comment 1

23.2.17

23.2.17

J’ai fini, hier, mon article sur le dernier Amour à Constantinople de Pavić pour politique des havanes. La veille encore, j’avais noté ce passage du livre :

« Pendant toutes les batailles, pendant la chute de Venise, sur trois fronts différents, Rastina jouait sur lui, Pahomie Ténetski, capitaine autrichien, comme sur une clarinette, de Joseph Haydn. Pour l’instant, elle en était à l’Allegro con spirito du divertissement Corale di Sant’Antonio pour flûte, hautbois, clarinette, basson et cor, et ses lèvres et ses doigts maîtrisaient parfaitement la partition. Pahomie Ténetski constata que la jeune fille possédait une technique musicale auprès de laquelle toute la virtuosité de Ténetski et de son Paisiello n’étaient qu’un jeu d’enfant. Il la regarda avec stupeur et jouit juste au moment où elle enchaînait sur le Minuetto. »

parce qu’il me semble caractéristique du livre et, plus généralement, d’une littérature. Caractéristiques : l’ironie, le comique, le croisement du haut et bas, quasi carnavalesque, la porosité de l’intérieur et de l’extérieur. Chez Pavić, les personnages sont doubles, pour les autres personnages et pour eux-mêmes. Ainsi, de Rastina qui est doublement experte, ce que Ténetski ignore, ainsi du capitaine Opouyitch, qui connaît son destin, et vit comme s’il l’ignorait. Tout destin est paradoxal : rien n’est caché, mais rien n’est révélé non plus. Tout est là, écrit d’avance, mais il faut encore lire. L’oracle est une connaissance, pas une expérience.

Tu peux bien me reprocher de ne pas me comporter comme tu le voudrais, mais tout est là : je suis comme toi, mais je ne suis pas toi. Et de là vient peut-être l’atmosphère mystérieuse dans laquelle semblent baigner quelquefois nos agissements.

La porosité, l’ouverture par tous les côtés, et caetera, ne sont pas des qualités en elles-mêmes suffisantes, mais elles rassurent, en un sens, elles t’assurent que tu n’es pas en train de parler tout seul dans le noir, dans le vide, au mur blanc. Ce qu’il peut t’arriver de pire : prendre l’autoroute monologique et ne plus savoir comment en sortir.

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