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11.2.17

11.2.17

Il faut défendre l’individu — deux fois : contre la société qui veut l’enrôler dans un tout plus grand que lui, qui le fonde et l’annule (la Nation, la Patrie, et caetera) et contre les ennemis de la société qui ne suivent que la règle de la plus grande puissance économique et veulent disposer de lui comme d’une pure force de travail et de consommation.

Fin du service de presse, hier, pour le Feu est la flamme du feu. Signé l’exemplaire pour BQ « el Argentino ». Drôle ? — Combien de fois par an, au juste, est-ce que je pense à la définition que Rorty donne des « ironists », qui sont, je cite : « never quite able to take themselves seriously because always aware that the terms in which they describe themselves are subject to change, always aware of the contingency and fragility of their final vocabularies, and thus of their selves » ? J’ai envie de dire que c’est la vraie définition de l’ironie, mais ce serait contradictoire avec l’ironie comprise en ce sens. C’est plutôt une sorte de règle de conduite : Attention, ne te prends pas trop au sérieux, parce que tu changes en permanence (le changement, c’est la seule permanence, ou inversement) et ce que tu affirmes aujourd’hui, il se peut que tu ne le puisses plus demain. Bien sûr, cela ne signifie pas que tu sois inconstant, mais qu’il n’y a pas un sol stable, un fondement solide, sur lequel tu puisses te reposer une bonne fois pour toutes. Tu ne peux pas choisir « la bonne fois pour toutes » ; il n’y a pas de terminus ad quem, pas de fin.

Ce matin au réveil, je ne sais pas pourquoi mais c’est ce que je me suis dit, j’ai pensé aux conseils de tous ceux qui, parents, amis, connaissances, lecteurs professionnels ou autres éditeurs plus ou moins célèbres, plus ou moins importants, avaient bien pu m’expliquer à un moment ou un autre de ma vie comment il fallait que j’écrive, comment il fallait que je m’y prenne pour écrire mieux, en quoi et dans quelle mesure il fallait que je réforme mon style, pourquoi il fallait que je m’efforce d’être moins égocentrique, moins philosophique, moins blanc, moins noir, moins quelque chose, moins rien, et tout et tout. Évidemment, je n’ai jamais suivi la moindre de ces paroles bienveillantes, ou alors par la négative, exagérant encore les traits qui caractérisaient la façon dont j’écrivais jusqu’alors, et qui leur seyait aussi peu, m’expliquaient-ils savamment. Mais qu’est-ce que s’imagine celui qui t’explique que c’est très bien ce que tu fais, mais que ce serait encore mieux si tu faisais ceci ou cela, si au lieu de cette direction que tu as choisi de prendre, tu prenais plutôt telle autre ? Que ton écriture est un peu maladroite, mais que c’est facile à corriger, d’autant que l’histoire est intéressante, mais est-ce qu’elle ne gagnerait pas être développée, et s’il se passait ceci ou cela ou ça ou ça ou ça ou ça ? Au début, ces conseils sont comme des claques que tu prends en pleine gueule, et puis tu finis par te rendre compte que personne ne comprend rien, mais rien du tout, et qu’il faut donc que tu avances, que tu graves ton microsillon, parce que c’est le tien, et qu’il n’y en a pas d’autre qui te convienne. Cela ne signifie évidemment pas que personne ne m’a jamais influencé, et pas seulement des écrivains morts, non des gens bien vivants, en chair et en os. Or, précisément, eux ne me disent pas ce que je devrais faire, comment je devrais m’y prendre, ils écoutent, au contraire, et répondent quand ils ont quelque chose à répondre, en tout cas n’ont pas de réponse toute prête, toute faite, vide de sens et inutile à t’opposer, et parlent de leur propre expérience, de ce qu’ils aiment, de ce qu’ils ont envie de faire. Ils ouvrent de nouveaux horizons et te permettent de t’inventer.

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