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11.3.17

11.3.17

Dax-Paris. Ce matin, je me suis promené sur les berges de l’Adour, une demi-heure, pas plus, en attendant la voiture qui devait me conduire à la gare. À force de vivre à Paris, tu oublies qu’une telle paix, c’est-à-dire : une telle paix urbaine, est possible. J’ai croisé quelques personnes, qui promenaient leur chien, faisaient de la course à pied ou une promenade comme moi, mais pas ces trombes de gens, touristes ou indigènes, qui affluent toujours vers toi, comme les eaux du fleuve d’Héraclite, et à travers lesquelles tu dois te frayer un chemin dans Paris. Dans le train du retour (qui est loin d’être plein après le dernier arrêt en gare de Bordeaux), j’ai pu trouver une place côté vitre face au sens, contrairement au côté couloir dos au sens de l’aller, ce qui change tout, parce que le paysage est là, intouchable certes à quelque 300 km/h, mais tout de même proche, présent, visible. C’est ce que j’apprécie le plus dans les trajets en TGV qui traversent la France, le défilé du paysage, la vitesse qui ne l’écrase pas, mais le fait apparaître au contraire dans toute multiplicité et te fait percevoir qu’il n’y a jamais lieu de parler du paysage comme de quelque chose d’unique, d’unifié, que le paysage est toujours une diversité, à l’image du pays dont il est le paysage, un espace complexe que le regard ne cerne pas et qui ne saurait se réduire à une description univoque.

Parler de son travail n’est pas l’activité la plus passionnante qu’il m’ait été donné d’exercer, mais je m’y prête avec plaisir quand je ne sais pas ce que je vais dire, quand il y a l’ouverture de la conversation plutôt que la clôture du monologue. Je n’aimerais pas, par exemple, être invité en tant que spécialiste de ceci ou de cela (comme c’est le cas de certains écrivains) parce que je ne pourrais pas exposer mon argumentaire avec le sérieux qu’une telle démarche exige, l’imposture de la rigueur. La rigueur est souvent sinueuse : elle cherche quelque chose à dire qui ne précède pas la parole publique — tout le contraire, donc, ce discours politique qui n’a de « politique », malheureusement, que le nom qu’on a pris l’habitude de lui donner et qu’on continue de lui donner par paresse, sinon par lâcheté.

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