131024

Angoisse cette nuit. Au moment du coucher et plus tard encore quand il me semble que je m’éveille avec le même sentiment que celui sur lequel je m’étais endormi, puis m’endors de nouveau. Avant, décision et résolution — toujours la même — dont je ne doute pas sur l’instant, mais ensuite, comme en ce moment, cependant que j’écris. Dans la matinée, marché dans Paris avec la même angoisse que durant la nuit, le même sentiment qui ne me quitte pas. Évidemment irrationnelle mais c’est ce qui la rend d’autant plus tenace : aucune raison ne peut la vaincre, la raison n’est rien devant elle. Sens inverse que d’habitude, je descends le boulevard jusqu’aux Invalides. D’abord, assez seul et puis très vite, nuées de touristes américains à vélo. Sentiment d’imbécilité qui me semble presque étranger (l’angoisse avale tout). Sur les quais de scène, un vacarme insensé — batukada hors de rythme et fanfare qui sonne faux — accompagne une course à pied sponsorisée par une marque de pneus de voiture. Rues bouclées, des gens qui paraissent aller dans tous les sens sans aucun ordre ni la moindre logique alors que tout, pourtant, est organisé. Est-ce un sens supérieur ? Ensuite, traverse la Seine par le Pont des Arts, puis marche sur les bords jusqu’à la Gare d’Austerlitz, oublie de quitter les voies sur berges au bon embranchement pour rejoindre la bassin de l’Arsenal. Parfait temps d’automne. Par le Jardin des Plantes jusqu’à la rue de Vaugirard. De retour à la maison, simplement heureux de voir Nelly. Mon angoisse a-t-elle disparu ? Je l’ignore. Essayant de lire, le sentiment de l’insignifiance de toutes choses — je devrais dire plutôt que « sentiment », la certitude, mais je me méfie, doute même du doute — m’empêche de continuer comme si, sur toutes les pages, à la place des mots qui s’y trouvent écrits, je ne pouvais lire que cette question : À quoi bon ? Mais cela — je me le demande, je n’ai pas la réponse —, décision et résolution ne doivent-elles pas y remédier ? Qu’est-ce que j’en sais ? Je suis inapte à la vie sociale. Que vais-je devenir ? Si je sais que j’ai rêvé cette nuit, j’ai oublié exactement quels furent mes rêves, mais je me souviens de m’être couché en pensant que j’avais quarante-sept ans, que c’était trop vieux, que je devrais déjà être mort, et j’ai demandé à Dieu de prendre ma vie, mais même lui, semble-t-il, n’en veut pas. Avant de dormir, regardé Sicario, image d’une société mondiale fascinée par la violence, qui l’obsède et dont elle est malade, les morts violentes se multipliant comme des rapports sexuels à l’écran. En marchant, j’ai pensé : en vérité, c’est le même film qu’Iris et les hommes, malgré des sujets qui paraissent en tout point différents, les films disent exactement la même chose, et toute la culture dans chacune de ses manifestations fait exactement la même chose : renforcer la conformité sociale, inciter à la normalité dont elle vante les mérites. Le meurtre et le coït sont les deux formes de la vie humaine. Hier, Daphné s’est plainte que, durant son séjour en classe de découverte, elle n’avait pas pu penser.

121024

Tarte aux poires. — Ou telle est, du moins, ma réponse à la question : Pourquoi faut-il que la vie sociale soit indécrottablement bête ? Et pourquoi sommes-nous encore contraint de la vivre, comme elle est, cette vie, sans espoir de n’y jamais pouvoir rien changer ? Cependant que je cuisine, je ne parviens pas à me dispenser de faire des phrases, — cruelle punition que m’inflige mon esprit pour châtier mon péché de penser. Ainsi, je ressasse sans possibilité de rédemption les idées noires que m’inspirent les relations imbéciles qu’il nous faut entretenir avec les autres, bien que nous n’en ayons pas le désir, simplement parce qu’ils existent, et semblent avoir quelque prétention à cette existence (souviens-toi de la chose qui persévère dans l’être de Spinoza : comme elle, ils ne voient rien, ils ne voient pas le rien) et, afin d’éviter que la tarte ne tienne de mon amertume, j’ajoute une deuxième dose de sucre vanillé. À un moment de ma rumination, toujours épluchant mes jaunes poires Guyot, j’envisageai l’éventualité que ce soit à moi de faire un effort, mais sur l’instant m’objectai : Pourquoi n’est-ce pas aux autres de faire plus ? Moi, après tout, c’est vrai, je ne leur demande rien. Et, songeant à la prétendue figure d’autorité qui, après m’avoir banni naguère, feignit d’ouvrir les bras en signe de volonté d’apaisement, je veux déclarer : Regarde-moi, je n’ai que faire de ta clémence, mes mains sont vides, je n’ai rien pour toi, je n’ai pas besoin de toi, je ne veux rien de toi, n’attends rien que la disparition et, enfin, la fin. Est-ce que Daphné tient de moi ? Sans doute, oui, autant qu’une fille tienne de son père, en tout cas, mais elle a compris bien plus jeune que moi, qui n’ai jamais été particulièrement précoce — je m’en rends compte, aujourd’hui encore, quand il me semble que je n’avance pas, mais m’encroûte —, que la bêtise est une singulière humiliation dont les autres s’accommodent trop facilement. C’est vrai que je n’ai pas d’espoir public, mais ce n’est pas l’effet de je ne sais quelle misanthropie, mais le son que rendent mes lamentations : au lieu de démocratiser la culture, d’humilier la grandeur, d’abaisser le chef-d’œuvre pour le mettre à la portée de tout le monde, qui dès lors ne saurait plus qu’en faire, il fallait le donner à tout le monde comme une chance offerte d’une vie meilleure, et dire : Vois comme c’est immense, n’est-ce pas la preuve ultime que la vie vaut la peine d’être vécue ? Car, qui peut bien vouloir aimer la vie quand vivre, c’est patauger dans la plus basse et commune fange ? En classe de découverte, triomphe de la démocratie et apothéose de l’enseignement public, l’enfant aura découvert ce que c’est que twerker. Qui pourra retenir ses larmes ne rira plus jamais.

