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C’est long Paris-Dax, me dis-je en reposant sur ma cuisse gauche le livre de Sergi Pàmies que je suis en train de lire, Si tu manges un citron sans faire de grimaces, le deuxième en deux jours, et pourtant je ne suis même pas encore à mi-chemin. Je regarde par la vitre du train et j’essaie de deviner la ville que nous sommes en train de traverser, quelque chose qui ressemble à un complexe que je n’ai jamais vu mais dont je crois me rappeler le nom avant de me dire que je ne sais même pas où se trouve la ville à laquelle je pense. Je cherche des indices que je ne trouve pas, un panneau de signalisation, quelque chose, mais rien, que des maisons, certaines belles, ou qui ont dû l’être, anciennes, des châteaux, dirait-on, d’autres plus récentes, d’autres contemporaines, et l’impression d’une lente dégradation de l’imaginaire architectural de la France, les maisons les plus récentes singeant naïvement les maisons les plus anciennes et finissant par ne plus ressembler à rien du tout. Il y a du soleil, malgré tout, ce qui me changera, je crois qu’il va faire beau à Dax, et j’en ai assez d’être un Parisien qui s’étonne toujours qu’ailleurs il fasse beau, on voit du ciel bleu à l’horizon baigné dans une mer de soleil. C’est ridicule, me dis-je. Quoi ? L’attention météorologique. Non, l’espèce d’habitude acquise de s’étonner qu’il ne fasse pas gris partout. Ce n’est pas que Paris, à défaut d’être le centre du monde, comme certains affectent encore de le croire, soit le centre de la France, non, c’est que ceux qui vivent ici (et qu’on retrouve partout, à la télévision, dans les journaux, les conseils d’administration, les gouvernements, et caetera et caetera, les élites, me dis-je, pince-sans-rire) ne voient jamais que le ciel gris au-dessus de leur tête et projettent cette image partout dans le pays. Je jette un coup d’œil par-dessus la tête de mon voisin (je suis assis côté couloir) et je vois deux panneaux de signalisation qui indiquent les directions de Nantes et d’Angers, un bras de fleuve, des maisons autour, une petite falaise qui donne sur le bras, et des maisons perchées en haut, le train avance lentement, figurant un paysage moderne que l’environnement accepte (commerces, usines, centres commerciaux) ou rejette (maisons anciennes, pavillons, petits immeubles de trois ou quatre étages), le train avance lentement, je pense à une idée pour continuer d’écrire les impressions qui sont les miennes à la lecture de Pàmies, l’idée notamment que l’humanité se divise en deux : ceux qui préfèrent être assis face au sens du train et ceux qui préfèrent être assis dos au sens du train, deux attitudes opposées quant au train, certes, mais à la vie, surtout, c’est ce que je pense, mon voisin lit le Canard enchaîné, j’ai l’impression que de plus en plus de gens, ces derniers temps, lisent ce journal, je me dis que ce doit être un signe, mais je sais aussi que si c’est un signe, c’est un signe de rien du tout. Je guette quelque chose que je finis par trouver : Poitiers.

À l’accueil de l’hôtel, la dame m’avait vanté la vue sur le fleuve, ajoutant que les jours de beau temps, on pouvait voir la mer, mais qu’il ne faudrait pas venir demain matin pour me plaindre que je n’aurais rien vu, c’est seulement quand il fait grand beau qu’on voit la mer. C’est vrai qu’on voit le fleuve, en tout cas. La mer, je ne sais pas, quand je rentre dans la chambre, il fait déjà nuit. Dîner avec DR et CT. Avant, après la rencontre, vendu trois livres et fait l’article pour Tous les Funes de Berti. La dame qui vient faire sa cure thermale à Dax a hésité avant d’acheter, elle lit surtout des livres de la bibliothèque, avant sa mère l’incitait à lire, mais elle ne lisait pas tant que ça, maintenant ses rapports avec sa mère sont différents, mais quand même, ça a l’air très littéraire (elle a assisté à la recontre). Elle s’appelle Brigitte et elle m’a finalement demandé de lui signer deux exemplaires pour elle et un autre pour Brigitte, l’autre, dit-elle, c’est sa cousine, elles s’appellent toutes les deux Brigitte, elle comprendra, l’autre Brigitte, si j’écris l’autre Brigitte. D’accord, j’écris « Pour Brigitte (l’autre…) ». Dans la chambre d’hôtel, je tiens la suite de mon journal du jour allongé sur le lit avec mes chaussettes trouées, je regarde des trucs innommables à la télé, la fin d’un match de rugby aussi, buvant ma bouteille d’Eau de source de Montagne d’Auvergne sélectionné par : les Eaux Minérales de DAX. Entre le lit et le téléviseur au mur, il y a un lustre jaune sur lequel il est écrit « Sous l’arbre… la sieste ».

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