4.4.17

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Même si j’ai longtemps résisté aux histoires, longtemps résisté au désir d’en écrire, j’ai toujours aimé en raconter, aimer m’en raconter. Peut-être parce que je ne suis pas immédiatement social, mais spontanément sauvage, et que je ne vois pas pourquoi il me faudrait vouer une admiration sans bornes, un authentique culte au réel au seul motif qu’il est réel. D’accord, mais s’il n’est pas intéressant ? Il me serait désagréable de devoir me résoudre à dialoguer avec le genre d’interlocuteurs réels que l’on est bien souvent contraint de côtoyer au quotidien et de devoir sacrifier mes conversations privées sur l’autel d’un commerce public avec eux. Eux, les cinglés du tricycle, les drogués aux jeux vidéos, les fans grisonnants de super-héros, sans parler des écrivains sans livres, des férus de polars, des philosophes de la France profonde, des onanistes de la déconstruction, tous les arrivistes qui traînent en route et échouent quelque part, Dieu sait où, sans parler — non plus, non — de la somme de mes amis invisibles. Tu n’inventes pas d’histoires pour fuir le monde, mais simplement pour le rendre un peu plus acceptable, au moins un peu plus acceptable. Je continue d’ailleurs à me raconter des histoires, en plus de celles que j’écris, je veux dire, des histoires qui me conduisent quelquefois un peu trop loin alors que je me brosse simplement les dents dans la salle de bain. J’en reviens changé, cependant ; en voyage, j’ai résolu un problème, évacué telle ou telle frustration. Quelquefois, oui, aussi, ce n’est pas tous les jours, mais quand même, il arrive qu’elles deviennent réalité. C’est encore ce que je fais de mieux avec les rêves.