111024

Parce qu’elle n’a pas de télévision à la maison, ses camarades de classe trouvent Daphné bizarre. Pourtant, Daphné n’est pas privée d’écran, tant s’en faut, mais il faut croire que dans l’univers mental des gens, puisque ne pas en avoir est signe de bizarrerie, avoir une télévision est signe de normalité. N’est-ce pas une raison suffisante de détester la normalité ? Attention, je ne dis pas la norme, je dis « la normalité », c’est-à-dire : la conformation spontanée et excessive à la norme et l’absence totale d’interrogation d’icelle. Toutefois, il m’arrive de m’en vouloir, de me dire que j’ai eu tort de ne pas avoir fait le choix d’offrir une vie normale à Daphné, qui l’eût peut-être préférée, qui sait ? Mais pas aujourd’hui, non, je crois que la vie normale — j’entends : la normalité assumée, qui ne se cache pas, « décomplexée », comme on dit, prouve que non seulement la culture, mais bien plus encore la vie même est devenue “de droite”, les gens n’ayant plus aucune honte d’afficher la nullité de leurs goûts, l’absence béante du moindre raffinement, la perte de tout sens esthétique, l’humiliation dont ce dernier est continuellement l’objet tombé en disgrâce —, Daphné ne la mérite pas. Tu me rétorqueras que la vie normale, personne ne la mérite, et je te répondrai que oui, c’est vrai, comme il est tout aussi vrai que tout le monde n’est pas ma fille. Et j’ai beau écrire, chaque jour — chaque jour et plus encore — contre la vie humiliée, je vois bien que cela est sans effet. Pourquoi ? Peut-être que j’écris mal, peut-être que la vie est devenue tellement “de droite” qu’elle évolue désormais dans un univers absolument étranger au mien, absolument imperméable aux efforts de la langue, la langue n’étant plus désormais qu’un vulgaire pidgin universel, bonne pour les échanges, et puis c’est tout (raison pour laquelle, soit dit en passant, les activistes progressistes qui entendent réformer la langue française pour la rationaliser, la simplifier, la rendre plus accessible, sont objectivement “de droite”). Comme je l’ai dit à P. ce matin, qui a eu la gentillesse de me téléphoner, si je devais être partisan de quelque chose, ce serait d’une sorte de « communisme élitaire », d’un perfectionnisme pour tout le monde, fondé sur la mise en commun des ressources et leur subordination à la poursuite de l’excellence absolue. Mais je comprends aussi que, dans cette époque à laquelle il m’a été donné de naître, cela ne veuille rien dire du tout, cela soit incompréhensible, comme je comprends les doutes que peut soulever l’idée d’une grâce universelle, offerte à tout le monde sans condition. Peut-être la vérité se trouve-t-elle à mi-chemin entre le communisme et la prédestination. Peut-être, oui, mais où ? Et qui trouvera le chemin qui mène de l’un à l’autre et retour ? Y a-t-il seulement un tel chemin ? Est-ce que je donne l’impression de raconter n’importe quoi ? Si tel était le cas, quelle importance cela aurait-il ? J’arpente les chemins qui parcourent l’esprit. Cette phrase dans les Pensées (L. 268) : « Je suis le vrai pain du ciel. »

