comique. Pourtant, la réalité ne prête pas à rire, tant s’en faut, ou c’est ce que l’on dit, du moins, mais moi, je ne le crois pas. Qui peut désirer cette sorte de vie ? La vie des riches, la vie des puissants, non-vie, plutôt, faudrait-il dire, pour être exact, qui ? Tout le monde ? Pauvres de nous. Pour se prouver à soi-même que l’existence a un sens en soi (elle n’en a pas), c’est comme si l’être humain avait pris le parti de faire le plus de bruit possible quand l’autre choix, se taire, eût été préférable. Et peut-être est-ce à cela que se résumera l’histoire humaine, à la fin : le fruit qui alla pourrissant d’innombrables mauvaises décisions. La moitié du boulevard (dans le sens Duroc-Vavin, c’est ainsi que je le dirai) avait été bouclée pour l’occasion. Mais pourquoi pas l’autre ? Je ne le sais ; peut-être pour préserver l’illusion de la normalité. Et quand j’ai vu ces véhicules (dix, vingt, trente, je ne sais combien, je n’ai pas eu le temps de compter, j’étais occupé à m’esclaffer) avec des petits fanions bleu et rouge et blanc qui flottaient au vent pollué à l’avant des véhicules, l’un de l’hôte pays, l’autre du pays hôte, j’ai été pris de la franche hilarité dont je viens de parler. J’étais en train de faire des recherches sur le plurilinguisme de Dante, et je venais de lire cet étrange poème de Raimbaut de Vaqueiras, « Eras quan vey verdeyar » (« Maintenant que je vois reverdir »), un descort dont chaque cobla est écrite dans une langue différente (provençal, italien, français, gascon, galicien) et la dernière dans toutes ces cinq langues (deux vers de chaque) et cet autre poème de Dante, non moins déroutant (smarrita ?), écrit en trois langues qui alternent (italien, latin, français), « Aï faus ris, pour quoi traï aves » (« Ah, faux sourire, pourquoi m’avez trahi »), lire ou plutôt tâcher de comprendre quelque chose, ce qui ne va pas de soi, fasciné par cette multiplicité des langues dans un même poème où Dante jongle avec les idiomes et fait rimer entre elles les langues diverses, non comme si c’était une seule et même langue, mais précisément parce que ce sont des langues différentes, et qui lit ce petit poème doit sans cesse faire un effort de reconfiguration de sa pensée, peu habitués que nous sommes à parler plusieurs langues à la fois. N’est-ce pas merveilleux, étais-je en train de me dire, que la poésie ne se compose pas en une seule langue, mais en plusieurs ? N’était-elle pas plus ouverte, cette époque, avant l’invention des nations, quand écrire de la poésie, c’était parler plusieurs langues ? Suis-je naïf ? Probablement. Qu’importe ? Dans sa vita de Filippino Lippi, me suis-je empressé de le noter dans le fichier ΛΑΒΥΡΙΝΘΟΣ de mes notes, Giorgio Vasari écrit à propos de la Cappella Brancacci : « Dans la scène suivante, il nous donne les portraits de son maître Sandro [Botticelli] et de nombreux autres amis et hommes connus parmi lesquels le courtier Raggio ; ce personnage plein de talent et d’esprit sculpta sur un coquillage l’Enfer de Dante en entier, avec tous les cercles et divisions des fosses et du puits, respectant dans leur rapport exact toutes les figures et tous les détails conçus et décrits par le génie du grand poète. On considéra à l’époque ce coquillage comme une merveille. » Merveille, en effet, disparue depuis, comment ne pas voir que la spirale descendante qui devient la spirale ascendante épouse le mouvement des langues qui alternent, s’embrassent, non dans la confusion de Babel, ni dans la fusion d’un espéranto chimérique, mais dans la clarté de leurs différences ? Qui voyage, traverse des pays, des pays et des langues.
Décisif dans le labyrinthe comme concept et expérience, outre sa nature (caverne, grotte, bâti, palais, etc.) et sa forme (spirale, à angles droits, etc.), ce qui le caractérise : un lieu compliqué où l’être humain ne vit pas mais où vit un monstre et dans lequel l’être humain doit pénétrer afin de triompher du monstre (l’inhumain non en tant qu’altérité de l’humain, mais négation de l’humain). L’être humain se rend dans le labyrinthe pour triompher du monstre, mais il ne peut pas s’en sortir seul, ni même en sortir ; afin de sortir du labyrinthe, il faut que quelqu’un l’aide (Thésée et Ariane, mais aussi Dante et Virgile). Aussi, ce que le labyrinthe montre in fine, c’est ce qui désigne en propre l’être humain : le monstre est seul, l’être humain toujours au moins deux. L’humanité de l’humanité, c’est la multiplicité, qu’on l’appelle alliance, entraide, solidarité, sexualité, religion, société, etc. Si le labyrinthe est tellement important dans la culture humaine (ou, du moins, plus précisément, plus localement, méditerranéenne), c’est qu’il propose une définition ce que c’est que d’être humain (par opposition au monstre qui ne l’est pas). Définition non formelle, non abstraite, mais donnée par l’expérience même : le monstre en tant que négation de l’humanité, solitude, ne peut être vaincu qu’à plusieurs. Le héros ne triomphe pas seul. Seul, Thésée pourrait sans doute pénétrer jusqu’au centre du labyrinthe et tuer le Minotaure, son non-x, mais il ne pourrait sortir du labyrinthe. Il ne ferait donc que l’expérience de la mort (il tuerait et serait tuer par les dédales de la complication), et non de la vie. La vie humaine est multiplicité. Le désir est probablement la forme primitive de l’association. Dans le mythe, en tout cas, c’est ainsi que cette dernière se manifeste : par le désir qui fait agir ensemble le héros, qui possède la force, et l’héroïne, qui maîtrise la ruse, par l’alliance entre la puissance et l’intelligence. (De même que, sans doute, dans le poème, Dante incarne la force en tant que nouveauté, présent, quête et Virgile, l’intelligence en tant que sagesse, tradition, histoire.) Expérience décisive de l’humanité : ensemble, avec, — pas l’encontre, la rencontre.
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