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7.2.17

7.2.17

Il faudrait tenir un registre dans lequel on inscrirait aussi bien les grandes œuvres, celles qui nous touchent et nous incitent à faire quelque chose de notre vie, que celles qu’on peut bien passer son temps à admirer mais sans trop savoir pourquoi, si ce n’est pour faire comme tout le monde, aussi bien encore que celles qui ne sont pas seulement médiocres ou mauvaises, mais qui, en plus de cette nullité qui les consacre comme œuvre (par la négative, en quelque sorte), usurpent les qualités qu’elles prétendent posséder. N’ayant pas l’âme d’un justicier, tout au plus d’un esthète, je ne citerai pas de noms, mais donnerai tout de même un ou deux exemples : confondre le vers libre avec le retour à la ligne, et faire d’un texte où l’auteur a appuyé quelques centaines de fois sur la touche « entrée » du clavier de son ordinateur un roman en vers, ou pire encore : un poème romanesque ; confondre l’absence de ponctuation visible avec l’écriture d’une grande et unique phrase, et faire d’un texte où l’auteur a consciencieusement effacé toutes les marques de ponctuation (n’est pas romancier qui veut) un grand roman post-moderne au souffle épique. Toutefois, ce qui me retient, dans cette entreprise, c’est que je ne sais pas si les auteurs en question savent ce qu’ils font (auquel cas, ce sont des escrocs) ou s’ils ne le savent tout bonnement pas (auquel cas, il faut leur pardonner). On remarque cependant que les livres de ce genre sont gras de sérieux et de profondeur profonde alors même que, si l’auteur était doué de cette faculté précieuse de se moquer de lui-même, il finirait pas s’apercevoir à un moment ou un autre qu’il raconte n’importe quoi, et s’il souffrait en plus de cette pathologie rédemptrice qu’on appelle bien simplement les scrupules, il serait souvent pris, durant la nuit, de sueurs froides et, dès le réveil, jetterait à la corbeille ses travaux mal entrepris.

L’ironie est contingente, et nécessaire aussi en ce qu’elle sauve, malgré le manque, si ce n’est l’absence de conviction qu’elle expose. C’est une faiblesse, certes, mais de celles qui échappent au pouvoir, par en-dessous, si j’ose dire, elle qui ne disparaît pas, circule, au contraire, pour ceux qui y sont sensibles, et ne se résolvent jamais à ne pas rire ; un peu, au moins.

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