101024

N’est-ce pas sublime quand, soudain, la pluie se déchaîne qui fait tourner la tête dans un point d’interrogation : « Qu’est-ce que ce bruit blanc ? — Mais c’est la pluie qui se déchaîne, évidemment » ? Pays strié alors, les travailleurs en attente de la sempiternelle demande vont trouver refuge au pas d’une porte, et la musique du monde s’harmonise avec le disque qui passe dans une sorte d’élan commun, contingence de toutes les choses, certes, mais sont-elles étrangères les unes aux autres, les choses ? Il n’y a pas de vérités premières, pas de vérité dernière, pas de premiers principes ni de fin ultime, pas de sens à l’existence, à la vie, à l’histoire, pas plus qu’à n’importe quoi. On pourrait trouver que c’est une raison de se désoler, sombrer à la faveur d’une définitive chute dans l’humeur la plus noire qui soit, éternelle mélancolie, mais pas moi, le désespoir — non comme absence d’espoir, au sens d’un manque, d’une lacune, comme si j’étais incapable d’espérer, de croire, d’accorder foi à je ne sais quoi, mais comme impossibilité de l’espoir, tout étant vouant à la destruction — n’interdit pas la joie, la légèreté, le plaisir, l’amour. Que rien ne subsistera de soi, est-ce si grave au fond ? Hier, j’ai revu Vanya on 42nd Street, le dernier film de Louis Malle, que j’avais regardé avec maman, je crois, il y a longtemps. À l’acte II, après une scène avec Astrov qu’elle aime et qui ne l’aime pas, Sonia se lamente parce qu’elle se sait « plain », c’est la traduction du film, dans une traduction française on peut lire « pas jolie », mais je trouve « plain », qu’on peut traduire par « quelconque », « banale », plus juste, elle dit qu’elle a entendu les femmes à l’église vanter ses qualités morales, mais regretter qu’elle soit plain, et par cette conscience de sa plainité, on pourrait dire : sa conscience intérieure et extérieure (elle se sait « plain » et elle entend les autres le dire à son propos), elle cesse de l’être, elle devient tragique, sublime, abandon au destin, sans espoir, sans attente de rien sinon un repos qui ne viendra pas. Tous ces personnages qui s’effondrent sous nos yeux sont d’une beauté hors du commun, et le film la rend d’autant plus captivante, cette beauté, qu’on entre dans la pièce sans s’en rendre compte : on voit des gens marcher dans les rues de New York, puis des gens se rencontrent, on comprend que ce sont des comédiens qui se réunissent dans un théâtre délabré pour jouer une pièce, ils parlent de tout et de rien et, tout à coup, sans que l’on s’en aperçoive, la pièce a commencé, ce n’est pas du théâtre filmé, ce n’est pas un film sur le théâtre, c’est comme un événement qui a lieu, là, où dans un délabrement total (métaphorique et littéral), tout trouve sa place, et la vie, et le cinéma, et le théâtre ne font plus qu’un. On peut ne croire en rien et pourtant quelque chose se passe. N’est-ce pas merveilleux ?

