26.3.17

26.3.17

Aujourd’hui, enfin une belle journée de printemps à Paris, c’était foire aux livres à la Porte de Versailles. Dans le métro qui nous y conduit, Daphné, Nelly, et moi, des jeunes sont déguisés en personnages de manga. Au début, je ne comprends pas pourquoi le type mal dégrossi en face de moi et sa copine grassouillette sont accoutrés comme ils le sont. Et puis, je vois sur une affiche dans les couloirs de la station que le pavillon 2 du parc des expositions accueille un mangashow. On aurait envie de rire si le pire n’était pas encore à venir. À l’intérieur du pavillon 1, dans le grand entrepôt, les bestiaux d’il y a quelques semaines se sont transformés en une longue théorie d’auteurs qui attendent, stylo à la main et pile de livres sous le nez, qu’on vienne les solliciter. Devant les plus grosses vaches, ce sont au contraire de longues files d’attente qui se forment : on vient voir en vrai celles qu’on a vues à la télé. Ce n’est plus une séance de dédicace, non, c’est de l’abattage. L’entrepôt est bruyant, laid, on y étouffe, et ça sent le renfermé. C’est la France du début du XXIe siècle ; — personne ne peut vouloir vivre cette vie-là et pourtant, tout le monde fait exactement la même chose. En attendant, Daphné assise sur mes genoux, quelqu’un qui ne viendra pas, en mon for intérieur, je prie : Mon Dieu, mon Dieu, faites qu’elle choisisse une autre filière… La première fois que je suis venu dans l’entrepôt pour la foire aux livres, je travaillais comme factotum chez G. Je n’imaginais pas que la littérature ce puisse être ça aussi. Et pourtant, oui. Et pourtant, est-ce que tu vas baisser les bras ? Eh bien, oui. Avant de te redresser et te remettre au travail. En tout cas, moi, c’est ce que j’ai fait. Sauf qu’il n’est pas dit que je n’aie pas eu tort.