comment 1

3.4.17

3.4.17

À l’angle de la rue d’Odessa, je croise souvent une espèce de petit monstre difforme. Assis là, maigre masse d’os, un morceau de carton posé devant son corps tordu, il maugrée la plupart du temps, invective des êtres qui n’existent que pour lui, lui répondent sans doute, puisqu’il reste fermement attaché à cet endroit inconfortable, passage où il risque de se faire écraser à chaque instant par les passants pressés qui ne lui jettent même pas un regard. Aujourd’hui, tout en buvant de sa grosse bière quotidienne, il piochait dans un demi-paquet de lardons crus. J’ai vu la scène, que j’ai trouvée fort répugnante, j’ai soupiré quelque chose, mais j’ai oublié quoi, et puis je suis rentré chez moi. Plus tôt, au Jardin du Luxembourg, où donc je vais courir durant la semaine, une nonne catholique répétait un morceau de musique sur sa guitare devant un grand type maigre au crâne rasé (tous deux avaient l’air ravi). Un peu plus tard, j’ai croisé une nonne bouddhiste assise à côté d’un homme dont je ne me souviens pas ; tous deux discutaient au soleil, à la terrasse d’un café (eux aussi avaient l’air ravi). Preuves, si l’on veut, que les forces salvatrices ne font pas défaut, non, elles sont simplement mal répartis à la surface de la terre.

Commencé, enfin recommencé pour la énième fois, Ou bien — ou bien de Søren Kierkegaard, pour des raisons de structure, ce qui fait que cette fois, peut-être, je parviendrais au bout de l’ouvrage (dont, bien évidemment, j’ai déjà lu le fragment connu du Journal du séducteur, qu’on m’avait offert il y a quelques années de cela, et dont la publication séparée, avertit l’éditeur du texte français, tient de « l’escroquerie intellectuelle »). Ce qui fait que, cette fois, je lirais peut-être l’ouvrage jusqu’au bout, c’est aussi la conclusion d’un aphorisme des Diapsalmata : « La jouissance déçoit, mais non la possibilité. Et quel vin est aussi pétillant, a autant de bouquet, procure autant d’ivresse ! ».

 

1 Comment so far

  1. Alt man

    Toute la phase ou tu soupir et oubli ce que tu as soupiré, c’est ça le plus intéressant.

    J'aime

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.