91024

Pénitencier nomade. Ce matin, alors qu’il pleuvait à verse, je suis sorti marcher dans les rues de Paris. C’était, je crois, ma façon à moi d’expier mes péchés. Quels péchés ? Mais tous les péchés du monde, la vie même étant péché, faute, n’ai-je pas tout raté de ce que, dans mon existence, j’ai entrepris ? Ou peut-être, plus prosaïquement, les sentiments odieux que m’avait inspirés, hier, ce film que j’ai regardé, et qui s’intitule Iris et les hommes. Dans Iris et les hommes, Laure Calamy interprète une dentiste qui a envie de se faire lécher la chatte. Mais son mari, que campe Vincent Elbaz, ne lui lèche pas la chatte. C’est un peu de sa faute à Laure si Vincent ne lui lèche pas la chatte parce qu’après tant d’années de mariage, Laure n’a plus trop eu de désir pour lui et, quand commence le film, ça fait quand même quatre ans qu’ils n’ont plus couché ensemble, — c’est long quatre ans. Alors, comme toutes les femmes modernes occidentales, Laure s’inscrit sur une application de rencontres où, comme toutes les femmes modernes occidentales, elle rencontre des hommes qui sont on ne peut plus heureux de coucher avec elle. Au bout d’un moment, il y en a même un qui lui lèche la chatte. On le voit, qui s’agenouille devant Laure assise sur un lit (position dans laquelle il doit être parfaitement impossible de pratiquer un cunnilinctus, mais malgré les apparences le propos de la scène n’est pas réaliste, il est d’inverser le rapport de domination à l’œuvre dans les relations sexuelles entre hommes et femmes ; désormais, en Occident, les femmes ont le pouvoir, point d’exclamation). Alors, Laure est épanouie. Mais quand même, son mari, c’est son mari. Laure jouit, c’est vrai, son visage que ne quitte jamais un sourire benêt en est la preuve irréfutable, mais il lui manque quelque chose : elle aimerait bien que ce soit son mari qui lui lèche la chatte. À la fin, comme tout est bien qui finit bien, même si Laure a passé tout le film à mentir à Vincent, elle reçoit un sms de ce dernier qui lui écrit cette phrase digne d’être l’épitaphe de notre temps (on voit les mots apparaître à l’écran, effet spécial d’un génie radical que donc Jim Jarmusch n’est pas le seul à employer dans ses films) : « J’ai envie de te lécher ». Et le visage niais de Laure Calamy de s’illuminer d’un sourire radieux, avec une diérèse. Le plus étrange, c’est que j’ai entrecoupé mon visionnage du film de séquences d’un concert de Matthieu Chedid, qui passait au même moment à la télé, enregistré je ne sais plus où, et qui était le contrepoint parfait du film. Sur cette scène, affublée de son bonnet à cornes de diablotin, M enchaînait des chansons qui furent des tubes il y a un peu plus de vingt ans pour un public conquis qui devait avoir l’âge de Laure Calamy. Et d’ailleurs, sur scène comme dans la salle, tout le monde se trémoussait avec une expression ravie en tout point identique à la sienne. C’était le portrait fidèle d’une France vieillissante, laquelle ne sait pas si elle est pour l’immigration parce que l’Autre est une richesse ou parce que les richesses, il faut bien que des pauvres travaillent pour les produire ; si on ne peut plus les exploiter à l’extérieur (la colonisation, c’est mal), les pauvres, on peut tout de même les exploiter à domicile, s’il faut pour cela sacrifier quelques règles de français (comme l’accord du participe passé avec le COD lorsque ce dernier est antéposé), on ne va tout de même pas en faire une maladie, les pauvres venus d’ailleurs pour œuvrer à la prospérité des Français, ils n’ont pas besoin de savoir lire Proust, ce n’est pas ce qu’on leur demande. Et puis, tant que la femme moderne occidentale se fait lécher la chatte, tout va bien, pas vrai ? Ce matin, en chemin, ainsi que j’avais prévu de le faire, je me suis arrêté dans deux églises : Saint-Médard et Saint-Étienne-du-Mont, et dans chacune de ces deux églises où je me suis arrêté, il y avait une missa pro defunctis. Écoutant d’une oreille peu intéressée la cérémonie, je n’ai pu m’empêcher d’en déplorer la médiocrité : faiblesse du propos et de la voix du prêtre, absence de ferveur de l’assistance clairsemée, nullité de la musique. Déjà, hier, après m’être infligé la double séance de culture populaire dont je viens de parler, j’avais écouté la Missa pro defunctis d’Orazio Vecchi (œuvre qui fut probablement donnée pour les funérailles de Pierre Paul Rubens à Anvers en 1640) et le disque qu’en a tiré Björn Schmelzer avec son ensemble Graindelavoix, musique qui résonnait à la perfection avec mon humeur grave, plus maussade encore que le temps, noire vraiment. N’était-ce pas aussi la musique d’une époque qui croyait en ses propres rites ? Qui s’imaginait que le passage de la vie à la mort n’était pas une affaire à prendre à la légère, et que la musique devait prendre la mesure de cette gravité ? De quelle gravité notre musique — et j’entends par là : la musique que les gens écoutent effectivement, pas une musique que quelque groupuscule se réserve —, de quelle gravité notre musique prend-elle la mesure ? Et, plus généralement, de quelle gravité notre culture prend-elle la mesure ? Hier, un footballeur français, interrogé — sans doute parce qu’il est musulman — sur le match qu’il doit disputer aujourd’hui contre l’équipe nationale d’Israël, a conclu son prêche rémunéré sur ces propos lumineux : « La vie est courte, il faut être heureux. » Acmé de la civilisation.

