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27.8.17

Un mois que je n’ai rien écrit dans ce journal et, à vrai dire, je ne sais pas très bien pourquoi je devrais continuer de l’écrire. Tu me diras, tu ne le dois pas, tu ne dois rien à personne, pas même vraiment à toi, et surtout, si tu ne sais pas pourquoi tu continues à l’écrire, c’est peut-être le signe qu’il faut arrêter de l’écrire. Ou bien, au contraire, non : c’est le signe du contraire. Tu continues à écrire même si tu ne sais pas très bien pourquoi tu écris. J’allais dire : tu écris et puis, c’est tout, mais non, ce n’est pas tout, évidemment que ce n’est pas tout. Dans le journal de Guillaume Vissac, je lis cette phrase : longtemps je me demanderai ce que j’irai écrire ici, écrire de faux, sciemment, pour amener le journal vers des formes fictives, qui me parle, quand même je ne dirais pas, moi, de faux, mais plutôt de plus vrai que nature, mais ce n’est pas moi qui l’écris son journal, même si je le lis et qu’il me lit lui aussi. Coup double. En lisant cette phrase, je pense à ce que je fais moi, dans ce journal, qui donc n’en est pas un, et aussi à l’idée tellement importante qu’exprime Rorty dans CIS, que la vérité est inventée, pas découverte, mot à mot truth is made rather than found, écrit-il, idée qui change tout, il me semble, parce que la fiction n’est pas nécessairement de l’ordre du faux, il n’y a pas de différence de nature entre la fiction et la vérité, le langage est une pratique humaine et, comme les vérités se disent dans le langage (les vérités n’existent pas en dehors du langage, dans « la réalité »), les vérités sont humaines, les produits des pratiques humaines, de ce que les gens font, quoi. Écrire, c’est faire, bien sûr. Raconter une histoire, raconter sa vie, faire semblant de le faire, appeler ça : un journal alors même que c’est un tissu de fictions, pas de mensonges, de vérités que tu fabriques, ou appeler ça : un roman, si tu veux, que ce soit l’un ou l’autre, ça n’a vraiment d’importance que pour les gens qui veulent ranger tout ça dans des compartiments, qui veulent avoir le sentiment de l’ordre parce qu’ils n’ont pas d’ordre dans leurs idées, parce qu’ils ne savent pas mettre de l’ordre dans leurs idées. Peut-être que cette écriture tout de même singulière que constitue le journal sert à cela, en fait, à mettre de l’ordre dans mes idées pour supporter le désordre partout ailleurs.

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