comment 0

12.2.17

12.2.17

L’autre jour, la directrice d’une revue séculaire qui défraye le chronique politique en cette année d’élection présidentielle déclarait à la radio que son organe était indépendant de tout pouvoir politique et ce, alors même qu’un certain nombre de faits rendus publics les jours précédents cette profession de foi prouvaient manifestement le contraire. Le problème n’était toutefois pas tant dans le fait que le producteur de radio qui lui tendait le micro ne jugea pas bon de la contredire (« Mais enfin, Madame, comment pouvez-vous dire cela alors que tout concourt à vous contredire ! ») que dans le fait qu’elle soit invitée à prendre la parole sur cette radio, qu’elle ait micro ouvert, quoi qu’il arrive, comme d’autres ont table ouverte dans les établissements de bouche, sur les antennes d’une radio publique. Passons. Quelques jours plus tard (je viens de la survoler au réveil) un de ces Intellectuels (ou fils d’Intellectuel, je ne sais plus) qui font la grandeur de la France (qu’elle doit être grande car Dieu m’est témoin qu’ils sont nombreux) explique dans une tribune riche en références à l’Histoire de l’Occident qui font la grandeur de son style que le problème, ce n’est pas la République en elle-même, dont la nature semble en effet incorruptible, mais les petits bubons qui prolifèrent à sa surface, et qu’il faut guérir. Bref : pour sauver la République, il faut la réformer. À aucun moment l’hypothèse qu’il y ait quelque chose comme une connivence, une corruption consubstantielle à ladite République ne lui traverse l’esprit (en tout cas, il n’en pipe mot), à aucun moment il n’évoque la possibilité que la centralisation du pouvoir qui est essentielle au fonctionnement de la République française puisse être elle-même au centre du problème, à aucun moment il ne caresse la possibilité que l’entre soi des grandes fortunes, des hommes politiques et des patrons de presse soit à l’origine de ces petits bubons qui prolifèrent sur la peau de la République, et qu’il ne sert à rien de les nettoyer si l’on ne s’attaque pas à la racine du mal. Évidemment non, puisqu’il est lui-même le produit du mode de fonctionnement centralisé de cette République qu’il appelle à sauver. Que faire ? se demandait Vladimir. Que faire ? me demanderez-vous à votre tour. Je vous avouerai que je ne sais pas. Moi, je ne suis qu’un petit provincial qui est monté à Paris tout en n’aspirant qu’à descendre (ça ne devrait plus trop tarder). Aussi n’ai-je pas de solutions clefs en main aux problèmes qui gangrènent la France éternelle. Je ne suis pas un Intellectuel. Et donc, je n’ai pas tribune ouverte dans tous les organes de presse de la grande République. Je peux bien parler, la probabilité pour que quelqu’un m’entende est à peu près nulle. Cela ne me rend pas aigri, non, ni ne m’empêche de dormir. Après tout, c’est peut-être vrai : on n’a jamais que ce que l’on mérite. Et puis, cela ne m’empêche pas d’écrire, non plus, au contraire.

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.