81024

Il ne faut pas s’arrêter, jamais, c’est le principe même de l’existence ; — dès que je m’arrête, tout me paraît imbécile. Spinoza avait un mot pour désigner cet impossible arrêt de l’existence, il disait : C’est le conatus. Il écrivait : Toute chose s’efforce (conatur) de persévérer dans son être (Éthique, III, 6). Pour lui, l’arrêt était inconcevable en tant qu’il était interdit. L’arrêt était une anomalie dans le système. Pourtant, tout ce qui s’arrête ne meurt pas, mais voit au cœur même de la chose, qu’elle n’est qu’un vide dépourvu de toute signification. N’est-ce pas toutefois la même chose que la mort ? Il ne faut pas que nous nous arrêtions, aurait dû avouer Spinoza, parce que, si nous nous arrêtions, nous verrions qu’au cœur de chaque chose il n’y a rien, qu’un vide dépourvu de toute signification. Il ne faut pas que nous voyions ce vide parce que nous risquerions alors de ne plus avoir envie de rien faire. Qui, en effet, après avoir vu le vide dépourvu de toute signification au cœur de chaque chose, qui pourrait encore croire qu’il faut continuer, qu’il n’est pas indifférent de s’arrêter, que le moteur qui nous pousse à agir n’est que l’effet de l’angoisse effrayée qui s’empare de nous après que nous avons vu le vide au cœur de chaque chose ? Il ne faut pas continuer, ce n’est pas vrai. Il ne faut pas s’arrêter, non plus, ce n’est pas vrai. Mais alors quoi ? Alors, rien : tout est d’une indifférence parfaite, le quelque chose et le rien, l’être et le non-être, le vrai et le faux, le sens et le non-sens, la vie et la mort, tout n’est pas équivalent, tout ne revient pas au même, non, tout est indifférent, tout est aussi vain que n’importe quoi. Continuer, ne pas continuer, cela ne fait aucune différence. Des milliards d’années nous précèdent, des milliards d’années nous suivront et rien de tout ce dont nous aurons fait l’expérience ne nous survivra. Il y a une pensée de l’immensité de l’espace chez Pascal, mais je crois (c’est peut-être une erreur de ma part) pas de pensée de l’immensité du temps, de son étendue terrifiante où nous ne sommes rien, n’existons qu’à peine, pas même un instant, pas même le fragment de cet instant. Pourquoi ? L’histoire que lui fournit le livre auquel il croyait et auquel nous ne croyons plus : nous avons cessé d’y croire dès lors que nous avons cessé d’accorder foi littérale à son récit. Or, pour Pascal, les miracles, les prophéties sont fondamentales : leur vérité prouve la vérité de toute la religion. Privée de cette vérité, pour Pascal, la religion aurait été condamnée. Dans l’immensité du temps, mon action et mon inaction, ma vie ou ma mort, tous ces apparents contraires sont indifférents. La différence même entre l’apparence et la réalité perd son intérêt. Si je me laissais mourir à petit feu ou si je partais à la conquête du monde, cela ne ferait absolument aucune différence. Et, peut-être, persévère uniquement dans son être qui n’a pas vu le vide dépourvu de toute signification au cœur de toute chose. Mais nous n’en saurons jamais rien. Je pourrais continuer d’écrire sans m’arrêter pendant des siècles et des siècles, je n’en saurais strictement rien. Je vais mourir demain, dans une seconde ou dans dix ans, cela est insignifiant. Je suis insignifiant. Je suis un imbécile. Je suis la découverte de l’imbécile au coeur même de toute vie, au cœur même de la chose, au cœur même de la vie. Tout peut être détruit, cela ne fera aucune différence, parce que tout sera détruit. À quoi bon continuer ? Il n’y a pas de raison de continuer. Il n’y a pas de raison de s’arrêter. Pas de raison de quelque chose ni de rien. Pas de raison du tout. Un signe vaut tout autant qu’un autre parce qu’un signe vaut aussi peu qu’un autre. —

