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19.3.17

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Nous sommes en 2017, et les révolutionnaires veulent toujours passer à la télévision.

Il y a quelques jours, j’ai recommencé à écrire à la main, dans un carnet qui m’a rappelé ceux que je tenais quand j’ai commencé à écrire, quand écrire, ce n’était pas encore publier des livres, mais quand c’était un verbe, une activité pure et simple, laquelle avait une importance vitale, pas thérapeutique (je n’ai jamais tenu de journal intime, l’écriture n’a jamais été ma confidente, j’ai toujours pensé à l’œuvre), quand elle se confondait avec le fait de vivre, vivre et écrire devenant, en écrivant, une seule et même activité, une seule et même nature au sens grec (de ce qui croît). Je ne prétends ainsi pas me tenir plus près de la vérité, mais peut-on nier qu’en dehors du carnet dans lequel tu écris à la main (en dehors, c’est-à-dire, de l’activité qui s’accomplit en elle-même, sans extériorité), tout n’est rien que du marketing ? Si sincère, honnête, vrai, rebelle, bla bla bla, que tu prétendes être, tu te vends, même quand, de fait, tu ne vends rien. Il te faut revenir avant ça, quand écrire, ce n’était pas des livres, mais simplement écrire : l’élan vital qui te poussait à raconter des histoires, à écrire des aphorismes, à échafauder des théories, et si on t’avait demandé : Pourquoi ? tu aurais répondu : Parce qu’il n’y a pas d’autre façon de vivre. Et n’est-ce pas, d’ailleurs, la seule réponse possible ? Je n’ignore pas la part démesurée de romantisme qui entre dans une telle perception, description, de l’activité d’écrire, part risible s’il en est, assurément, mais dont on ne peut pas faire l’économie ; elle n’a (en réalité) de romantiques que les clichés qu’on a bien voulu lui coller à la peau, comme si être totalement investi dans une activité qui, au moment où tu actives, résume le monde, pouvait être tourné en dérision. Pourtant, c’est pour cela que tu écris — pas pour chauffer une chaise avec le derche à la foire aux bouquins, pas dans le dessein absolu que quelque gratte-papier cite ton nom quand bon lui semble, pas pour te soumettre au petit pouvoir que détient Machin ou Untel — résumer le monde. Faire tenir le monde en une phrase (euphorie et hubris de l’aphoriste).

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