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19.4.17

19.4.17

Paul_Cézanne_170

Dans un des livres sur Cézanne que j’ai achetés hier, on peut lire cette citation de lui : « Je voudrais étonner Paris avec une pomme », même s’il a plus probablement dit : « Avec une pomme, je veux étonner Paris » (c’est ce que rapporte, en tout cas, Claude Geffroy). Déclaration qui a tout d’une bravade de provincial, certes, j’y reviens. Moi, en feuilletant le livre, je note : Cézanne peint les crânes comme des pommes et donc les pommes comme des crânes. Et alors, la bravade de provincial change de sens, porte la mort au cœur de la vie et réciproquement, ce qui est le sens même de la nature morte. Non ? Depuis quelques jours, j’apprends à voir Cézanne, c’est-à-dire à ne pas voir en lui la multinationale de la culture qu’est devenu son nom, la marque qu’il signe (alors que, je crois, il ne signait que rarement ses tableaux), celui qui a peint le tableau le plus cher du monde — puisque c’est ce qu’est devenu l’art : de l’argent (c’est cela, la culture, l’art qui devient de l’argent, du pouvoir) —, mais le promeneur provincial ou, plus exactement, provençal. Sa peinture est avant tout la peinture d’un pays, de la lumière de ce pays, une lumière changeante mouvante en constante métamorphose, mais qui n’est possible qu’ici. — Pense aux différences entre les bleus des ciels, comment le bleu de ce ciel-ci n’est pas le bleu de ce ciel-là, comment, même par temps parfaitement clair, dégagé, vent, et absence de nuage, le bleu du ciel de Paris n’a rien à voir avec le bleu du ciel de Marseille, comment, non plus, dans les mêmes conditions atmosphériques objectives (si j’ose employer une formule aussi caricaturale), le bleu du ciel de Bretagne n’a rien à voir avec le ciel bleu de la Provence. — Je disais à l’instant que la remarque de Cézanne sur les pommes étonnantes est une remarque de provincial. Ce n’est sans doute pas complètement faux, à ceci près que l’idée de province est une idée parisienne, une idée passablement ethnocentrique, qui fait d’une petite ville le centre du monde (parce que, oui, Paris est une petite ville, un village obèse, tout au plus). Pour reprendre ce trait d’esprit qui n’est pas de moi, la Provence, ce n’est pas la province. C’est la lumière qui le dit, le montre, elle qui appartient à un autre univers que celui où Paris rayonne peut-être, elle qui appartient à la Méditerranée, soit un autre monde, un monde irréductible à tout autre espace géographique. C’est cette Méditerranée qui est partout présente dans la peinture de Cézanne, de L’Estaque à la Sainte-Victoire.

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