71024

Vers la fin de son film, Fragments sur la grâce, il y a une scène où l’on voit Vincent Dieutre remonter une rue en suivant le marquage au sol central qui délimite les deux voies de circulation, s’agenouiller et puis s’allonger la face contre terre et les bras en croix. C’est un peu démonstratif, a-t-on envie de dire tout d’abord, avant de s’apercevoir que, de tous les nombreux automobilistes qui passent par là à ce moment-là, aucun ne s’arrête : on les voit qui font un léger détour pour l’éviter, on voit même un homme sur son scooter hocher la tête en signe de réprobation, comme s’il disait en bon Parisien qu’il est : « Ah bah voilà, encore un cinglé ! », mais il ne semble venir à l’idée de personne que cet homme allongé là, au beau milieu de la rue, la face contre terre et les bras en croix, risque sa vie, a peut-être un problème et qu’il faut lui venir en aide. Cette scène, qui tient peut-être plus de la performance artistique que du cinéma, a quelque chose qui m’a semblé très inquiétant : en la regardant, tout en sachant parfaitement qu’il s’agissait d’un film tourné il y a plus de dix-huit ans, je ne pus m’empêcher de trembler pour cet homme allongé là, face contre terre et bras entre croix, d’avoir peur pour lui, peur qu’il se fasse écraser par une voiture, comme cela eut tout à fait pu se produire. Malgré ce que l’on sait de la mise en scène et des artifices du cinéma, bien que cette scène ne me semblât pas jouée, il émanait d’elle un sentiment de danger réel, comme si le cinéaste, investi dans son film comme dans la vie, mettait réellement sa vie en jeu. À l’impression d’un effet un peu surfait succédait ainsi un sentiment de réelle beauté, l’image ne mettant pas en scène le jansénisme, ne la singeant ni l’expliquant pas non plus, mais en montrant sa radicalité même à l’œuvre. Dans l’article qu’il lui a consacré, et que j’ai consulté après avoir vu le film, Jacques Mandelbaum conclut sur une réserve sa lecture fatiguée du film, où il confond notamment Louis XIV avec Louis XIII : « Ce beau film satisfera donc l’honnête homme, écrit-il tout, en laissant les cinéphiles — du moins ceux qui connaissent l’oeuvre précieuse et impie de Vincent Dieutre (Rome désoléeVoyage d’hiver…) sur une question malgré tout non résolue : celle de sa fascination pour une pensée qui ne lui reconnaîtrait sans doute pas le droit d’exister. » Par quoi le critique désigne la condamnation de l’homosexualité. Et où donc, contrairement au cinéaste, le critique s’avère incapable de sortir de son propre point de vue, incapable de dépasser son époque pour considérer un autre horizon. Le monde de Port-Royal est un monde absolument étranger au nôtre. Le choix fait par Vincent Dieutre de donner lecture des textes qui forment la constellation littéraire de Port-Royal et du jansénisme dans un parlé reconstitué de l’époque (c’est Eugene Green qui prend la parole en dernier) fait entendre cette étrangeté avec une grande clarté, et c’est de cette étrangeté qu’il faut partir, à supposer, du moins, que l’on veuille comprendre, pour comprendre quelque chose à ce monde. Sinon, l’on ne comprend rien, l’on n’entend rien, on reste enfermé dans ses certitudes, le monde clos de son temps. Ainsi que le veut, c’est probable, notre époque. Et c’est certain qu’il est difficile d’en sortir (de l’époque, de son propre point de vue, de sa tête, de soi). Mais à quoi bon l’art, sinon ? Je ne sais ce qui me fascine tant dans Port-Royal (plus dans Port-Royal que dans le jansénisme, d’ailleurs). Peut-être l’étrangeté radicale, mais n’est-ce pas là une réponse quelque peu facile ? Si elle l’est, quoi d’autre alors ? Je l’ignore ; je pourrais aligner des mots les uns à la suite des autres sans chercher à établir le moindre lien entre eux — ruines pensées austérité grâce désert —, simplement des mots, mais je ne suis pas plus avancé, je crois. Faut-il que j’avance alors dans ce sentiment de ne pas avancer ? Où, sinon ?

