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6.2.17

6.2.17

La vie doit-elle être si triste ? Faut-il qu’elle se résume à ces combats de coqs (et de poules, malheureusement, désormais) auxquels il semble que nous devions nous résoudre ? N’avons-nous rien de mieux à faire, rien de meilleur à envisager ? Faut-il vraiment que tout in fine revienne à cela : des messages qui semblent différer les uns des autres, mais dont on s’aperçoit aisément qu’ils sont en fait tous identiques, se réduisent à des stratégies de contrôle plus ou moins bien pensées, plus ou moins bien organisées ? Faut-il vraiment que les choses se passent ainsi ? N’y a-t-il rien que choisir l’un ou l’autre des chefs de camps, s’en remettre à un individu ou un groupuscule d’individus comme on suit la providence, se confier à une marque ou une autre, dont l’expertise, la force de frappe, l’ambition personnelle ou la volonté sont censées guérir les maux dont nous souffrons ?
En commençant à collectionner les possibles pour mon album (vorace, assurément, j’espère qu’il le sera, lui aussi), j’ai noté cette phrase de Wittgenstein : « Quel est ton but en philosophie ? — Montrer à la mouche comment sortir du bocal à mouches. » Dis-toi bien que, parmi tous ceux qui te promettent une vie meilleure, aucun ne veut que tu sortes du bocal à mouches : ils veulent tous que tu y restes enfermé, pas que tu suffoques, non — il faut que tu continues de respirer pour qu’ils aient encore une raison d’être —, mais que tu y demeures tout en étant convaincu que c’est le seul horizon possible. Et convaincs-toi aussi que tous tes efforts doivent être tournés vers un nouvel horizon : trouver quelque chose que tu n’as pas encore fait et qui sera susceptible de te rendre meilleur (ne cesse jamais d’essayer de devenir meilleur), inventer des formes de vie que personne n’a jamais vécues, critiquer celles auxquelles on se contraint par faiblesse, vaincu par la croyance que la médiocrité est la seule façon de vivre possible, bref — sortir du bocal à mouches.

Depuis que j’ai arrêté de fumer, j’écris plus. Je sais que la question quantitative n’a qu’un intérêt tout à fait restreint, mais c’est une remarque qui me semble intéressante parce que, jusqu’à présent, j’étais persuadé que fumer me permettait de me concentrer, de fixer mon attention sur ce que j’étais en train de faire. Chaque cigarette était une respiration (paradoxale, peut-être, car toxique, certainement, mais une respiration tout de même, c’est ce que je me disais), laquelle me permettait ensuite d’être plus attentif à ce que je faisais. Or, c’est tout simplement faux. Comme je ne souffre pas d’un manque (quelquefois, tout au plus, mais rarement) et que, par suite, je n’ai pas besoin de quelque chose dont je me priverais, toute l’énergie est investie dans l’écriture : tout ce qui doit être exprimé l’est dans l’écriture, il n’y a pas de perte, pas d’essoufflement non plus, à l’évidence. Rien ne disparaît. S’il me manque une idée, si j’ai du mal à formuler l’ensemble des phrases qui doivent me permettre de la rendre vivante, si je ne trouve pas le fil d’une histoire, je sors faire un tour et, généralement, le brouillard se dissipe. La fumée comme enveloppe éthérée de l’écriture s’avère donc inutile, pis encore : nocive, qui dissipait les phrases là où je croyais les consolider.

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