comment 1

1.3.17

1.3.17

Deux mois se sont écoulés depuis ma dernière cigarette.

Sens esthétique. — Entre le coût et le goût, il n’y a qu’une lettre de différence, mais un abîme les sépare.

Deux mois, dis-je, se sont écoulés depuis la dernière cigarette. Et comme par un concours de circonstances — c’est-à-dire que les circonstances concourent, oui, à me nuire —, une manière d’humour noir du destin, peut-être, je passe une bonne partie de la journée à essayer de lutter contre la colère, ou plutôt à tâcher de la maîtriser, d’en prendre le contrôle pour qu’elle ne m’envahisse pas complètement, parce qu’il est trop tard pour la repousser : je suis déjà en colère. Avant (c’est-à-dire, ô ironie du sort, quand je fumais), la colère disparaissait dans un nuage de fumée. La colère, l’angoisse, l’inquiétude, la peur, tout cela partait littéralement en fumée. Enfin, non, les effets seulement, je veux dire, pas les causes, qui étaient simplement mises entre parenthèses, épochè des histoires qui t’arrivent tous les jours, sont désagréables, certes, oui, elles le sont, mais s’envolent quand tu recraches la fumée de tes poumons. À présent, cette thérapie par la combustion, je n’y ai plus accès. Et cela ne me pose pas trop de problèmes parce que je n’ai pas envie de fumer. L’envie, le plaisir, les gestes, tout ça s’est volatilisé avec la dernière cigarette, le vingt-huit décembre deux-mille seize vers dix heures, le soir. Donc, non, je n’ai pas envie de fumer pour tout régler d’un coup, j’ai simplement envie de maîtriser ma colère. Ce que je ne parviens pas à faire, vraiment. Je me dis ensuite que, si je ne parviens pas à maîtriser ma colère, il y a peut-être tout un ensemble de conséquences, des suites de l’absence de tabac, qui vont bientôt se produire et que je ne peux prévoir parce que je ne peux encore prévoir qu’avec les réflexes d’un moi ancien, du moi qui fumait, et qui n’existe plus. Peut-être ne puis-je encore penser qu’avec la vie du moi ancien qui n’a pas survécu à l’année dernière, alors qu’il faut que je pense désormais avec mon nouveau moi, ou mieux : comme le nouveau moi que je suis devenu. Il faut que je pense, sente, vive comme le nouveau moi que désormais je suis. Lui seul, avant tous ceux que je vais encore devenir, lui seul peut comprendre comment je dois réagir, agir, lui seul peut voir les conséquences d’une colère qui ne se volatilise plus, qui persiste, avant de s’estomper, prendre d’autres formes, modifier le cours des choses, un peu, un peu plus, peu à peu. Mais soit qu’il ne supporte pas les anciens fumeurs, soit qu’il ne soit pas encore assez mûr pour prendre la parole, ce nouveau moi-là reste muet, ne me dit rien. Et moi, je tourne en rond, après avoir passé la matinée à traduire un article qui m’a presque fait pleurer, je tourne autour de ma colère que je ne parviens pas à saisir jusqu’au bout, dont un bout m’échappe, s’enfuit, prend la fuite, alors qu’il faut aussi que je m’en empare pour qu’elle ne prenne pas totalement possession de moi, que j’en sois l’esclave, l’esclave du tabac repenti esclave des passions, ou je ne sais pas trop comment dire, mais ce doit être quelque chose comme ça, de toute façon, tu es toujours l’esclave de quelque chose, de quelqu’un, il faut simplement que tu sois suffisamment libre pour savoir qui ou quoi. Ce à quoi, manifestement, je ne parviens pas encore. Alors que faire ? C’est une bonne question, en effet, permettez-moi, s’il vous plaît, de la poser de nouveau : Que faire ?

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  1. Alt Mansra

    Une bonne bagarre, que tu n’en sortes pas trop blessé, à propos d’un sujet sur lequel tu avais raison, et te faire battre. Ravaler ta fierté, ton orgueil, accepter d’avoir perdu, accepter que parfois on a raison d’avoir tort. Pouvoir détruire l’autre, mais faire le choix de construire, de serrer la main, ne rien attendre en retour, même pas une excuse. Être psychiquement knock-out, re-boot, reboutes. Lèves la tête. Là où l’on te tire vers le bas, tu ramènes vers toi, tu pousses vers le haut. Tu laisses à l’autre le choix de te suivre sur le chemin de la perfectibilité. Mais toi tu l’arpente, et ta colère s’en va parce que tu sais que tu as fait le bon choix, de ne pas rajouter de poids sur le mauvais côté de la balance. Accepter de perdre, là où tu peux gagner à devenir meilleur. Là, est la vrai transcendance.

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