61024

Comme souvent, j’ai une claire conscience que, dans le monde, des événements ont lieu qui engagent l’avenir de l’humanité et que je devrais prendre position au sujet de ces événements, au moins parce que c’est ce que les gens sérieux, les gens engagés, les gens importants font, mais je n’y parviens pas. Sans doute pour cette raison que, en soi, l’avenir de l’humanité ne me concerne pas : je peux me soucier de l’avenir de telle ou telle personne — de Daphné, de Nelly, de moi —, mais de l’humanité en tant que telle, cela, je ne le puis pas, il me semble que ce serait dépourvu de ce sens, car, à supposer qu’il se décide, comment l’avenir de l’humanité se décide-t-il, de cela, nous n’avons pas la moindre idée. Les gens, plus ou moins importants, des simples citoyens, des figures charismatiques, des liders politiques, voire des présidents de républiques plus ou moins bananières, comme la France en est une, prennent la parole pour exprimer un certain nombre d’opinions mais, on le voit bien, cela n’a aucune espèce d’influence sur l’avenir de l’humanité, ce ne sont même pas des paroles en l’air, ce ne sont que des pantalonnades qui, au mieux, ne servent que les intérêts de qui s’en rend coupable. Et, ne serait-ce qu’en disant cela, je me sens tout à fait ridicule : est-ce que je n’exprime pas, moi aussi, une opinion sans aucun effet ? C’est vrai, et le fait que je ne cherche pas à avoir une influence sur l’avenir de l’humanité ne rachète pas que je tienne de tels propos, parfaitement ineptes, d’autant que ce n’est pas que je n’aie rien à dire de rien, c’est même très différent de cela, mais je sais bien que mes phrases n’ont que peu d’importance : elles ne pèsent rien, ne rapportent rien, sont sans valeur. Ma position n’est même pas une méta-position, un commentaire sur les positions des preneurs de position, ce n’est même pas une position, en vérité, ce n’est rien du tout, tout juste une tentative qui se sait peine perdue de tirer de la pénombre où elles moisissent deux ou trois perspectives sur la réalité. Que tout le monde parle, au fond, cela n’est pas très grave, tout se perd dans un brouhaha inaudible où rien ne peut être distingué, c’est donc sans effet, sans fin, sans intérêt, sans consistance. Que chacune accorde de l’importance à ce qu’elle dit, c’est peut-être plus inquiétant, mais n’est-ce pas le propre de la nature humaine, au-delà de toutes les différences d’apparence sur lesquelles notre époque se déchire dans une frénésie de distinction post-sociologique — comme si tout le monde n’aspirait plus qu’à être la petit-bourgeoise d’elle-même — que de s’accorder une importance démesurée ? Peut-être est-ce même une ruse de l’évolution pour assurer la perpétuation de l’espèce, qui sait ? Mais moi, je le dis sans cynisme ni volonté de choquer, la perpétuation de l’espèce m’est bien égale, d’autant plus égale que je ne souhaite pas, comme certaines radicalités radicales l’appellent de leurs vœux, la disparition de l’espèce, mais alors qu’est-ce que je veux ? Mais je ne veux rien. J’étais si heureux, hier, dans la vallée de Chevreuse, quand j’arpentais le chemin Jean Racine, si heureux sous le ciel bleu parsemé de blanc de Port-Royal des Champs, oh, et je sais bien que ce n’est pas la vie, qu’on ne peut pas vivre ici — là où je me trouvais hier —, je sais bien qu’on ne peut pas vivre ainsi parce qu’on ne peut plus vivre ici, parce qu’on a interdit, il y a un peu plus de trois cents ans, toute vie ici, mais cela ne fait rien, vraiment, cela ne fait rien, non. Simplement, au sens précis de cette vie ainsi interdite par décret, la fin du monde a déjà eu lieu. Peut-être est-ce pour cela que, au sujet de tout ce qui excite mes contemporains, quand même je ne parviendrais pas toujours à m’en tenir à cette règle stricte, que des mots m’échappent parfois, que je regrette tout le temps après que je les ai prononcés, je veux garder un silence absolu : si souvent, la fin du monde a eu lieu. Et cette multiplicité des fins du monde ne relativise pas, comme on dit bêtement, la fin du monde en tant que fin du monde, le concept de fin du monde, pas plus qu’elle n’est de nature à nous rassurer quant à la réalité de la fin du monde — « Gardez votre calme, la fin du monde n’aura pas lieu » ou, pour reprendre le titre des œuvres de Virilio, « Dormez tranquilles, la fin du monde est un concept sans avenir » —, elle nous rappelle simplement que ce sont des choses qui arrivent, qu’on les veuille ou non, les choses arrivent. « Les choses arrivent », n’est-elle pas terrifiante, sous ses apparences anodines, cette simple phrase ? « Les choses arrivent » : un matin, on se lève, et littéralement, il n’y a plus rien. J’ai pensé à ce rien, hier, à Port-Royal, en regardant le vide où se tenait jadis l’Abbaye. Et, en souriant de malaise, j’ai dit à Nelly : « Il faisait bien les choses, Louis XIV, n’est-ce pas ? » Les choses arrivent, en effet, et après, il n’y a plus rien. J’ai pensé à ce rien : quand on parle des « ruines de Port-Royal des Champs », on s’imagine quelque chose, et il n’y a rien. Et même les ruines sont négatives. « Des ruines négatives », pourquoi est-ce qu’y pensant, j’ai le sentiment que cette expression est un synonyme de celle que j’ai employée à l’instant : « les choses arrivent ». Ou est-ce plutôt à dire que les choses qui arrivent sont des ruines négatives ? J’ai pensé à cela qui n’est pas, qui n’est plus : est-ce que le silence est la meilleure des manières de rendre justice à ce qui n’est plus ? Mais alors pourquoi est-ce que je parle, c’est-à-dire : pourquoi est-ce que j’écris ? Comme s’il y avait quelque chose d’autre à faire. Je ne sais pas. J’ai pensé à ce rien-là, au milieu duquel je me trouvais, hier, et je me suis dit : la destruction est la profondeur du temps. Un peu plus tard, j’ai placé des points sur une carte de l’Europe. Et, encore qu’en l’état du travail — si j’ose m’exprimer ainsi —, ce soit quelque peu présomptueux de ma part, il m’a semblé que c’était quelque chose d’important.

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De Port-Royal à Port-Royal. Telle est, je crois, ma promenade préférée : prendre le RER B à la station en direction de Saint-Rémy-lès-Chevreuse (terminus de la ligne), marcher jusqu’à Chevreuse où l’on prendra le chemin Jean Racine jusqu’à l’abbaye. Je doute qu’un jour on baptise cet itinéraire qui y conduit, le « Chemin Jérôme Orsoni » — « Chemin Jérôme Orsini », plus probablement, mais assez peu tout de même —, mais j’aime tant cet endroit. Là, encore que trente et un kilomètres de marche tiennent moins de la promenade que de la torture podale, nous avons déjeuné de nos sandwichs emportés assis sur un banc de pierre au soleil. Le ciel était d’un bleu dont des nuages d’un blanc glissant venaient souligner le sublime, et tout était parfait. Si que même, depuis l’autre rive de la cime des arbres, nous entendions vrombir les engins à deux roues motorisés qui font la joie de la petite classe moyenne au moment où s’achève la semaine. Ce vacarme indigent nous rappelait que nous n’étions pas en train vivre dans une illusion, mais bel et bien dans le monde réel, ainsi exactement qu’il est. Je me souviens qu’un jour, P., commentant les mœurs motorisées de nos contemporains motards en virée, avaient cette sentence définitive : « Et après, ils mangent des steaks. » Faute de goût fatale que le flexitarien moraliste ne pouvait manquer de condamner avec la plus terrible sévérité. Moi qui, pourtant, ne m’évanouit pas devant un steak, la violence avec laquelle on s’acharne à habiter le monde m’effraie. D’autant que, concernant ces deux roues, l’enfer est à la portée de toutes les bourses ou presque, n’importe quel péquenot salarié pouvant faire le choix de la nulliparité pour emprunter de quoi déchirer sans vergogne, et avec le sentiment de sa liberté, la quiétude de l’univers. Non loin de l’enceinte de l’Abbaye, où tout ce qui tient debout date du XIXe siècle, on a reconstitué la solitude où les sœurs tenaient conférence : « Ce qu’ailleurs on appelle Récréation, dit le cartouche qui commente une représentation de cette pratique, s’appelloit à P. R. Conférence. Elle consistoit à s’entretenir tout en travaillant, elle duroit une heure, & ne se faisoit qu’une seule fois le jour. Il n’y en avoit point en Carême hors les Dimanches, ny les veilles de grandes fêtes. L’Abbesse la faisoit avec les Religieuses, la Maitresse des Novices avec les Novices. Il falloit une permission pour se dispenser de s’y trouver. / Si quelqu’un parle, qu’il parraisse que c’est Dieu qui parle par sa bouche. » Mœurs que ne nous permettent plus de comprendre nos assommantes habitudes. Fatigue, le soir, mais qu’elle est douce.

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Quand la pierre tombale s’est animée, j’ai pensé que la réalité venait d’épouser une forme nouvelle, plus fluide d’elle-même, et que j’étais moi le spectateur privilégié de cette métamorphose. Et puis, non sans une certaine déception, j’ai constaté que ce n’était qu’une corneille qui, là-haut, juchée au sommet de la stèle, était en train de dévorer je ne sais quoi, la dépouille d’un petit animal mort ou un bout de bois dans le même état. J’allais m’avouer vaincu par le bon sens inexpugnable qui informe l’image commune que nous avons de la réalité quand je vis l’oiseau changer de couleur et, du gris de la pierre qu’il avait adopté, retrouver le noir aux reflets profond de sa robe plumée. Tout en poursuivant mon chemin, je me retournai sur l’oiseau pour tâcher de comprendre de quelle sorte d’illusion je venais d’être la victime, mais je ne décelai rien de remarquable, simplement un oiseau noir dans un cimetière qui, perché au sommet d’une tombe, est affairé à quelque exercice de survie ordinaire. Bref, le monde tel qu’il est. Ceci n’a sans doute rien à voir avec cela, mais un peu plus tôt dans la journée, rue Guynemer, mon attention avait été attirée par une femme qui parlait en français avec un accent slave prononcé et, trait plus étrange, portait un boa noir autour du cou avec le plus grand naturel. Une princesse russe en exil, peut-être, pensais-je, fasciné comme je l’étais par cette extravagance et ce qu’il me faut bien à présent nommer comme il le convient, — son profil d’oiseau. Ce rapprochement entre ces formes ancestrales de la nature, comme souvent, je ne l’ai pas fait quand j’ai vu la corneille prendre vie au cimetière du Montparnasse, je fus ébloui alors par le passage d’une forme de réalité à une autre, d’une couleur à une autre, je ne le fais qu’à présent que j’écris — ce qui manifeste, soit dit en passant, la puissance de l’écriture, laquelle découvre des relations à l’œuvre dans les phénomènes que nous percevons mais qui ne parviennent pas immédiatement à la conscience dans le moment où nous les percevons, c’est l’écriture qui révèle a posteriori ce que de la réalité nous avons vu sans le savoir —, ou plutôt cela s’impose à moi dans la nuance de noir qui illumina cette belle journée d’automne. Je n’irai pas jusqu’à affirmer à présent que la princesse russe en exil du matin s’était métamorphosée au cours de la journée en une corneille fantastique, mais rien n’interdit, sinon d’en faire l’hypothèse — la réalité est plus forte que les imaginations dont nous la parons pour la rendre un peu moins triviale —, du moins de suivre les chemins secrets qui parcourent la réalité et auxquels, j’y reviens avec une insistance un peu trop marquée, peut-être, seule l’écriture nous rend attentifs, que seule l’écriture nous révèle. Sans ce poli du langage qu’est écrire, sans ce raffinement extrême, sans ce recherché quasi maniaque, presque rien de ce que nous vivons ne passerait à la conscience, nous vivrions dans le brouillard confus de l’immédiateté permanente. Dans l’ennui.